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Prospective
L’activité en engrais ne décolle pas en raison de cours qui s’envolent

À l’international, le jeu de l’offre et de la demande induit une grande fermeté des prix. A terme, cette tendance haussière est inéluctable.

« Les prix des engrais ne vont pas augmenter d’ici la fin de la campagne, affirme Gilles Poidevin, délégué général de l’Union des industries de la fertilisation (Unifa). Mais ils ne vont pas baisser pour autant ». Agriculteurs et responsables d’achat des distributeurs peuvent donc s’approvisionner sans attendre. C’est en tout cas ce qu’espèrent les fabricants d’engrais minéraux, qui enregistrent un net retard dans leurs livraisons. Le niveau élevé des cours, lié au prix du gaz mais également à un ratio offre/demande tendu, a conduit ces dernières années les agriculteurs à modérer leurs épandages, à tel point que les sols s’appauvrissent dangereusement. Et c’est la productivité même de l’agriculture qui s’en trouve menacée.

La baisse des livraisons ne pourra être enrayée d’ici la fin de campagne
Dans sa note mensuelle, l’Unifa indique qu’« à la fin décembre, le retard des livraisons d’engrais minéraux en France – qui atteint -15 % par rapport à la campagne précédente, précise Gilles Poidevin – devient préoccupant en regard des tonnages restant à livrer ». Une situation qui ne s’est pas améliorée sur le premier trimestre 2012. Fin février, Gilles Poidevin estime qu’« il manquerait encore aux agriculteurs entre 30 et 40 % de leurs besoins réels en azote sur la fin de campagne ». Ce qui pourrait induire des problèmes d’engorgement logistique. Mi-mars, nous soulignions que « les réapprovisonnements se font au compte-gouttes ». Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce ralentissement de la demande des agriculteurs. « La sécheresse printanière de 2011, qui a empêché les agriculteurs d’effectuer leur 3e voire 4e épandage d’azote en fin de cycle, a alourdi les stocks de fin de campagne chez certains d’entre eux », remarque Gilles Poidevin. De plus, les ressemis engendrés par les dégâts du gel intense, qui a sévi en France début février, sont à l’origine d’« une perte en besoins d’engrais », en raison d’« une période végétative plus courte et de rendements moins élevés ». Devant l’attentisme des acheteurs, Gilles Poidevin estime que le retard des livraisons ne pourra être résorbé d’ici la fin de campagne. « L’exercice 2011/2012 sera inférieur à 2010/2011 en terme de volumes d’engrais livrés. » Cependant, comme la campagne actuelle est caractérisée par des prix élevés, le chiffre d’affaires des adhérents de l’Unifa devrait s’améliorer.

Les engrais présentent une tendance haussière sur les court et long termes
Le marché français ne produit que 50 % de ses besoins en engrais azotés, et importe 100 % de ses matières premières en potassse et phosphate, depuis l’abandon de l’exploitation minière sur son territoire. C’est dire si le prix des engrais est intimement lié au marché mondial des matières premières. Le tarif des engrais azotés fluctue avec celui du gaz naturel importé, puisqu’il représente 60 à 65 % de ses coûts de production. Cependant, l’approvisionnement en gaz naturel étant de plus en plus contractualisé à l’année, il y est de moins en moins connecté sur le court terme. C’est davantage le rapport offre/demande qui fait évoluer les cours des engrais minéraux au jour le jour. En ce moment, alors que le phosphate diammonique (DAP) amorce un recul suite à la décision de l’Inde de ne pas subventionner l’achat d’engrais, « l’urée flambe en raison du manque de disponibilités sur un marché planétaire très demandeur et tendu » (cf. n°3940).
Sur le long terme, les prix des engrais sont voués à renchérir, du fait d’une progression de la demande avec, en face, une offre qui aura du mal à suivre le mouvement. Sous la pression démographique, « les besoins alimentaires vont croître de 70 % à l’hectare dans le monde d’ici 2050, ce qui va induire une augmentation de la consommation d’engrais », explique Gilles Poidevin. Par ailleurs, l’évolution tarifaire du gaz naturel, qui conditionne en partie le prix des engrais azotés, suivra la tendance globalement haussière des prix de l’énergie, pétrole en tête.
Un espoir de détente des cours internationaux, en phosphate et potassium, pourrait survenir à moyen terme. L’industrie des engrais a accéléré ses investissements depuis la crise de 2008 pour ouvrir de nouvelles usines et mines d’extraction à travers le monde. En phosphates, on note l’arrivée de nouveaux acteurs au Pérou en 2010 et en Arabie saoudite en 2011. Les producteurs de potasse ont quant à eux investi pour augmenter la capacité des sites existants, sans oublier l’avancée de projets de nouvelles mines, notamment au Canada.

La productivité de l’agriculture menacée par de moindres épandages
Dans ce contexte de fermeté des cours, les agriculteurs ont tendance à limiter leurs apports d’engrais, avec à la clef un appauvrissement des sols en éléments nutritifs et des conséquences sur les rendements et la qualité des grains. « Le renouvellement de la fertilité des sols agricoles n’est plus assuré et le recyclage des produits organiques n’est pas à la hauteur des besoins, s’alarmait l’Unifa fin 2011. Alors qu’il est acquis que la production et l’utilisation responsable d’engrais et d’amendements minéraux en agriculture constituent un élément essentiel de la sécurité alimentaire mondiale et qu’ils apportent aussi une partie de la solution au changement climatique. »

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