La révolution en marche ?

Après deux récoltes de blé dur difficiles en termes qualitatifs et avec des prix peu motivants, les producteurs se détournent progressivement de cette culture. Ils réclament moins de réfactions, pour cette céréale très sensible aux aléas climatiques, et une hausse des prix en bout de chaine. Une requête, légitime, mais à laquelle les industriels ne peuvent consentir. « Si l'on demande aux pastiers français d'accroître le prix de leurs productions, ils feront face à une concurrence renforcée », a résumé Jean-Philippe Everling, président d'Axéréal et Durum, lors du rendez-vous annuel du secteur. Les pâtes italiennes, déjà majoritaires en France, voire turques et même « algériennes, seraient importées en France » si la logique était poussée. L'équation est donc complexe. « La filière a besoin d'un Bing-Bang », a lancé Jean-François Mas de Panzani. C'est d'ailleurs ce qu'elle s'emploie à faire, au travers de sa plateforme blé dur créée il y a un an. Tous les opérateurs y repensent, sans a priori, production et transformation avec une approche globale de la filière. S'appuyant sur la success story de Nespresso, Laurent Habib de l'agence Babel –par ailleurs conseiller de l'État sur le dossier origine France– invite, lui aussi, à un changement de mentalité. Il conseille de sortir les pâtes de la banalisation. Associer des univers, un imaginaire aux produits, segmenter l'offre… « Les pâtes au blé dur du Centre ont-elles le même goût que celles du Sud-Ouest ? », a-t-il interrogé. Nous le découvrirons peut-être bientôt ?