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Approvisionnement
La protéine, enjeu majeur de la nutrition animale

Le soja n’est pas la seule protéine valorisable en nutrition animale, même si son profil nutritionnel est exceptionnel, tant en taux de protéines qu’en profil en acides aminés.

© Snia, La Coopération agricole Nutrition animale

En attendant un plan Protéines national, arlésienne depuis le printemps, le plan de relance annoncé début septembre par le gouvernement flèche 100 M€ pour le plan « Protéines végétales » pour la reconquête de notre souveraineté alimentaire. Une manne qui en fait saliver plus d’un. Mais, il faut la répartir entre les acteurs et filières, les décisions des uns impactant souvent les autres sans qu’il ne soit facile d’en démêler les fils. 

Quid du passage au « plus de protéines végétales dans nos assiettes » qui induirait la réduction de la production de viande rouge ? Il jouerait les cartes à l’envers sur le bilan carbone national si cette baisse s’accompagne de la disparition de prairies entretenues par les ruminants, puits carbone par excellence. Autre exemple, les insectes. « La filière insectes, vue comme une production high-tech parvenant à mobiliser d’importants capitaux, ne fournira probablement pas de protéines pour la nutrition animale française hors des animaux familiers et de l’aquaculture (peu développée en France). Au contraire, elle va réduire l’autonomie protéique des animaux de rente en s’appropriant des coproduits comme les drêches ou sons », souligne Patricia Le Cadre, responsable pôle Alimentation et filières de production animale à Céréopa.

Quid de l’autonomie protéique française

De par son profil nutritionnel intéressant (taux protéines et acides aminés), le tourteau de soja représente 11 % des matières premières utilisées par les fabricants d'aliments pour animaux français (2,3 Mt en 2018), selon le Snia. Les éleveurs en utilisent près de 1 Mt de plus en direct. La production de soja a triplé en sept ans en Europe pour atteindre 2,9 Mt par an, alors que l’import baissait de 1,5 Mt entre 2008 et 2018. Malgré une demande importante de la part des fabricants d'aliments pour animaux pour des protéines locales, le recours à l’import pour les matières riches en protéines reste important : 46 % en France et 66 % en Europe pour la campagne 2018-2019, chiffre le Snia. De plus, les adhérents de Duralim se sont engagés à atteindre le zéro déforestation en 2025.

L’autonomie progresse toutefois. En premier lieu, depuis dix ans, la nutrition animale a perdu en volume. Deuxième point, l’efficacité nutritionnelle s’améliore grâce à la génétique animale et à la nutrition elle-même. Il ne faut plus que 1,6 kg d’aliment pour 1 kg de viande de poulet (1,86 kg en 2000) et 2,5 kg d’aliments composés pour 1 kg de viande de porc (2,97 kg il y a vingt ans). Troisième axe : acheteurs et formulateurs utilisent d’autres sources. « C’est notre métier que de gérer les flux et le sourcing, pour accompagner la valorisation des protéines disponibles, notamment en ruminants, et pour éviter tout gaspillage de protéines », pointe Philippe Manry, directeur général de Sanders (3 Mt d’aliments par an).

La France représente 14 % de la production européenne de graines de soja (400 000 t en 2019 sur 180 000 ha). Le tourteau de colza a pris une bonne place, mais la situation des biocarburants et la baisse des surfaces en France interrogent quant à la disponibilité future de cette ressource. Idem pour les coproduits d’amidonnerie, de sucrerie ou de meunerie entre baisse de production et concurrence entre usages. Fin des années 2000, le tourteau de tournesol High Pro a participé à la réduction de l’import de soja. Il reste majoritairement importé de la zone mer Noire et la Chine vient de le « découvrir ». Elle s’est approprié un bon tiers des disponibilités mondiales cette année. La compétition est rude. D’où l’idée d’enrichir nos tourteaux de colza et de tournesol en protéines en les concentrant grâce au blutage par exemple. 

Le projet de recherche Vocalim, qui s’est terminé fin 2019, en a confirmé l’intérêt. Encore faut-il que la matière première soit produite, vendue à un prix d’intérêt pour chacune puis… stockée dans les usines d’aliments. C’est l’un des points faibles de ce maillon : les formulateurs savent mettre en valeur de nombreuses matières premières, mais il faut que les volumes existent avec une certaine régularité, et que les silos soient assez nombreux à l’entrée des usines pour les rendre physiquement disponibles. Ce qui accentue le besoin en investissement dans ces cellules. Plusieurs dossiers seraient en cours de rédaction pour solliciter un financement dans le cadre du plan de relance.

 La contribution des additifs

Éviter les gaspillages passe par une formulation au plus proche des besoins en nutriments, notamment en acides aminés. De plus en plus d’acides aminés de synthèse sont désormais disponibles (méthionine, lysine, thréonine, tryptophane, valine…), bien qu’ils soient souvent fabriqués en Asie, ce qui, en retour, ne facilite pas l’autonomie européenne. Evonik, l’un des principaux producteurs de DL-Méthionine, vient d’annoncer renforcer sa stratégie industrielle autour de trois unités en Asie (Singapour), Amérique (Mobile-Alabama, États-Unis) et Europe (Anvers, Belgique). L’entreprise ferme son petit site de production de Wesseling (Allemagne) pour le transformer, en investissant 25 M€, en unité de production des intermédiaires nécessaires à la production de cet additif dans son usine belge. Une autre piste d’économie est largement exploitée : les extraits de plantes souvent développés dans le cadre de la lutte contre l’antibiorésistance. Le secteur montre de réelles efficacités dans la réduction de l’indice de consommation. Mais il est encore en train de s’organiser tant réglementairement qu’économiquement. L’Itavi et l’Inrae organisent d’ailleurs, le 22 octobre à Tours (et à distance), un colloque de restitution du projet Mexavi.
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