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Logistique
La grève SNCF plombe les stocks de fin de campagne

Les grèves à la SNCF ont impacté l’activité des organismes stockeurs au moment où les silos se vident pour la prochaine récolte

LES BLOCAGES de voyageurs suite aux grèves SNCF ont été d’autant plus médiatisés qu’est venu se greffer l’arrêt du trafic aérien suite au nuage de cendres dégagé par le volcan islandais Eyjafjallajökull. Cependant, l’impact économique sur l’agriculture et la balance commerciale française en général a été occulté alors que les cas de retards d’exécutions des contrats céréaliers, et d’usines fermées en raison d’un manque d’approvisionnements se sont multipliés.

Des stocks de fin de campagne alourdis
    Les organismes stockeurs (OS) situés dans des régions enclavées, telles que le Centre ou la Bourgogne, ont vu leur activité chuter lors de la grève récente de la SNCF. Pour la coopérative Seineyonne, Éric Grimonpont, directeur commercial, fait état de nombreux retards vis-à-vis, notamment, de ses clients amidonniers italiens qui ont subi des reports de livraison sur une quinzaine de trains représentant environ 20.000 t. Pour l’OS, c’est aussi au niveau des délais d’acheminement de 5.000 t d’orges à l’intervention que le problème se pose. En effet, si la marchandise n’est pas livrée avant le 30 avril, elle finira par être stockée sur place. « La rigidité de la SNCF fait qu’il ne sera pas possible de rattraper ce retard sur les mois prochains ce qui va entraîner des annulations de contrats » témoigne Éric Grimonpont qui explique « qu’en raison des grèves, les stocks à la fin juin pourraient être alourdis de 50.000 t et s’établir aux alentours des 80 à 90.000 t » pour son OS. De son côté, le groupe Axéréal, situé en région Centre et ayant misé 50 % de sa logistique sur le ferroviaire, aurait, lors des grèves, vu cinquante de ses trains annulés, soit un quart de sa logistique mensuelle. Avec une organisation ferroviaire figée à trois mois, tout train ne pouvant circuler est reporté en fin de période ou annulé. Ainsi, François Pignolet, directeur général adjoint en charge des Métiers du grain chez Axéréal, estime « qu’après les problèmes d’avril les stocks de fin de campagne s’alourdiraient de 70.000 t environ pour atteindre 450.000 t au total ».

Le privé peine à prendre le relais
    Avec des silos chargeant 2.500 trains/an, Axéréal est très impliquée dans le transport ferroviaire, mais en est aussi très dépendante. La coopérative disposant de 271 wagons, réfléchit à la réduction de ses relations avec des opérateurs ferroviaires défaillants, et envisage l’achat de locomotives. L’immobilisation de la flotte logistique entraîne une perte de son intérêt économique . « Euro Cargo Rail, un des opérateurs privés auquel a eu recours Axéréal, présente une fiabilité exécrable de 35 %. Seul un tiers de leurs trains fonctionnent, le reste cumulant retards de chargement ou annulations, provoquant de nombreux encombrements » dénonce François Pignolet. Selon lui, « les retards d’exécutions ont arrêté des usines par manque d’approvi­sionnement. La grève a impacté la balance commerciale française et ralenti l’activité ».

Des alternatives parfois antagonistes
    Une des répercutions indirectes pour les opérateurs qui s’approvisionnent en train est l’utilisation de camions. « Un train de 22 wagons est équivalent à 50 camions, qui, mis bout à bout, représentent une longueur de 5 km » regrette François Pignolet. Avec 50 % de ses volumes céréaliers remisés sur le fret routier, le responsable d’Axéréal déplore se trouver en contradiction avec les politiques environnementales. D’après lui, « la grève est une catastrophe économique qui conduit à prendre des mesures anti-environnementales. Les opérateurs sont ainsi contraints d’intégrer leur logistique et l’ensemble des services car la sous-traitance n’est pas assez fiable ». Pour la coopérative Seineyonne la solution passe par l’aménagement de l’Yonne pour y faire passer des péniches de 1.000 t. La coopérative a ainsi réalisé des investissements afin de créer des silos destinés aux chargements fluviaux. À Joigny des capacités de stockage sont en cours de construction, et à Gron ces infrastructures sont déjà opérationnelles. Cependant, la coopérative reste partie prenante avec les opérateurs de proximité et les réunions de travail s’enchaînent avec les OS du Centre, de La Rochelle, du Sud-Est et de Bourgogne.
    Si les coopératives utilisant le fluvial comme principal moyen de transport ont été favorisées lors des grèves, les risques économiques liés aux stocks de fin de campagne et aux encombrements de silos lors des prochaines récoltes restent importants.

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