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Tour de plaine
La France est arrosée, le maïs trinque

Les fortes pluies qui balayent l’Hexagone devraient conduire à des ressemis dans la plupart des grandes zones de culture.

« Nous sommes passés d’un scénario où l’on évoquait un début de sécheresse à des parcelles inondées », résume Pascal Marand, responsable technique adjoint de Charente Alliance. Cultures noyées, attaques de prédateurs, maladies. Au-delà du ralentissement des opérations de semis, conduisant les techniciens à envisager de recourir à des variétés plus précoces – mais aussi moins productives – de nombreuses surfaces de maïs devront être ressemées. Le potentiel de production s’en trouve affecté.

Changements de précocité et pression parasitaire élevée pénalisent la productivité
« Nous sommes très inquiets quant au déroulement des semis de maïs, réalisés entre 0 et 90 % selon les secteurs », confie, le 9 mai, Michel Devignes, directeur des opérations terrain Agro-céréales de Maïsadour. Au Nord de la zone gérée par la coopérative (nord-40, 33, 47), les opérations sont réalisées à 60 à 90 %, contre 5 à 25 % plus au Sud (sud-40, 64, 32). Sur les 95.000 ha, le retard global serait d’une quinzaine de jours par rapport à la normale. Et même si le beau temps revient, les pluies sont déjà annoncées. Froid, humidité et même, localement, vents de sable, affectent la densité des cultures sur certaines parcelles. Des conditions qui favorisent aussi le développement parasitaire. « La productivité est déjà entamée. Evoquer
-10 % ne parait pas excessif  »
, déplore Michel Devignes. « Nous essayons de gérer les choix de précocité au coup par coup. Nous pouvons utiliser des variétés tardives jusqu’au 20 mai. Au-delà, il faudra en changer ».
En Charente, « avec 130 à 150 mm de précipitations sur la seconde quinzaine d’avril, et un pic le weekend du 28, il y a eu des crues et des parcelles sont inondées », avec parfois plus de 40 cm dans les champs, détaille Pascal Marand, le 4 mai. Cela est notamment le cas dans « les zones de marais de l’Aunis et de la Charente, de Cognac à Angoulême ». Début avril, « les semis étaient très avancés, à 70-75 %. On craignait une sécheresse, et il y a eu un changement radical des conditions depuis le 12 avril ». S’il est « trop tôt pour estimer l’ampleur des ressemis, plusieurs milliers d’hectares» sur les 35-40.000 ha gérés par le groupe coopératif, devraient être concernés. « Nous allons nous efforcer de trouver les variétés les plus adaptées. Mais les semis ne seront pas forcément optimaux », dans la mesure où le technicien pressent une « petite pénurie ». Par ailleurs, « nous craignons une explosion des maladies ». La perte présumée de productivité serait de l’ordre de 15 %.
« La réalisation des semis est difficile », confirme Didier Gerbeau conseiller spécialisé chez Terrena, dont les maïs s’étendent sur 70.000 ha. Le 4 mai, « sur le sud du territoire, Vienne et Deux-Sèvres, ils étaient avancés à hauteur de 50 %, et entre 20 et 30 % dans les Pays-de-Loire. » L’avancée des semis, suspendue par la pluie et dépendante du ressuyage des parcelles, serait dans la moyenne. Là aussi, les semis devraient idéalement être bouclés « avant le 20 mai. Après, il faudra s’interroger sur les variétés », confirme Eric Sauvage, également conseiller Terrena. Des changements de précocité de semences s’imposeraient alors pour privilégier des cycles plus courts (15 mai/15 septembre). « Mais les plus précoces ont une productivité inférieure. Un élément qui s’ajoute aux conditions de semis non optimales. La perte de rendement pourrait alors atteindre 10-15 %. Tout dépendra ensuite des températures et de la pluviométrie estivales, qui pourraient permettre de récupérer le retard », poursuit Eric Sauvage.
Avec « 100 à 150 mm de précipitations », selon Didier Gerbeau, l’inquiétude porte surtout sur les parcelles inondées avec des problèmes de levées, liés à l’asphyxie des plants, mais aussi à des attaques de rongeurs et de maladies. D’autant que « l’eau entraîne une perte d’efficacité des traitements, contre les taupins notamment ». Si les pluies ne cessent pas d’ici la fin de semaine, « il y aura des parcelles à ressemer », regrette Eric Sauvage. « Au moins un tiers » porte à questionnement. Certaines, déjà ressemées, pourraient même être à nouveau retournées.
En Bretagne, les semis affichent un retard d’au moins dix jours. « Il y a un mois, le beau temps avait permis d’avancer à hauteur de 3-5 %, mais la levée est très difficile. Certaines surfaces sont altérées », explique, le 4 mai, Pascal Le Guilloux, responsable Mise en marché et Achats de Triskalia. Depuis, les travaux n’ont pu reprendre que très ponctuellement. Seuls 10 à 15 % des semis étaient alors réalisés. Mais «  en une semaine tout sera terminé, si le temps le permet ». Les pertes pourraient se limiter à 5 q/ha, selon le responsable de Triskalia... à condition de ne pas perdre encore davantage de temps.

L’Est est épargné
En Alsace, la situation est plutôt satisfaisante, notamment dans le Bas-Rhin où plus de 99 % des semis sont réalisés, indique le 9 mai Christian Lux, responsable technique au Comptoir agricole. Les semis s’y sont étalés d’avril à la semaine 18, selon les conditions météorologiques. « Les maïs sont globalement levés, et ce, de façon homogène au stade 3 feuilles, voire 4e», détaille-t-il. « Nous sommes dans la moyenne cette année. Le bon potentiel reste maintenu. » Dans le Haut-Rhin, le retard est toutefois plus important, en particulier dans la région rhénane qui a plus souffert des pluies. « Alors que la plaine du Haut-Rhin était semée, il restait encore 80 % à réaliser à la fin avril dans le Sundgau. »
Les averses menacent donc les rendements de maïs. Mais, comme le souligne Pascal Marand, « les pluies ont fait du bien aux céréales à paille et colzas. Il faut faire la part des choses ! »

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