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La filière brassicole doit revoir ses méthodes de commercialisation

Précipité dans l’ère de la volatilité, le marché des orges de brasserie a vu ses prix flamber en 2007/2008. Cette situation, qui menace la position française à l’international, conduit la filière à repenser son organisation

FRAGILISEE. « Dans un marché libre et mondial, la France dispose des infrastructures et de l’expertise des différents acteurs de la filière orge-malt-bière, ce qui la place parmi les leaders », a indiqué Philippe Lehrmann, du groupe Boortmalt, le 31 janvier, lors du colloque organisé par Arvalis sur les orges brassicoles à Châlons-en-Champagne. Le malt hexagonal constitue 15 % de la production et 30 % des exportations de l’Union européenne, qui compte elle-même parmi les principaux acteurs mondiaux du secteur. Si son activité d’exportation a réculé ces dernières années, l’UE devrait encore représenter, avec 2,8 Mt expédiées, plus de 45 % des échanges internationaux en 2007/2008, selon le CIC. En France, « les conditions climatiques et logistiques permettent de sécuriser des approvisionnements fiables », a expliqué Philippe Lehrmann. « C’est un joyau qu’il convient de préserver », a-t-il ajouté. Car si le leadership de la France sur les productions d’orge et de malt est encore incontestable, la filière craint qu’il ne se fragilise.

Volumes limités et problèmes de qualité remettent en cause la contractualisation

Faute de conditions agro-climatiques favorables, la campagne de production 2007/2008 n’a pas donné les résultats escomptés, tant en termes de volumes que de qualité. Les prix ont flambé. De 200 euros en début de campagne, ils ont dépassé les 320 €/t à l’automne. Et ils ont déstabilisé un équilibre fragile. Incapables d’honorer l’intégralité de leurs contrats, les agriculteurs se sont vus facturer des sommes jugées astronomiques par leurs OS, qui ont dû racheter en urgence de l’orge au prix de marché afin de satisfaire leurs contrats avec l’aval. L’affaire n’est pas passée. « Je n’y reviendrai pas avant une bonne dizaine d’années ! », assurait un agriculteur en marge du colloque. Cette logique de contractualisation, qui sous-tendait bon an mal an la filière, n’est plus de mise aujourd’hui. La volatilité a gagné le secteur. Et il va falloir faire avec : désormais, « c’est gravé dans le marbre », a résumé Daniel Huvet, directeur de Malteurop. Ce qui oblige à des réajustements. « Il faut mettre en adéquation une offre de prix compétitive pour nos adhérents et une garantie de marge pour la coopérative», a expliqué Romain Chiron, chez Champagne céréales. Autrement dit, les méthodes de commercialisation actuelles sont à revoir. Objectif : faire face à la mutation du marché.

L’idée d’instaurer des contrats à prime séduit les opérateurs

Une des solutions consisterait pour les OS à utiliser le marché à terme de l’orge de brasserie, l’EBot. « Le handicap du E-Bot est de ne pas être assez liquide », a expliqué Patrick Pariat, directeur adjoint de Soufflet agriculture. Désavantage supplémentaire, ce marché, qui n’est pas géré par Euronext, ne dispose pas d’une chambre de compensation suffisamment solide pour garantir les transactions. Pour Patrick Pariat comme pour Romain Chiron, une solution existe : la mise en place de contrats à prime, déjà très utilisés en colza. Dans ce type de contrat, chaque partie fixe son prix sur le marché à terme, indépendamment de l’autre. L’engagement pris entre le malteur et l’OS porte finalement avant tout sur les conditions de livraison du physique. Le système permettrait à chaque maillon de gérer la volatilité des prix. À condition que le marché à terme soit suffisamment liquide pour que la contrepartie d’une transaction soit trouvée sans difficulté. L’idée semble faire son chemin. Il faudra de toute façon du temps avant qu’elle ne devienne effective.

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