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Alimentation
La distribution mise en cause dans la répartition des marges

Délivré au parlement lundi dernier après six mois d’études, le rapport de l’observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires secoue déjà le monde de l’alimentation. Bien que ne traitant que des filières fruits et légumes, viandes bovines et porcines et produits laitiers, ces premières analyses ont déjà une consistance qui risque d’animer les débats et les négociations entre producteurs, industriels, et enseignes de grande consommation.
    Lors de sa conférence de presse de lundi, Philipe Chalmin, président de l’observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, et professeur d’économie à Dauphine spécialiste des matières premières, résume avec prudence les leçons de ce rapport en ces termes : « je constate que nous avons des répartitions des marges brutes au sein des filières agroalimentaires qui ne sont pas exactement celles auxquelles on pouvait penser de prime abord. Dans certains cas nous avons des évolutions de marge brute au stade de la grande distribution qui m’interroge ». Effectivement dans la filière laitière en 2009, selon cette étude, la marge commerciale brute pour des industriels pour l’emmental représente une part de 16 % du prix au détail. Celles des GMS, sur le même produit s’élèvent à 35 %. Une différence notable, et qui se retrouve également dans les autres secteurs étudié par l’Observatoire. Sur la longe de porc, le prix payé par le consommateur a été réparti comme suit en 2010 : 35 % pour la production, 8,8 % pour l’abattage-découpe, et 51 % pour la distribution ! Et depuis dix ans, seule la part de la distribution a augmenté. En 2000, le producteur percevait 45 % du prix du produit final, l’abatteur 11 %, tandis que les GMS ne touchaient que 39 %. Et si cet exemple est particulièrement édifiant, sur les autres secteurs étudiés, la répartition des marges brutes suit les mêmes proportions.

Des chiffres à prendre avec précaution
    Au vu de ces chiffres, il est donc aisé de pointer la responsabilité de la distribution qui ne semble pas répercuter la volatilité des prix des matières premières, la hausse des coûts de production, et qui assoit pourtant ses bilans d’activités sur des marges brutes confortables. Seulement, ces premières conclusions de l’observatoire sont à relativiser, dans la mesure ou la marge brute ne représente pas le bénéfice net des différents acteurs de la filière. « Nous avons besoin de connaitre le volume trimestriel de rayon en terme de quantité entrée et sortit car sur des légumes on peut avoir jusqu’à 40 % de pertes. Le personnel affecté sur un rayon, et toutes les autres charges communes à ce rayon est également un facteur à prendre en compte », explique Philipe Boyer, secrétaire générale de l’Observatoire.
    Et si dans le secteur industrielle la marge nette a pu être obtenu facilement, il en est tout autre pour la distribution, comme l’explique Philipe Boyer : « le problème, c’est que dans les GMS il n’y a pas vraiment de personnel dédié à un rayon, il s’agit de personnel commun à l’ensemble du magasin. Ces détails n’existent pas dans les comptes publiés, et ils doivent donc monter un système d’information spécifique. Pour les industriels, c’est plus facile car ils sont spécialisés dans un secteur, contrairement au GMS qui ne sont jamais spécialisé dans un produit ». La mise en place de ces outils sera donc indispensable avant le prochain rapport de l’observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, car s’il donne aujourd’hui des pistes, il lui faudra être bien plus précis pour devenir un véritable argument de poids dans les négociations intra-filière. Phillipe Chalmin plaide d’ailleurs en ce sens en affirmant que « la connaissance des marges des uns et des autres permettraient d’apporter un peu de sérénité dans les secteurs de l’alimentation ». L’appel est lancé.

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