« Je vois mal l’Argentine prendre une grosse part des exportations françaises de blé », déclare Amadou Sarr, analyste chez Stratégie Grains
La récolte record de l’Argentine en blé ne devrait pas pénaliser outre mesure les exportations françaises de blé tendre sur la deuxième partie de la campagne 2025-2026, selon les experts de Stratégie Grains.
La récolte record de l’Argentine en blé ne devrait pas pénaliser outre mesure les exportations françaises de blé tendre sur la deuxième partie de la campagne 2025-2026, selon les experts de Stratégie Grains.
La production de blé en Argentine s’établirait pour 2025-2026 à un niveau record de 28 Mt, un chiffre qui n’a pas cessé d’être revu en hausse par les analystes locaux et internationaux.
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Les faibles niveaux de protéines du blé argentin devraient limiter son attractivité vers l’Afrique
Comme précisé dans notre dernier article sur le sujet, les taux protéiques du blé argentin s’avèrent bas cette année, avec les forts niveaux de rendement. Près de la moitié de la récolte affiche une teneur inférieure à 11 %, et l’autre moitié se situe autour des 11 %. Peu de volumes à 12 % de protéines sont disponibles. « Les flux de blé vers le Maroc, le Nigeria, l’Angola et les autres destinations africaines devraient rester dans les ordres de grandeur habituels, vu les niveaux de protéine et l’attractivité du blé français » relève Amadou Sarr, analyste spécialiste du marché du blé pour Stratégie Grains, filiale d'Expana. En effet, ces destinations importent du blé meunier en grande majorité, avec des exigences strictes sur la qualité. « Les origines états-uniennes sont aussi disponibles en Afrique, notamment au Nigeria, avec une bonne qualité et un prix qui a pas mal baissé », ajoute-t-il.
Un point d’interrogation subsiste sur le Maroc ; peu de possibilités sur le reste de l’Afrique du Nord
« L’Argentine pourrait toutefois concurrencer la France vers le Maroc si la compétitivité reste intéressante », évoque l’expert. Pour l’instant, des volumes de blé tendre sont encore à prévoir au départ des ports français vers le royaume chérifien. « Ajoutons à cela le fait que le pays ne devrait pas importer beaucoup plus de blé cette année au vu des meilleures conditions de culture pour la récolte 2026 », déclare Amadou Sarr.
Quant à l’Algérie, le pays est bien avancé dans son programme d’importations, avec des volumes originaires de la mer Noire et notamment de la Bulgarie. « Quelques bateaux sont dans les line-ups pour l’Algérie, mais les volumes devraient rester limités », prévoit l’analyste. Sur le dernier appel d’offres algérien, qui s’est soldé par un achat de 720 000 t de blé tendre le 21 janvier dernier, environ la moitié serait d’origine Argentine. « Il n’y avait que 4 $/t d’écart entre les offres françaises CAF et ce qui s’est traité, signe que le blé français reste bien placé sur l’Afrique du Nord », interprétait notamment un de nos correspondants.
Les pays d’Asie profitent des prix bas pour se constituer des stocks de report en blé
Selon Amadou Sarr, les volumes de blé argentin devraient trouver preneurs en Asie. « L’Indonésie et le Bangladesh acceptent le blé peu protéiné, ce qui fait l’affaire des Argentins », signale l’analyste. Et ce, alors que les pays asiatiques se montrent gourmands en blé. « Ils profitent beaucoup des prix bas pour se procurer du blé, et nous prévoyons une nette hausse des stocks de report à la fin 2025-2026 dans ces pays », analyse Amadou Sarr. Par ailleurs, le blé argentin serait plus attractif que le maïs pour le débouché fourrager, notamment en direction du Vietnam et de l’Indonésie. « Mais il concurrence plutôt le maïs en provenance des États-Unis et de la mer Noire, notamment d’Ukraine », explique l’expert.
Stratégie Grains prévoit des exports argentins de blé autour de 16 Mt, avec un impact potentiel sur les origines UE
Le cabinet d’analyse, rallié à Expana, s’attend à une hausse des exportations de blé au départ de l’Argentine, sans toutefois qu’elles n’atteignent le niveau record de 2021-2022 ou des années précédentes. « Nous prévoyions autour de 16 Mt d’exportations de blé en début février [soit dans l'ordre de grandeur de l'estimation de l'USDA publiée dans son rapport mensuel de janvier, NDLR], contre 13 Mt estimées en début janvier. Près de 10 Mt ont déjà été réalisés jusqu’au mois de janvier », expose Amadou Sarr.
« Cette dynamique pourrait impacter les exportations de l’Union européenne pour le reste de la campagne, notamment celles de la France, dont le Maroc est de loin le principal acheteur. Cependant, sur un marché mondial inondé, je vois mal l’Argentine exporter beaucoup plus que les autres origines », conclut-il.