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Agriculture
Impacts de la réforme chinoise

La libéralisation du prix du maïs est l'une des mesures les plus spectaculaires du dernier plan quinquennal chinois concernant les aspects agricoles. Avec une grande interrogation : quand le prix du maïs chinois rejoindra-t-il celui du marché mondial ?

Le 13e plan quinquennal chinois, adopté en mars, confirme l'ambition des autorités de moderniser le secteur agricole pour en accroître la productivité mais aussi la durabilité. « De nombreuses mesures environnementales ont été prises ces dernières années, mais l'affichage de cette ambition en tant que tel est, lui, nouveau. De même que l'accent mis sur la formation », décrypte un observateur sous couvert d'anonymat. Alors que les autorités privilégiaient jusqu'ici l'autosuffisance, elles ouvrent désormais la porte aux importations, signe qu'elles veulent mettre l'ac-cent sur la qualité, plutôt que sur la seule quantité. Cette volonté de changer de modèle, qui vaut d'ailleurs pour l'ensemble de l'économie, a des traductions très concrètes dans l'agriculture, réfléchies depuis déjà plusieurs années.

Continuité

Le projet de rachat de Syngenta par ChemChina est typique de la stratégie qui consiste à faire émerger des champions nationaux, et à racheter des actifs à l'étranger pour monter en compétence. Cette méthode, mûrie depuis de longues an-nées, fait partie de la panoplie mise en place pour moderniser l'agriculture, dont tous les maillons peuvent être améliorés. « Depuis deux ans, les autorités réforment les mécanismes de mise en marché des semences afin d'introduire de meilleures variétés émanant prioritairement des plus grandes entreprises », commente Marion Lespine, directrice générale de Limagrain en Chine. L'utilisation des intrants doit elle aussi être revue, dans le sens d'une réduction drastique. Plus bas dans la chaîne, la conduite des élevages peut être largement améliorée. Dans la filière porcine, le taux de conversion serait, selon certaines estimations, de 3,8 contre 2,9 en France !

Quel rythme pour la réforme maïs ?

Dans cet immense chantier de modernisation, le gouvernement a profité du nouveau plan quinquennal pour libéraliser le marché du maïs. C'en est fini du prix garanti, remplacé par des subventions si le cours du maïs domestique venait à passer sous un seuil qui reste à définir... alors que les semis approchent. Ces dernières années, les achats étatiques à des prix supérieurs de 30 à 40 % aux prix mondiaux ont encouragé la production et les importations de substituts (sorgho, orge, drêches...). Ces dernières ont atteint près de 50 Mt en 2015, alimentant la spirale de stocks colossaux (110 Mt selon l'USDA). « La grande question concernant cette réforme, c'est sa vitesse de mise en œuvre, estime cet observateur. À quelle échéance le prix du maïs chinois rejoindra-t-il le prix mondial ? Et quelle est la qualité des stocks accumulés ? » Le coton et le soja fonctionnent sous ce nouveau régime depuis quelques années. Mais sa mise en œuvre administrative est complexe, car les parcelles ne sont pas toujours cultivées par celui qui en a l'usufruit. Le choix du prix à partir duquel des subventions seront versées sera aussi déterminant. Une baisse trop rapide et c'est la paix sociale qui est menacée, une inflexion trop lente est c'est toute l'économie de l'élevage qui reste affaiblie par une alimentation animale onéreuse...

Impact pour les substituts

Reste que les importations de substituts ont déjà baissé. « La France a bien tiré parti de cette opportunité, et les ventes d'orges fourragères sur la Chine représentent depuis deux ans une part très importante de nos exportations d'orges, explique François Gâtel, directeur de France Export Céréales. Mais ces derniers mois, les ventes ont largement diminué. » En atten-dant que la réforme du prix du maïs porte ses fruits, les autorités ont en effet mis en place des « certificats d'import au quatre substituts du maïs » et des subventions de 10 à 22 €/t pour les industriels qui utilisent du maïs domestique. « Nous attendons une forte baisse des importations chinoises d'orges, de sorgho et de DDGS (Dried distillers grains with solubles) dès la fin de la campagne en cours », prédit Pierre Begoc, directeur des affaires internationales d'Agritel. L'USDA estime pour sa part que les importations chinoises de substituts devraient baisser de 30 % sur 2015/2016 par rapport à la campagne précédente (rapport de mars). Notons que la Chine était devenue un débouché très important pour les orges fourragères françaises. « La Chine a représenté plus de 50 % de nos exportations d'orges en 2014/2015, indique François Gâtel. Sur cette période, elle a importé 8,35 Mt d'orges brassicoles et fourragères, dont 0,5 Mt d'orge brassicole et 1,7 Mt d'orge fourragère d'origine France, sachant que sur les années antérieures, les importations variaient entre 2 et 3,5 Mt, pour de l'orge brassicole seulement. Du 1er juillet 2015 au 31 janvier 2016, le volume total importé de France a encore augmenté. » Par un effet cascade, la réforme du prix du maïs en Chine aura ainsi un impact probable sur les débouchés pour les exportations d'orges fourragères françaises...

OGM : les paradoxes chinois

Le nouveau plan quinquennal reste prudent au sujet des OGM, globalement interdits en Chine. Il ne mentionne que brièvement les biotechnologies, ce qui peut être interprété comme une avancée vers l'ouverture aux OGM. Mais la population chinoise, traumatisée par le scandale du lait à la mélamine en 2008, n'en veut pas. Et certains officiels chinois, comme le gouverneur du Gangsu (région clé pour les semences), ont déjà pris position publiquement contre. Sauf que les OGM sont déjà largement présents dans les champs, notamment pour le maïs, selon un récent rapport de Greenpeace. De même pour le coton, largement OGM en Chine. Le gouvernement serait plutôt favorable à leur introduction, mais il devra composer avec les consommateurs, qui prennent leurs droits très à cœur en Chine.

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