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« La migration vers un modèle durable est inenvisageable avec des prix de marché », explique Ludovic Brindejonc d’Agri-Éthique

Ludovic Brindejonc, directeur du label du label d’Agri-Éthique et Eugénie Girardeau, directrice adjointe de Minoterie Girardeau, expliquent l’intérêt de sortir d’un fonctionnement basé sur l’offre et la demande pour fixer le prix des céréales et de miser sur une logique de filière.

Un portrait en photo de Ludovic Brindejonc, directeur du label de commerce équitable Agri-Ethique.
Ludovic Brindejonc, directeur du label de commerce équitable Agri-Ethique.
© REUSSIR SA

En juin 2013, la minoterie Girardeau faisait figure de pionnier sur le commerce équitable en étant co-bâtisseur du modèle actuel avant même la création du label de commerce équitable Agri-Éthique. Ludovic Brindejonc, directeur général du label, en précise ici le fonctionnement : « D’un point de vue contractuel, il y un accort de partenariat entre la minoterie Girardeau et Agri-Éthique. D’ailleurs, Agri-Éthique a un contrat de partenariat avec chacun de ses partenaires. C’est un peu un CDI entre les deux parties qui fixent les règles déontologiques et de communication, et qui permet aux partenaires ensuite d’engager un contrat filière qui lie un collectif de producteurs, le meunier et derrière un industriel si besoin ». Dans ce contrat filière, les modalités de construction du prix du blé sont précisées ainsi que les volumes et la durée d’engagement, le plus souvent sur une base triennale. « Minoterie Girardeau a un seul contrat de partenariat avec Agri-éthique. En revanche, la minoterie a de multiples contrats filières avec ses différents partenaires producteurs collectifs, et puis en aval avec plusieurs industriels », synthétise le directeur d'Agri-Ethique.

Le coût de production au cœur du système Agri-Ethique

La construction du prix dans le contrat filière du label est basé sur l’indice Impampa de l’Insee, qui mesure l’évolution des prix d’achats des moyens de production supportés par les exploitations agricoles plus la marge nécessaire pour générer un revenu agricole.

« L’année dernière, on était sur un prix payé aux producteurs de 240 € la tonne de blé pendant que le marché était plutôt à 200 €/t », indique Luduvic Brindejonc pour référence.

D’après le directeur d’Agri-Ethique, cette approche permet de pérenniser le modèle et les partenariats au sein d’une filière. D’ailleurs, Eugénie Girardeau ajoute : « Contractualiser sur trois ans donne vraiment une visibilité. L’agriculteur peux investir dans du matériel, dans des pratiques plus vertueuses. La visibilité sur trois ans par rapport au marché à terme, c’est vraiment une chance pour eux de pouvoir investir sur une période plus longue. »

La transition vers un modèle durable incompatible avec des prix de marché

Selon Ludovic Brindejonc, la migration vers un modèle durable est inenvisageable avec des prix de marché dont la volatilité est trop importante : « Quand on voit une telle volatilité, il est impossible d’envisager une transition. Quand les prix sont trop bas, c’est compliqué de motiver les producteurs à s’engager dans des actions plus vertueuses. Et inversement quand les prix explosent, la prime que l’on donne au producteur n’a plus de signification ». Ainsi, les difficultés du blé CRC seraient dues en partie à l’indexation aux prix du marché. D’après le directeur du label de commerce équitable, les prix du blé bio souffrent aussi de cette indexation aux fluctuations du marché.

Lire aussi : Prix du blé 2025 : Girardeau et Agri-Éthique lancent une bouée de sauvetage aux agriculteurs

Cependant, Ludovic Brindejonc tient à préciser : « Dans ce mode de rémunération, l’agriculteur doit bien intégrer qu’il ne travaille pas sur un prix minimum garanti mais sur la sécurisation du coût de production, et qui le protège lui comme le consommateur des fluctuations du marché ».

Un essor du commerce équitable grâce à la loi Egalim

La loi Egalim constitue un véritable soutien au développement d’Agri-Ethique. « Avec la loi Egalim, l’objectif pour les collectivités est d’avoir au moins 50 % d’achats durables, et le commerce équitable et Agri-Ethique y figurent ». Un autre paramètre, qui favorise le modèle du commerce équitable, concerne la géopolitique : « Les industriels ont besoin de sécuriser leurs approvisionnements sur le territoire pour éviter d’aller chercher ces matières premières à l’autre bout du monde avec tous les risques que cela comporte »

Lire aussi : Prix du blé : marché attendu très lourd en 2025-2026, qui risque de peser sur les cours

De plus, les industriels ont tout intérêt à sécuriser leurs approvisionnements localement pour lutter contre le réchauffement climatique. A ce sujet, Eugénie Girardeau ajoute dans le même sens : « Si demain on veut avoir des blés français sur notre territoire, il faut qu’on engage le changement. On est un acteur entre l’agriculteur et le consommateur. On a un donc un devoir, à la fois, de pérenniser la filière en accompagnant les agriculteurs sur le changement et, à la fois de faire accepter au consommateur de payer un peu plus cher ».

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