Euronext
Huile et tourteau de colza rejoignent la graine sur le marché à terme européen
Bon accueil général mais des questions demeurent


Au terme de deux années de discussion au sein de la filière, Euronext a annoncé, le 22 janvier, le lancement « d'un complexe Colza proposant des contrats à terme et des options sur le tourteau et l'huile de colza en contrats individuels, sous réserve des autorisations réglementaires. » Une première mondiale en matière de complexe colza. Des discussions sont encore en cours pour déterminer les caractéristiques techniques des contrats. Elles devraient aboutir dans les mois à venir. Même chose pour les points de livraison qui restent à définir. Tout devrait être finalisé dans le courant du second semestre 2014, selon Lionel Porte, responsable Produits matières premières d'Euronext. Du côté des opérateurs, cette annonce est plutôt bien accueillie mais suscite des réserves. La nutrition animale pourra couvrir ses approvisionnements et les tritu“ ” rateurs fixer leur marges. Mais les caractéristiques des contrats et options seront primordiales pour que l'ensemble des opérateurs jouent le jeu et s'engagent sur le marché à terme parisien. Diverses expériences ont montré qu'il ne suffisait pas qu'un marché à terme soit créé pour qu'il fonctionne.
Le premier complexe colza coté à terme dans le monde.
Bon accueil général mais des questions demeurent
« Cela ne peut être qu'une évolution positive », estime Edward de Saint-Denis, courtier en grains et tourteaux chez Plantureux. « Mais il faut rester prudent sur la question de la liquidité », ajoute-t-il. La place parisienne n'en est pas à son coup d'essai. L'échec du lancement en 2007 d'un premier marché à terme sur l'huile de colza reste dans les mémoires. Toutefois, des évolutions pourraient faire la différence : « Le marché des biocarburants est plus structuré qu'à l'époque. Il est plus mature et les opérateurs sont plus conscients de l'intérêt des marchés à terme pour leur activité. De plus, avec une incorporation de 4 % dans le diesel, les pétroliers seront plus intéressés. Et il faut noter qu'en 2007, les prix étaient déprimés donc peu incitatifs », remarque Lionel Porte.
La principale inquiétude est la participation des intervenants, sans qui la fluidité et la liquidité du marché à terme ne pourront être assurées. Particulièrement demandeurs de ce complexe oléagineux à terme, les Fab devraient l'investir. « Les triturateurs étaient très intéressés aussi », explique Alain Brinon, directeur général délégué de Saipol. « Nous jouerons le jeu de notre côté », assure - t-il. Pour autant, la filière oléagineuse reste assez concentrée et l'arrivée d'autres opérateurs est à espérer pour le bon fonctionnement de la plateforme. « Il faut compter sur les exportateurs de graines de colza comme les canadiens ou les australiens. Les opérateurs du marché pétrolier devraient aussi être présents », estime Lionel Porte. Mais « la complexité du marché de l'huile réside dans leur interchangeabilité », note Antoine de Gasquet, courtier chez Baillon Intercor. Les volumes traités pour une huile donnée sont donc variables.
Élément positif et non des moindres, les opérateurs sont maintenant rôdés aux techniques de gestion de prix via les marchés à termes, déjà largement utilisées sur d'autres matières premières.
Quid des contrats de tourteau et d'huile de colza ?
Avec le lancement des contrats et options à terme en tourteaux et en huile de colza, Euronext proposera une gamme complète de produits dérivés pour les opérateurs qui utilisent et transforment des graines de colza. « Cela vient compléter notre offre et positionne la place de Paris. C'est le premier complexe colza dans le monde ». Parmi les éléments déjà arrêtés concernant les caractéristiques des contrats : les volumes devraient être de 20 t par contrat pour l'huile, et de 20 t pour le tourteau. Des lots qui tiendraient compte du tonnage prévu pour un contrat à terme de colza et des teneurs en huile (40%) et en matière sèche (60%) de la graine oléagineuse. La négociation et la compensation des contrats seront similaires à ce que connaissent déjà “ les opérateurs pour le contrat de la graine de colza, selon Euronext.
Plusieurs points de livraison en Europe envisagés.
« C'est un marché que nous avons toujours défendu, et ce de longue date », se satisfait Stéphane Radet, directeur du syndicat des industriels de la Nutrition animale. Pour François Quenehervé, reponsable achats chez Feed Alliance, « c'est une excellente nouvelle ! L'utilisation de tourteaux de colza et tournesol est déjà très élevée. Mais on peut faire mieux, avec des outils adaptés. Les moments d'intérêt des fabs et des triturateurs ne sont pas forcément les mêmes (…)Avec un outil d'arbitrage, la rencontre de l'offre et de la demande en tourteau ne sera plus un frein. Pouvoir se couvrir à terme va fluidifier les achats de tourteaux de colza. Le marché papier sur le Rhin n'apporte pas de réponse suffisante. Les deux marchés sont complémentaires et les deux devraient fonctionner ».
” Même si le but du marché à terme n'est pas de prendre livraison physique des produits traités, le choix des points de livraison pour chacun des contrats n'en demeurera pas moins crucial pour le développement de ces marchés. Concernant le tourteau, « il existe des points de référence physiques sur le “lower Rhine” qui doivent être intégrés aux zones de livraisons du contrat. La Belgique pourrait aussi être concernée, mais rien n'est encore arrêté », explique Lionel Porte. Le contrat huile devrait de son côté tenir compte de la zone de référence Amsterdam / Rotterdam / Anvers « qui sera forcément dans le contrat, mais cette zone pourra être étendue » précise Lionel Porte. Dernière précision, ce complexe oléagineux concernera exclusivement des produits non OGM.