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Hongrie : une année dans l’UE qui n’a pas convaincu les producteurs

En mai 2004, le pays venait grossir le rang des Etats membres. Une adhésion supposant de s’adapter à la Pac. Bref bilan de ce tour de chauffe. 

"Le 1er mai 2004 a représenté pour la Hongrie une rupture en matière de politique agricole» rappelait Yanko Bouton, attaché agricole à l’Ambassade de France de Budapest lors d’un colloque organisé récemment à Paris. Ainsi, le gouvernement hongrois a pour la première fois dû appliquer la Pac. Cela supposait notamment l’introduction progressive des paiements directs, l’entrée sur le marché unique et l’utilisation du fond de développement rural. Comment cette transition a-t-elle été gérée et vécue par le pays ? Voilà en substance la question à laquelle les différents intervenants, dressant un état des lieux de cette année 2004, ont essayé de répondre au cours de cette conférence.

Une année de rodage

Ces évolutions n’ont pas été évidentes car, même «si l’adhésion avait été longuement et bien préparée», le pays avait déjà pris du retard dans la reprise de l’acquis communautaire, en particulier dans la préparation de l’agence de paiement et la mise en place des systèmes de contrôle. Parmi les faux pas, les aides à la production, apportant une source de revenus supplémentaire aux cultivateurs, ont été versées tardivement. Les agriculteurs, eux-mêmes, ne semblaient d’ailleurs «pas avoir été bien initiés aux nouveaux mécanismes et mode de pensée» de la Pac comme l’avance Istvan Fehér, professeur d’économie rurale à l’Université Szent Istvan à Gödöllo. Selon lui, ils ont notamment fait des erreurs dans l’utilisation des subventions et de l’intervention.

Une bonne récolte céréalière qui fausse la vision de la Pac

Concernant les dispositifs de régulation de marché, la Hongrie a en quelque sorte été victime de la conjoncture pour cette première année dans l’Union.

En 2004, elle a en effet dû «gérer une récolte céréalière exceptionnelle avec, au niveau européen et mondial, des difficultés de mise sur le marché en raison de prix trop bas», rapporte Yanko Bouton. Le maïs (1,2 Mha) et le blé (près d’1,2 Mha) occupent chacun environ 44 % des surfaces céréalières hongroises. Et, si les terres s’avèrent très favorables aux grandes cultures, le climat continental expose le pays à de fortes variations de production. Et, pour 2004, la météo a été clémente : la Hongrie a enregistré une récolte de 16,81 Mt, contre seulement 9,43 Mt en 2003. Les rendements en blé tendre ont atteint le record de 51,3 t/ha et les volumes 6,02 Mt, soit deux fois plus qu’en 2003. En maïs, ce sont quelque 8,32 Mt qui ont été engrangées en 2004 contre 5,25 Mt en 2003.

Il a donc «fallu gérer, pour cette année de rodage, une situation très difficile» d’autant que, face à cette importante production, les prix des céréales ont été divisés par deux. Le résultat est désormais connu de tous : les producteurs hongrois ont offert à l’intervention pas moins de 2,6 Mt de maïs et 1,6 Mt de blé. Soit un quart des offres européennes !

Troisième producteur européen de maïs, derrière la France et l’Italie, le pays écoule la majorité de sa production sur son marché intérieur, mais dispose souvent d’un surplus exportable. La mission économique s’intéressant à ce pays considère alors dans une fiche de synthèse, que l’on peut «craindre que l’intervention devienne un réel débouché devant les difficultés rencontrées pour trouver des marchés». Si la récolte céréalière hongroise s’annonce en retrait en 2005, sa gestion, alors qu’il y a 4 Mt de stocks d’intervention et des réserves privées importantes, risque d’être tout de même problématique. Cela constituera un des défis du pays pour 2005/2006.

Par ailleurs, le fond de développement rural a lancé une véritable dynamique de modernisation du matériel et des infrastructures agricoles en 2004. Mais, là encore, tout ne s’est pas passé de manière idéale : l’enveloppe accordée ne suffisait pas à répondre à toutes les demandes et certains projets ont dû être interrompus.

Evolution négative de la balance commerciale agroalimentaire

Enfin, le 1er mai 2004 a marqué l’entrée sur le marché unique avec un tarif douanier commun et une protection moindre vis-à-vis de l’importation. Or, l’agroalimentaire est une activité importante en Hongrie qui concentre 4 % des employés. La production locale représentait avant l’élargissement 2 % des volumes européens et 1 % des importations. Par ailleurs, le pays est le seul Peco à enregistrer une balance commerciale positive en termes d’échanges extérieurs. Avec l’adhésion, un marché de 450 millions de consommateurs s’offrait à la Hongrie, un chiffre porteur d’espoir... Mais, si cette ouverture s’est soldée par un développement naturel des échanges, les importations ont progressé plus rapidement que les exportations. L’adhésion a donc apporté plus de possibilités aux anciens Etats membres qu’à la Hongrie. Elle a, de plus, accru l’ambiance de compétition.

Un milieu agricole qui semble quelque peu déçu

«Jamais les agriculteurs hongrois n’avaient eu de subventions aussi importantes, pourtant les gens ne sont pas contents», remarque Istvan Fehér. La profession agricole se dit en effet plutôt déçue par son entrée dans l’Union européenne. Et il faut la comprendre, les paiements directs ont été versés en retard, les prix aux producteurs ont chuté dans le secteur des productions végétales et le coût des intrants a beaucoup progressé. En parallèle, les prix au consommateur ont gagné du terrain. Ajouter à cela un accroissement de la puissance des grandes surfaces faisant pression sur les prix et l’on ne s’étonne pas d’entendre que «la profession se pose beaucoup de questions. Il y a même eu des manifestations» comme le rapporte Yanko Bouton. Cette première année, où se sont cumulés plusieurs problèmes et notamment une récolte céréalière importante, peut finalement être assimilée à «un faux départ».

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