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Grand marché transatlantique
« En cas d'accord, le maïs US pourrait inonder l'UE »

A quelques semaines d'une nouvelle phase de négociations, Thierry Pouch, responsable du service Etudes économiques de l'APCA, présente son analyse du projet d'accord de grand marché transatlantique (GMT) entre l'UE et les États-Unis.

Comment le secteur européen des céréales pourrait être touché par l'accord GMT (Ttip ou Tafta) ?

Thierry Pouch : L'Agriculture américaine est très compétitive, notamment en maïs. La production en Europe est moins rentable et six fois moins importante en volume. Par ailleurs, les États-Unis sont exportateurs nets de maïs alors que l'UE est importatrice nette. En cas d'accord, le marché européen serait davantage pénétré, voire inondé. Et la France perdrait des parts de marché au sein de l'UE. De plus, nous avons des systèmes plus intensifs, donc plus dépendants au pétrole et au gaz que les États-Unis. Si les USA retrouvent une indépendance énergétique, via l'extraction de gaz de schiste à moyen terme, on peut s'interroger sur la robustesse de leur filière éthanol. Si elle venait à disparaître ou à reculer, la disponibilité du maïs US sera d'autant plus élevée. Donc, la concurrence viendra soit de l'éthanol US soit de son maïs. Se pose alors la question du maïs OGM et de son traitement dans ”les pays de l'UE.

L'accord pourrait répondre à la progression de la Chine.

À ce propos, est-il toujours question que des entreprises puissent attaquer des politiques nationales au titre de cet accord ?

Oui cette disposition est toujours dans le projet d'accord. C'est d'ailleurs un point de blocage assez fort pour l'UE et, assez paradoxalement en provenance de l'Allemagne, qui tient à sa souveraineté.

Y aurait-il un impact indirect sur les céréales via le secteur Viande?

Il y aura un impact sur la consommation de céréales, c'est certain. Si l'on se réfère à l'accord UE-Canada, qui prévoit un contingent de 65.000 t sur 6 ans en viande bovine, avec une contrepartie de 15.000 t en fromage, certains estiment que le double pourrait rentrer dans l'UE avec le traité transatlantique. La viande bovine serait une variable d'ajustement. Mais il n'y a pas de chiffrage officiel là-dessus. Les USA sont un grand exportateur de viande bovine, ils ne se priveront pas de négocier là dessus. Selon le Cepii (Centre de recherche français dans le domaine de l'économie internationale), le scénario de référence pris est une suppression totale des droits de douanes. Ce qui donnerait un gain d'exportation de 116 % pour les États-Unis et seulement 52 % pour l'UE.

L'Union européenne a-t-elle quelque chose à gagner sur la partie agroalimentaire ?

Sur les vins, boissons et produits transformés, les droits de douanes sont déjà quasi nuls, donc nous n'avons pas grand chose à gagner. Les réjouissances peuvent venir des produits laitiers comme pour l'accord avec le Canada. Mais, même si l'on arrivait à négocier des exportations de produits sous signe de qualité, quelle serait la contrepartie sur les viandes et céréales ? Sans oublier que les États-Unis ne reconnaissent pas la spécificité des produits alimentaires sous signe de qualité. Ils y sont considérés comme des produits standards et pourraient y être produits, concurrençant les nôtres en retour. Point important, les États-Unis disposent d'une monnaie qu'ils peuvent manipuler à souhait, et rapidement, contrairement à la zone euro où cela est plus difficile. C'est une difficulté supplémentaire. Donc, ajoutée aux céréales, notamment au maïs, et à la viande bovine, c'est une triple peine. Notons que les États-Unis sont excédentaires avec l'ensemble du monde, sur l'agroalimentaire, sauf avec l'UE. De son côté, les excédents européens sont de 6-7 Mds/an dont 2 Mds pour la France. Cet accord permettrait aux États-Unis de récupérer cela.

Finalement quel est l'intérêt de l'UE dans cette négociation ?

Cet accord peut s'inscrire dans une volonté de répondre à la progression de la Chine dans le commerce mondial. Selon les dernières données de la Banque mondiale, la Chine va dépasser les États-Unis à la fin de l'année et l'UE l'année prochaine au regard de sa part dans le PIB mondial. En 2015, elle deviendra la première puissance mondiale. Il y a une urgence. Seuls, les États-Unis n'ont plus les moyens de rester leader, mais ne veulent pas lâcher prise. Ils embarquent donc avec eux les pays asiatiques via l'accord transpacifique d'un côté, et de l'autre l'UE via l'accord GMT. S'ils passent, l'entité serait énorme et viendrait contenir la Chine. Cette dernière s'enfonce progressivement dans la dépendance alimentaire (soja, maïs, et produits laitiers notamment). Son déficit commercial en produits agroalimentaires est de 60Mds $. C'est le moment de prendre appui sur le levier agricole, sur lequel l'UE et les États-Unis sont bien armés.

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