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ÉCHANGES INTERNATIONAUX le Moma veut remplacer l’OMC

Sortir le domaine agricole de l’Organisation mondiale du commerce. Cette idée, qui n’est pas nouvelle, fait son chemin, notamment parmi certains responsables du secteur des grandes cultures

TÉMÉRAIRE. «Susciter une prise de conscience internationale qui favorisera la création d’une organisation mondiale de l’Agriculture. » C’est l’ambition du Mouvement pour une organisation mondiale de l’agriculture (Moma). En d’autres termes, détrôner l’Organisation mondiale du commerce (OMC) de sa gouvernance en matière agricole. Si sa légitimité sur ces questions est souvent critiquée par le monde agricole français, l’initiative ne vient ni de la Coordination rurale, ni de la Confédération paysanne, qui prônent depuis longtemps une sortie de l’agriculture des compétences de l’OMC. Le Moma est né fin 2005 sous l’impulsion du président du groupe Limagrain, Pierre Pagesse. À l’origine de la fondation du Mouvement, il en porte logiquement la casquette de président. À ses côtés, on trouve Bernard Layre, ancien président des Jeunes agriculteurs, Michel Fosseprez, président de l’union et du groupe InVivo, ou encore Christian Pèes qui préside le groupe Euralis et occupe les postes de vice-président de Coop de France et trésorier de l’AGPM. Le 19 octobre, lors d’un colloque au Sénat, le Moma, organisateur de l’événement, a reçu le soutien du ministre de l’Agriculture, Dominique Bussereau, qui a déclaré se « retrouver très largement dans la vision de l’agriculture » de ce mouvement.

Ce que propose le Mouvement pour une organisation mondiale de l’agriculture

Afin de justifier sa compétence en matière de gouvernance agricole, le Moma prépare un modèle économique baptisé “nouvelles régulations agricoles” (modèle NRA). Il devra être « adapté aux spécificités et aux caractéristiques stratégiques de l’agriculture », selon le Moma. Ce dernier compte ensuite créer une agence internationale d’évaluation et de notation.

Mais au-delà de ce modèle qui n’est qu’une première étape à la création de l’Organisation mondiale de l’Agriculture (Oma), le Moma a présenté le 19 octobre une ébauche de ce que celle-ci pourrait être. Elle s’appuierait d’abord sur le principe de « la spécificité et du caractère stratégique de l’agriculture ». Y seraient définis « des prix d’équilibre par produit intégrant les éléments de variabilité monétaire », calculés de telle sorte « qu’ils assurent une rémunération équitable des agriculteurs en fonction de paramètres liés au degré de développement des pays ». Le Moma précise que l’Organisation mondiale de l’agriculture reposerait sur « une forte diminution des aides à la production, le renforcement si nécessaire des aides structurelles » et sur l’extension à « l’ensemble des régions du monde d’un système équivalent à la Pac avec des prélèvements et des restitutions ». Un organe politique, « l’équivalent du Conseil des chefs d’État européens », donnerait « les grandes impulsions au niveau international » et « fixerait les prix d’équilibre ». Une vingtaine d’États, « représentant les cinq continents » selon le « principe du Conseil de sécurité de l’Onu », y seraient représentés par les ministres de l’Agriculture au sein d’un « conseil permanent ». Chaque année, une assemblée générale se « réunirait pour définir les grandes orientations ».

Pour l’heure, l’un des objectifs prioritaires du Moma est la finalisation du modèle économique NRA, « seul modèle dédié à l’agriculture et à ses enjeux qui pourra servir tous les pays du monde », explique Alain Catala, vice-président du Moma et directeur général du groupe coopératif Limagrain. À moyen terme, le Moma souhaite créer l’Agence de notation qui « indiquera quelles sont les voies les meilleures pour répondre aux objectifs de l’agriculture », en attribuant des bonnes ou mauvaises notes aux acteurs respectant ou non « certaines règles édictées et reconnues de tous ». Enfin, « à plus long terme, le Moma se donne pour objectif d’initier une organisation de l’agriculture mondiale pour que la coopération et la concertation internationales permettent une croissance équilibrée dans un monde qui comptera neuf milliards d’hommes dans trente ans », assure Alain Catala.

Le Moma se passe des petits syndicats

« Plusieurs personnalités du monde agricole et non agricole ont rejoint Pierre Pagesse pour créer le Moma », explique le dossier de presse de ce dernier. Apparemment les responsables des syndicats dissidents de la FNSEA n’en font pas partie puisqu’aucun des syndicats minoritaires n’a été approché par les membres du Moma pour sa création. Gérard Durand, porte-parole de la Confédération paysanne, deuxième syndicat agricole français, regrette de « ne jamais avoir été contacté par les fondateurs du Moma ». « Ce n’est pas une surprise » pour Régis Hochart, également porte-parole de la Confédération paysanne. « Le constat du Moma est intéressant », reconnaît-il, mais « la souveraineté alimentaire est portée par beaucoup de monde et depuis longtemps ». « Les productivistes ont monté une belle opération de communication pour se racheter une virginité », lâche-t-il. Même constat pour le président de la Coordination rurale, François Lucas, qui « a découvert l’acte de naissance du Moma dans la presse ». S’intéresser à la situation des PVD « dont on est en train de faire mourir les paysans en les envoyant dans des bidonvilles » est déjà « une bonne chose », admet-il. Mais il tempère rapidement : « On comprend mieux une personne morale quand on se penche sur sa composition. » Avant d’ajouter : « Les personnes qui le composent appartiennent à des structures qui, jusqu’à maintenant, se sont peu préoccupées des conséquences de l’orientation exportatrice de notre agriculture. » François Lucas revendique « l’antériorité » de la Coordination rurale sur ces questions et conclut : « Il ne faudrait pas que le Moma soit un outil de lobbying. »

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