Des tourteaux de soja OGM brésiliens et argentins interdits en Europe détectés aux Pays Bas
La Chambre des huiliers argentins a confirmé auprès de La Dépêche-Le Petit Meunier que les douanes hollandaises ont émis une « alerte rapide » aux autorités brésiliennes et argentines après à la détection de soja OGM dit HB4 dans des cargaisons de tourteaux de soja provenant de ces deux pays en mars 2026.
La Chambre des huiliers argentins a confirmé auprès de La Dépêche-Le Petit Meunier que les douanes hollandaises ont émis une « alerte rapide » aux autorités brésiliennes et argentines après à la détection de soja OGM dit HB4 dans des cargaisons de tourteaux de soja provenant de ces deux pays en mars 2026.
Par deux fois en mars 2026, les douanes des Pays Bas ont émis aux autorités brésiliennes et argentines une alerte rapide à la suite de la détection d’un tourteau de soja OGM interdit en Europe, issu de variétés dites HB4. « La présence de cet OGM aurait été repérée sur une cargaison de tourteaux de soja provenant du Brésil, puis sur une autre d’origine argentine », a indiqué à La Dépêche-Le Petit Meunier la Chambre des huiliers argentins et le Centre des exportateurs de céréales (CIARA-CEC). L’entité institutionnelle privée qui représente les majors du trading de grains basés en Argentine confirme ainsi des rumeurs qui circulaient ces dernières semaines.
Selon le CIARA-CEC, « cette détection a été réalisée par le biais du système d’alerte rapide des Pays Bas et de l’Argentine. Le gouvernement argentin a par la suite demandé des informations plus précises sur la méthode de détection employée en Europe, car celle-ci n’est pas encore homologuée pour le repérage de la séquence HB4. Des discussions trilatérales ont depuis été ouvertes entre les Pays Bas, la Commission européenne, et le secrétariat d’État à l’Agriculture argentin, pour faire un point précis sur l’affaire. » Cet échange en cours explique l’absence d’annonce officielle concernant ces détections au 7 avril.
La France et l’UE appliquent une politique de tolérance zéro pour les OGM non autorisés. Leur détection peut entraîner la suspension des importations de soja provenant des pays concernés. Or, l’Argentine et le Brésil, tous deux concernés par l’affaire, sont les deux premiers fournisseurs de l’UE de tourteaux de soja. En 2024, l’Argentine a exporté 6,3 millions de tonnes (Mt) de tourteaux de soja vers l’UE et le Brésil 9,5 Mt, dont 1,9 Mt en France, selon Eurostat. Cette place des fournisseurs d’Amérique du Sud explique l’extrême prudence dont font preuve les organismes de contrôle impliqués. Une éventuelle suspension des importations européennes des tourteaux de soja sud-américains pourrait avoir un fort impact sur les coûts de production des élevages européens.
Les rumeurs à propos de ces détections d’OGM non autorisés avaient commencé à circuler début mars. Questionné le 10 mars lors d’une conférence de presse au salon du machinisme agricole Expo Agro, à San Nicolás, sur la détection de soja HB4 « dans un port étranger », le président de l’interprofession argentine du soja, Rodolfo Rossi, n’avait pas démenti. « La culture commerciale de soja HB4 n’est même pas autorisée en Argentine, avait-il précisé. Sa production à des fins de recherche privée a certes été approuvée, par notre autorité nationale de biotechnologie (Conabia), mais le semencier Bioceres n’a pas encore obtenu son autorisation de mise sur le marché des semences. »
M. Rossi a exprimé son vif désaccord vis-à-vis de la stratégie « quitte ou double » des dirigeants de Bioceres, qu’il juge imprudente en raison du risque énorme qu’elle ferait courir selon lui aux filières argentines du soja et du blé. Le responsable a fait état auprès de La Dépêche-Le Petit Meunier de la dissémination hors de contrôle des variétés de soja HB4 en région pampéenne. « Ces variétés de soja ont d’abord été testées en plein champ en circuit fermé, à des fins de recherche, puis elles se sont propagées hors circuit, car il s’agit d’espèces monogames pouvant être employés comme semences de ferme », nous a-t-il affirmé.
La technologie HB4 est une séquence génétique de tournesol introduite par transgenèse sur des variétés de soja et de blé, par la société de biotechnologie Bioceres en vue de conférer à ces cultures une plus grande tolérance au stress hydrique. Une promesse faite aux producteurs de grains qui est loin de faire l’unanimité au sein de la communauté scientifique.
« En Europe, les démarches en vue de l’autorisation d’importation de soja HB4 sont en cours. Cette technologie HB4 en soja a été homologuée au Brésil, aux États-Unis et dans une dizaine d’autres pays, notamment en Chine, mais pas encore au sein de l’Union Européenne », nous a indiqué le CIARA-CEC.
« En Argentine, ces variétés ne sont pas inscrites au registre de l’institut national des semences, a confirmé l’organisme représentant les entreprises de trituration et d’exportation de grains. Nous avons renforcé depuis l’an dernier nos mesures de prévention de risque de mélange dans les silos, afin que tous les ports d’exportation de l’Argentine soient équipés d’une technologie de détection rapide de la présence de soja HB4 dans les lots embarqués. » Cette méthode de détection réside dans l’usage du scanner à grains développé par la start-up Zoom Agri, dont l’efficacité a été validée par la société Bioceres. « Il existe donc bien un mécanisme de contrôle, assure le CIARA-CEC. Par ailleurs, Bioceres a également mis en place un système de traçabilité interne et de ségrégation, qui garantit l’absence de ces grains à l’exportation, pas seulement vers l’Europe, mais partout dans le monde. C’est pourquoi un tel évènement (la détection de tourteau de soja HB4 à Rotterdam, N.D.L.R.) nous a surpris. »
Contacté par La Dépêche-Le Petit Meunier, le porte-parole de Bioceres Gabino Rebagliati a confirmé « l’existence de rumeurs » autour de la détection de soja HB4 dans un port européen, se refusant à tout autre commentaire « car aucun gouvernement n’a officialisé cette information ».