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Orge de brasserie
Des problèmes sanitaires pourraient s’ajouter aux taux de protéines élevés

Les premières exécutions de contrats font apparaître des dégradations de la qualité des grains. Malteurs de France en relativise les conséquences.

« AUJOURD’HUI l’état sanitaire d’une grosse partie de la récolte française d’orge de brasserie est plus préoccupant que le taux de protéines », déclare un courtier, spécialisé dans le marché de l’orge de brasserie sur le Nord-Est de la France. Alors que les malteurs doivent déjà jongler avec des teneurs en protéines trop élevées en variétés de printemps, la situation semble se compliquer avec des premiers échos pessimistes sur la qualité sanitaire des grains français voire européens. Les opérateurs parlent de « grains gris », voire de « grains rouges » et d’un « risque de Gushing ». Cependant, l’association Malteurs de France se veut rassurante. Selon Jean-Philippe Jélu, président de la Commission technique et recherche, au vu des résultats d’analyses effectuées dans le cadre de l’édition de leur plaquette sur la “Qualité des orges brassicoles françaises 2011”, « cela va être anecdotique ».

Des taux de protéines qui dépassent les 12 % en orge de printemps
Si Malteurs de France confirme que le taux de protéines des orges de brasserie de printemps pose problème cette année – « la majorité des lots commerciaux se situera au-dessus de 12 % » –, l’association affirme « ne pas avoir eu d’échos négatifs » concernant leur qualité sanitaire. D’après les analyses effectuées par l’IFBM, « on sait qu’au cours de la croissance des orges brassicoles, il n’y a pas eu de pluie, notamment au moment de la perte des étamines », qui correspond au stade de développement du fusarium. Résultat : « Les contrôles réalisés sur l’ensemble des régions révèlent des valeurs de DON (mycotoxine produite par le fusarium, NDLR) largement inférieures à la norme réglementaire (1250 ppb), avec un pourcentage d’échantillons non détectable, stable par rapport à la précédente récolte. Cela confirme les bonnes conditions sanitaires des orges de brasserie françaises », peut-on lire sur la plaquette diffusée par Malteurs de France concernant la “Qualité des orges brassicoles françaises 2011”. Et Jean-Philippe Jélu d’insister : « Pour moi, il n’y a pas d’alerte, sauf cas particulier. C’est notre position aujourd’hui. » Un avis qui est loin de faire l’unanimité parmi les professionnels de la filière brassicole.

Des récoltes humides à la qualité sanitaire dégradée
« Les gens ne disent pas tout ce qu’il y a dans les silos. Au début, on pensait que la qualité sanitaire était bonne. Mais aujourd’hui, partout où l’on pioche ce n’est pas beau », s’inquiète un courtier, spécialisé dans le négoce des orges brassicoles françaises. Avec les premières exécutions de contrats portant sur la récolte 2011, des signes de dégradation de la qualité des grains commencent à apparaître. « On observe des problèmes sanitaires dans le nord/nord-est de Paris, plus précisément dans le nord de la Champagne-Ardenne et au nord de Creil », indique un courtier travaillant sur ces régions. Cependant, « aucun problème sanitaire n’est à déplorer dans la région Moselle », tient à réciser un collègue, spécialiste de l’Est de la France. Globalement, cela concerne les orges brassicoles, principalement de printemps, qui ont été récoltées pendant et après la période pluvieuse qui a débuté à la mi-juillet.
Les observateurs du marché parlent de “grains gris”, correspondant à des orges dénaturées par l’humidité et qui ont perdu leur couleur jaune. Ce qui inquiète les professionnels c’est que cet aspect, caractéristique de graines très humides, fait craindre des problèmes de moisissures, voire de fusarium. Ainsi « quelques “grains rouges” (ou grains fusariés, NDLR) ont été détectés localement, avec une possibilité de gushing », déclare un courtier spécialisé sur le fob Creil. Tout en répétant que « la qualité des orges brassicoles françaises est bonne car il n’y a pas eu de pluie à la floraison », Patrick Boivin, directeur scientifique de l’IFBM, explique qu’« un taux élevé d’humidité dans le grain à la récolte peut engendrer le développement de moisissures, qui peuvent avoir des conséquences sur la qualité germinative du grain ». Ce qui peut être génant lors du maltage. Par ailleurs, le phénomène de gushing, qui correspond à un débordement de mousse au décapsulage de la bière, est « un risque très faible cette année, car lié au développement de moisissure au champ », ce qui n’a pas été le cas du fait d’un printemps, exceptionnellement sec et chaud.

Une situation générale aux Etats membres du nord de la Communauté
Si, en début de campagne, on espérait que notre salut viendrait du Danemark, aujourd’hui, rien n’est moins sûr. D’après un courtier hollandais, spécialiste en la matière, un tiers de la récolte danoise (récoltée avant les pluies) est impeccable, un tiers risque de ne même pas passer en alimentation animale et le tiers restant ne serait qu’à moitié brassicole, avec « de grosses incertitudes » concernant la dormance (durée de vie plus courte). En Suède, seulement 25 % des moissons ont été engrangées avant les précipitations et, sur les 75 % récoltés sous l’eau, l’interrogation est de mise concernant les risques de fusariose et de gushing. Au Royaume-Uni, seules les récoltes du sud de l’Angleterre sont correctes, les deux autres tiers de la production sont catastrophiques, tant en terme de rendement qu’en terme d’humidité. In fine, l’Allemagne a également eu des problèmes d’orges brassicoles récoltées tardivement, pendant la période pluvieuse estivale.
En tout état de cause, « il faut que l’exécution avance pour pouvoir déterminer l’ampleur des dégâts », relativisent les courtiers. Les opérateurs devraient y voir plus clair en novembre avec la montée en puissance des chargements.

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