Biocontrôle
Des freins à son essor en France
Dans l'UE, l'industrie du biocontrôle représente 25 % du marché de la protection des plantes. En France, ce chiffre n'atteint que 5 %, avec l'ambition de le tripler d'ici 2020. Si le biocontrôle est inscrit dans la loi d'Avenir, des freins demeurent à sa diffusion.
« C'est ensemble que nous réussirons le biocontrôle. » Tel est le message que Jean-Pierre Princen, président d'IBMA France1 , à adresser aux agriculteurs, à la filière, à la recherche et aux pouvoirs publics, à l'occasion du colloque “Réussir le biocontrôle, un enjeu pour aujourd'hui et pour demain”, qui s'est déroulé le 12 février à Paris. Ils représentent, à son sens, « les quatre leviers majeurs du développement de l'industrie émergente du biocontrôle en France ». Un concept relevant de l'éco-gestion des insectes, des mauvaises herbes ” et des maladies des plantes (cf. n°4051). Si agriculteurs et consommateurs sont demandeurs de solutions dites “naturelles”, il existe des freins à la diffusion des produits de biocontrôle. Au premier rang desquels l'aversion au risque du producteur, face au manque de références sur les produits proposés à la vente, et l'insuffisance de solutions « pertinentes, qui conjuguent efficacité du produit et réponse à des enjeux majeurs de l'agricul-ture », précise Antoine Poupart, directeur technique et développement d'InVivo (cf. doc. 1). D'où la nécessite de mettre en place un mécanisme assurantiel et de coordonner la recherche publique/privée pour accélérer l'innovation.
Sécuriser le risque
« Je suis prêt à défendre l'idée d'un accompagnement du risque économique, ou différentiel de prix (consécutif aux réfactions éventuelles, liées au cahier des charges, NDLR), dans la phase de démarrage pour que les produits de bio-contrôle prennent toute leur place sur le marché », affirme Dominique Potier, président du comité consultatif de gouvernance du plan Écophyto. Et Alain Tridon, sous-directeur de la qualité et de la production des végétaux à la DGAL-MAAF, de renchérir : « L'idée de construire un mécanisme de type assurantiel, qui essaie de lever la réticence liée à la prise de risque, fait partie des chantiers de grande priorité retenus par le gouvernement dans les orientations d'Écophyto 2. » Hervé Guyomard, directeur scientifique Agriculture de l'Inra, déclare, quant à lui, que « la Pac de demain devra permettre aux agriculteurs de prendre des risques et de s'assurer en conséquence ».
75 % des agriculteurs ont une réelle demande de biocontrôle, voire 88 % quand il est associé à la protection intégrée, selon InVivo.
Mais attention, alerte Didier Marteau, président de la commission Environnement de l'APCA : « Il faut trouver une bonne formule pour couvrir le risque sanitaire, lorsqu'il n'a pas été gérable et maîtrisable, mais pas la médiocrité », liée au peu d'empressement d'un agriculteur se sachant couvert. Et Terrena de compléter : « Il n'est pas impossible qu'il faille un système assurantiel, de type fonds de garantie, pour couvrir le risque résiduel que l'on ne peut pas contrôler. Une proposition, formulée dans le cadre du projet de loi d'Avenir, mais qui a disparu lors de l'aller-retour de l'amendement entre le Sénat et le Parlement... »
Constituer un consortium public-privé de R&D
L'Inra (cf. doc. 3) a défini quatre thématiques de recherche sur le biocontrôle : les produits, la recherche amont (indispensable à la compréhension des mécanismes biologiques en jeu), l'insertion dans les systèmes de production (pour passer d'une logique de substitution, d'un produit chimique par une solution de biocontrôle, à une logique de synergie, avec les autres paramètres de l'itinéraire cultural) et les politiques publiques.
« Pour aller plus loin, l'Inra propose la constitution d'un consortium public-privé de recherche et développement/ innovation sur le biocontrôle, pour définir les axes prioritaires de recherche, afin d'aboutir à des solutions qui permettent de contribuer à l'objectif du plan Écophyto », a annoncé Hervé Guyomard. Karine Floquet
(1) antenne hexagonale de l'International Biocontrôle Manufacturers Association. (2) Agriculture écologiquement intensive.
« Un élément essentiel à l'emploi des solutions de biocontrôle par les agriculteurs est de pouvoir en maîtriser le risque, c'est-à-dire le domaine de validité dans lequel on va pouvoir utiliser le produit », pour assurer in fine une production de qualité, insiste Lancelot Leroy, directeur R&D et technologies AEI2 de Terrena. Pour acquérir ses références, la coopérative a créé “Les sentinelles de la terre”. « Un agriculteur teste une idée ou un produit, avec un protocole, un suivi technique et une estimation du risque », explique-t-il. Si le risque est minime, il peut entièrement être pris en charge par l'agriculteur. Et inversement, dans des cas très particulier, c'est la coopérative qui supporte 100 % du risque. En général, il est partagé à 50-50. « Cela nous arrive même, dans certains contrats, de prendre des bénéfices si les résultats sont meilleurs qu'escomptés. » Si la solution tient ses promesses, elle est diffusée auprès du plus grand nombre d'agriculteurs. « Nous avons ainsi 23 à 24 % de nos surfaces de maïs grain qui sont aujourd'hui contrôlées aves des trichogrammes (cf. doc. 2). »