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Démarrage difficile pour le marché à terme de l’orge de brasserie

Volatilité - En l’état, le contrat Orge de brasserie d’Euronext ne suscite que peu d’intérêt des opérateurs. Pourquoi et comment y remédier ?

« Le marché à terme est un outil indispensable à la gestion du risque prix et la filière Orge de brasserie est en danger si nous n’arrivons pas à mettre en place un tel marché de référence », a déclaré François Pignolet, directeur général adjoint du groupement de coopératives Axéréal. Il s’exprimait à l’occasion d’une table ronde sur le “Premier bilan du marché à terme en orge de brasserie”, lors du 13e séminaire “Perspectives Orges brassicoles” qui s’est déroulé jeudi 3 février à Nancy. Inauguré le 10 mai 2010, ce marché à terme est moribond. Les intervenants ont cherché à en comprendre les raisons et ont lancé des pistes d’aménagement du contrat pour relancer la machine.

Un bilan à neuf mois décevant
    « Vu la taille de la production de l’orge de brasserie en Europe, comparable à celle du colza, nous pourrions espérer un développement équivalent et atteindre à maturité les 3.000 lots échangés chaque jour (150.000 tonnes) », avait expliqué Lionel Porte, chef produit pour Liffe Nyse Euronext, à l’ouverture du contrat à terme de l’orge de brasserie. Or, après neuf mois d’existence, on enregistre « 0 lot les petites journées et seulement 100 à 150 lots les grosses journées », observe François Pignolet, qui tempère : « Le marché à terme n’est pas mort mais le démarrage n’est pas intéressant. » Il y a une désaffection des opérateurs que le dirigeant d’Axéréal peine à comprendre : « Les critères du contrat Orge de brasserie sont le résultat de trois ans de réflexions entre Euronext et l’ensemble des acteurs de la filière. Il découle d’un consensus entre tous les négociateurs. Aujourd’hui, seuls cinq des vingt-cinq opérateurs présents traitent sur le marché à terme. Au total, ils ne sont que dix acteurs de la filière. Pour assurer sa survie, il faut tous s’y mettre. » Et d’insister : « Si on veut être encore là dans cinq ans, il nous faut des outils transparents et liquides. Le marché à terme Orge de brasserie est un outil indispensable pour gérer la volatilité. Et s’il meurt, il faudra attendre dix ans pour en recréer un autre. »

Des pistes pour accroître son attractivité
    La récolte d’orges en 2009 a été très abondante dans l’UE et les prix s’en sont ressentis. Du fait du manque d’attractivité des cours, les surfaces ensemencées pour la récolte 2010 ont reculé en France de 10 % en orge d’hiver et de 23 % en orges de printemps. « Quant on cultive des orges de brasserie, à la variation de la qualité des grains –avec un déclassement possible de votre production en orge fourragère en cas d’incident pédoclimatique– s’ajoute une variation de leurs prix. De fait, il est délicat pour le producteur de s’engager sur des surfaces importantes car il navigue à vue, témoigne Stéphane Champigneulle, agriculteur en Lorraine. Il serait intéressant de pouvoir maîtiser le risque prix. » Et René Bartoli, directeur général de la coopérative EMC2 d’ajouter : « Un des bénéfices du marché à terme, c’est de donner de la visibilité sur le long terme concernant les prix, et par là-même sur les surfaces ensemencées. » Cette vision sur la durée est rendue nécessaire par la signature de contrats pluriannuelles, sur trois ans, entre le malteur et le brasseur. Or, aujourd’hui, le contrat Orge de brasserie ne compte que 8 échéances allant jusqu’à août 2012. « Pourquoi ne pas ajouter des échéances plus lointaines sur trois ans ? », suggère Alain Caekaert, directeur des achats chez Malteurop.
    Le marché à terme de l’orge de brasserie est par ailleurs confronté à un manque de liquidité, qui empêche les opérateurs de s’y arbitrer efficacement. Les intervenants s’accordent à dire qu’Euronext a tardé à le mettre en place : en mai 2010, la plupart des contrats pluriannuels étaient déjà signés. D’où un potentiel limité par les volumes de marchandises, moins conséquents, restant à arbitrer. Une solution pour le rendre plus “liquide” serait de changer son sous-jacent par l’orge fourragère afin d’attirer les fabricants d’aliments pour animaux, voire les importateurs et exportateurs. C’est en tout cas ce que préconise Alain Caekaert : « Il nous faut un sous-jacent “feed”, à l’image de l’Australie dont le contrat à terme Orge fonctionne. »
    A défaut de modifier le sous-jacent, une autre alternative serait « d’intégrer un “grading” (concernant la teneur en protéines, NDLR), comme cela se fait sur le contrat Blé du marché à terme de Chicago », comme le préconise René Bartoli : « Si on n’a pas de grades qualitatifs, on est piégé. Notre seule alternative sera alors de s’arbitrer sur le blé tendre »
    Si l’allongement de la période de cotation –opération facile à mettre en œuvre– sera
effectif à court terme, reste que l’idée d’amender les caractéristiques du marché à terme Orge de brasserie pour amener de la liquidité laisse François Pignolet « dubitatif » car « on repart pour deux ans de discussion ». Il incite plutôt les opérateurs de la filière « à prendre leurs responsabilités » en allant « tester le contrat tel qu’il existe pour des volumes limités », et « à faire un point dans deux ans » !

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