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Transports
[Coronavirus Covid-19] : La logistique agricole et agroalimentaire mise à mal

Si le transport fluvial n’est pas trop impacté, les trains et les camions circulent plus difficilement, confrontés à de multiples problèmes, sanitaires et autres.

© SNCF Médiathèque

Le gouvernement a rappelé, le 18 mars, que, malgré les mesures prises dans le cadre de l’épidémie de Covid-19, « le secteur du transport de marchandises, toutes activités confondues, les ports et les entreprises des places portuaires, ainsi que la chaîne logistique restent en activité pour assurer la continuité de l’activité économique et des industries de notre pays ». Tout au moins en théorie car, sur le terrain, la situation est plus chaotique.

Perturbations sur le rail et la route

« Nous avons mis en place un plan de continuité de l’activité Céréales, afin d’assurer le travail habituel dans nos installations, avec une rotation du personnel et des mesures sanitaires renforcées. Nous pouvons ainsi assurer les réceptions en camions et trains, et les chargements des navires, quitte à travailler la nuit et/ou les week-ends », affirme Simon Aimar, responsable Développement et Marketing du groupe Sica Atlantique sur le Port de la Rochelle. Si l’entreprise a connu en début de semaine 12 une activité normale, la situation s’est compliquée mercredi 18 mars, avec l’annonce de « travaux de nuit sur la ligne ferroviaire Poitiers-Niort », « l’annulation de trains (en raison de l’arrêt de travail de conducteurs de locomotive) » et la « fermeture de nombreux transporteurs routiers ». Ces derniers ont mis leur personnel en chômage technique : « Le manque de marchandises à transporter (suite à la fermeture de sites industriels) obligerait à des retours à vide, induisant une perte de rentabilité de ces trafics », explique Simon Aimar. D’autres entreprises préfèrent augmenter leurs tarifs, pour financer ces retours à vide. Un contexte logistique d’autant plus inquiétant que les programmes de chargement de Sica Atlantique sur mars et, probablement, sur avril - correspondant aux affaires conclues avant la crise du Covid-19 - sont soutenus, de l’ordre de 300 000 t mensuelles (en hausse par rapport à mars-avril 2019). « Pour les mois de mai et de juin, nous n’avons pas de visibilité sur les chargements, car ils dépendront des affaires traitées en ce moment », craint Simon Aimar.

S’agissant du transport ferroviaire, Philippe Moritz, directeur Communication de SNCF - Transport ferroviaire et multimodal de marchandise, assure que « pour le moment, quasiment tous les trains de fret sont bien réalisés, malgré l’absence de plusieurs agents retenus par la garde d’enfants, car on enregistre des annulations de commandes de trains dans certains secteurs, comme l’automobile ou les matériaux BTP. Les céréales sont traitées avec une haute priorité, notamment les trafics domestiques pour l’agroalimentaire et le médical (amidonneries) ».

La voie d’eau est moins impactée.

Concernant le fret fluvial, « nous enregistrons des limitations quant à la durée de navigation, en lien avec la gestion du personnel au niveau des écluses notamment, mais pas d’arrêt. Rappelons que les bateliers habitent pour la plupart dans leur navire, qui est également leur outil de travail », déclare Jean-Laurent Herrmann, consultant technique en transport fluvial. Dans les ports de chargement fluviaux, « si certains collecteurs de grains ont fermé leurs installations (peu d’activité et personnel confiné à domicile), les usines de l’agroalimentaire tournent normalement », précise-t-il.

Les transporteurs routiers demandent de bonnes conditions de travail

Le président de l'Association nationale des industries agroalimentaires a mis en garde, le 18 mars, contre d'éventuelles difficultés logistiques de nature à perturber l'approvisionnement de la chaîne alimentaire, en pleine épidémie de coronavirus. « J'appelle à trouver des solutions rapidement pour sécuriser le transport des marchandises, c’est-à-dire le travail en particulier des chauffeurs, métiers déjà en forte tension », a ainsi déclaré Richard Girardot.

Les acteurs du transport et de la logistique, par la voix de FNTR1, Otre2 et Union TLF3, ont de fait appelé, dans un communiqué du 17 mars, les pouvoirs publics à mettre en place toutes les mesures possibles d’accompagnement pour faciliter le travail des transporteurs, notamment des conducteurs, et des logisticiens, pour pouvoir assurer la continuité du fret de marchandises en France. Il s’agit d’adapter les règles de restriction de circulation des véhicules et d’amplitude de temps de travail, de garantir les lieux de repos et de restauration professionnels pour les conducteurs, de faciliter le fonctionnement des plateformes logistiques (accès des salariés, recrutements d’intérimaires) afin de pallier l’absentéisme dû aux mesures de confinement, et de doter prioritairement les entreprises de transport et logistique de gel hydroalcoolique ainsi que des gants.

Le même jour, Force ouvrière demandait « l'arrêt des transports non essentiels », selon l’AFP. Confrontés à la fermeture des bars et restaurants, les routiers « n'ont plus de quoi se restaurer et faire leur toilette », alors qu'ils « sont exposés » au virus, souligne le syndicat.

(1) FNTR : Fédération nationale des transports routiers

(2) Otre : Organisation des PME du transport routier

(3) Union TLF : Union des entreprises de transport et de logistique de France

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