Canal Seine-Nord Europe : développer des plateformes multimodales compétitives pour concurrencer les ports du Nord de l’Europe
L’avancement concret des travaux du Canal Seine-Nord Europe et plus largement de la liaison Seine-Escaut étant entré dans une phase de non-retour, il est maintenant nécessaire de préparer la transformation logistique et industrielle du corridor Seine-Escaut, afin d’en assurer la réussite.
L’avancement concret des travaux du Canal Seine-Nord Europe et plus largement de la liaison Seine-Escaut étant entré dans une phase de non-retour, il est maintenant nécessaire de préparer la transformation logistique et industrielle du corridor Seine-Escaut, afin d’en assurer la réussite.
« Le Canal Seine-Nord Europe (CSNE) constitue bien davantage qu’une infrastructure fluviale : il s’agit d’un levier de transformation économique, industrielle et environnementale à l’échelle européenne. » C’est ce qui ressort d’une étude de l’Essec dévoilée lors de la conférence organisée le 26 mai par l’Alliance Seine-Escaut, en présence de l’ensemble des parties prenantes du projet Seine-Escaut.
Construire une stratégie de corridor entre les bassins de la Seine et de l’Escaut
La justification la plus immédiate du Canal Seine-Nord Europe tient à la saturation des infrastructures terrestres. « L’autoroute A1, axe structurant du corridor Paris – Lille – Benelux, compte plus de 100 000 véhicules par jour en section courante, dont une proportion élevée de poids lourds », rappelle l’étude de l’Essec, intitulée "Canal Seine-Nord Europe : de l’infrastructure au corridor de prospérité" et commandée par l’Alliance Seine-Escaut.
Pour y faire face, l’étude insiste sur cinq points :
- la nécessité de renforcer le report modal vers le fluvial et le ferroviaire ;
- le développement de plateformes multimodales compétitives ;
- l’importance de préserver et valoriser le foncier situé le long des voies navigables (bord à voie d’eau) ;
- la structuration d’une gouvernance économique coordonnée ;
- une vision de long terme adaptée aux grands projets d’infrastructure.
La mise en service du Canal Seine-Nord Europe demeurant fixé à l’horizon 2032, il ne reste que peu de temps pour « construire une véritable stratégie de corridor à l’échelle Seine-Escaut », alerte les acteurs économiques.
Selon eux, il est urgent d’« anticiper les projets logistiques et industriels et prospecter auprès des investisseurs potentiels », en développant « une approche coordonnée entre acteurs publics et privés », afin d’éviter « les erreurs passées en matière d’aménagement foncier ».
Désenclaver le bassin de la Seine pour concurrencer les ports du Nord
Alors que les ports de Rotterdam, Anvers ou Duisbourg disposent d’un accès direct et performant au système rhénan et aux hinterlands industriels continentaux, le bassin de la Seine, qui « souffre historiquement de l’absence d’intégration complète au réseau fluvial européen à grand gabarit », « limite la compétitivité logistique de la façade française et contribue à une captation des flux par les ports du Range Nord », explique l’étude de l’Essec.
En raccordant le bassin de la Seine au réseau fluvial du Benelux et du Rhin, la liaison Seine-Escaut intègre pleinement la vallée de la Seine dans le corridor européen Mer du Nord – Méditerranée du réseau transeuropéen de transport (RTE-T).
« Le report modal ne se décrète pas, il se gagne. »
Cependant, « le fluvial souffrant d’une image de complexité et de lenteur incompatibles avec le dogme du juste-à-temps, […] il s’agit de faire émerger des opérateurs capables de vendre une prestation logistique intégrée – pré-acheminement, stockage, manutention, douane, post-acheminement – aussi simple à acheter qu’une prestation routière », insiste l’étude de l’Essec.
Les travaux du Canal Seine-Nord Europe se poursuivent
L’avancement des travaux a été confirmé sur l’ensemble du tracé de la liaison Seine-Escaut par les représentants de la Société du Canal Seine-Nord Europe et de Voie navigables de France (VNF), dans un communiqué en date du 26 mai 2026.
« L’année 2026 marque une étape décisive », ont-ils souligné, avec notamment la notification des grands marchés de terrassement et d’ouvrages d’art, en particulier le premier creusement du chenal de navigation sur 18 km dans l’Oise ; la poursuite des travaux des écluses de Montmacq, Cambronne-lès-Ribécourt et le début ce celle de Oisy-le-Verger, autre écluse à grand gabarit ; la réalisation du pont-canal de la Somme ; le bouclage des procédures administratives pour Mageo, nécessaire pour une demande de financement européen en 2027 conditionnant le début des travaux.
Pour rappel, le projet Mageo, porté par VNF en tant que maître d’ouvrage, consiste à mettre la rivière Oise au gabarit européen entre Compiègne et Creil. Cette dernière constitue le débouché sud du Canal Seine-Nord Europe, maillon de la liaison Seine-Escaut.