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Bruxelles souhaite diviser par deux l'usage de la première génération

La Commission européenne a proposé, le 30 novembre, de réduire l'usage des biocarburants de première génération (1G) à 3,8 % en 2030.

Le document qui n'était qu'un projet est désormais une proposition officielle depuis le 30 novembre. La Commission européenne a bel et bien l'intention de réduire massivement l'usage des biocarburants de première génération (1G), abaissant le taux d'incorporation de produits issus de cultures végétales dans les carburants de 7 % à 3,8 % entre 2021 et 2030 (cf. tableau). La raison invoquée par Bruxelles est que la 1G émettrait plus de gaz à effet de serre que les carburants fossiles (étude Globiom).

Baisse des surfaces de colza en France de 75 % si le texte est adopté

Les filières industrielles et agricoles n'ont pas manqué de dénoncer la proposition. « Si le texte est voté, près de 75 % des surfaces françaises de colza sont menacées de disparition », alerte Kristell Guizouarn, présidente d'Estérifrance, le syndicat français des producteurs de biodiesel. « J'ai l'impression que la Commission omet le fort lien avec l'agriculture », ajoute-t-elle. La présidente rappelle qu'à la production d'huile se conjugue celle de tourteaux, source de protéines, grand défi de l'alimentation animale et par ricochet humaine à l'avenir, permettant de réduire les importations de soja, OGM notamment. La culture de colza possède des « qualités agronomiques démontrées, comme tête de rotation, source de biodiversité, bénéfique pour l'apiculture ».

Au niveau de la trituration, Kristell Guizouarn rappelle que les sites, au nombre d'une dizaine sur le territoire hexagonal, sont déjà mis en difficulté par la concurrence internationale qui s'accroît. De plus, la filière a besoin de visibilité, clament les professionnels. « Nous ne voulons pas d'usines type “mouchoir Kleenex”. On ne peut pas ad-mettre une hausse des objectifs d'incorporation les années précédentes pour revenir brusquement en arrière le lendemain », s'insurge Sylvain Demoures, secrétaire général du Syndicat national de producteurs d'alcool agricole. Ce dernier chiffre les pertes à plusieurs milliards d'euros pour la filière bioéthanol si le texte était voté. Il rappelle également que la deuxième génération (2G), que Bruxelles veut favoriser, est essentiellement développée à partir des usines de 1G. « Les investissements pour ces technologies sont lourds et il faut du temps. » La Commission va donc obtenir les résultats inverses à ceux recherchés, selon les industriels : une hausse des importations de carburants fossiles, pour remplacer les volumes de biocarburants non utilisés, et une baisse de la 2G, les industriels n'ayant plus les moyens d'investir dans la recherche.

Les filières biocarburants dénoncent l'action de certaines ONG. « Leur opinion ne représente pas forcément celle de l'opinion public (...) La Commission s'est basée sur les conclusions de l'étude Globiom de mars 2016, sur laquelle l'ONG Transport & Environnement s'appuie pour dénoncer les biocarburants, et dont la méthode scientifique est contestable », s'indigne Sylvain Demoures. « Certaines ONG se disant pro-environnementales, dotées de financements obscurs, favorisent finalement les pétroliers », renchérit de son côté Kristell Guizouarn.

Rappelons que plusieurs études sur la question des biocarburants provoquant des changements indirects d'affectation des sols ont été réalisées récemment. Si l'étude Globiom répond par la positive, spécialement pour le biodiesel, l'étude de l'Agence pour la qualité de l'air de Californie estimait en 2015 exactement le contraire, indiquant que le biodiesel présentait le meilleur bilan carbone.

Plus de biodiesel, moins de GES selon l'Ifpen

Par ailleurs, une étude de l'Institut français du pétrole-Énergies nouvelles (Ifpen), commandée par le groupe Avril, et dont les résultats sont tombés en septembre, indique qu'un accroissement de l'incorporation de biodiesel dans les carburants engendre une baisse significative d'émission de particules polluantes par les voitures. Dans le détail, un moteur tournant au B30 (carburant contenant 30 % de biodiesel) voit ses émissions de particules reculer de 43 % par rapport au diesel conventionnel (20 % pour le B10 et 3 % pour le B8). L'étude est représentative du parc roulant français selon l'Ifpen. Le débat reste donc ouvert.

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