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Interview
« Bruxelles confond régulation et marchés à terme »

La Dépêche-Le Petit Meunier : Les cours sur le marché du blé tendre ont considérablement reculé cette année. La profession est-elle plus sereine ?

Joseph Nicot : Nous avons assisté à une baisse dès le mois d’octobre 2008 jusqu’à aujourd’hui avec une moindre fluctuation des prix depuis ce printemps. C’est davantage cette baisse de la volatilité que l’on salue que la baisse des prix proprement dite. La meunerie  n’était pas habituée aux mouvements de prix que l’on a connu. Toutefois, la baisse des cours que nous connaissons implique une vigilance particulière car le retour à des hausses et à de fortes volatilités reste probable. On est certain que si une hausse arrive, elle sera forte et massive. Deux raisons essentielles à cela. D’abord parce qu’il y aura forcément une reprise économique à un moment donné. Ensuite parce que le risque lié aux récoltes subsiste (on peut avoir une bonne récolte mondiale deux années de suite voire trois, mais pas quatre). De plus, il faudra compter sur les investisseurs financiers qui disposent de sommes considérables pour intervenir sur le marché du blé. Leur retour sur le marché se fera assurément dès l’apparition de nouvelles volatilités. L’exemple du sucre est parlant. Après avoir connu des prix très bas, ce marché connaît aujourd’hui une extrême fermeté. La baisse actuelle des cours  du blé ne rend pas les choses forcément plus simples pour l’avenir ; on constate tout de même aujourd’hui une situation plus sereine pour les entreprises pour le paiement de leurs approvisionnements.

LD-LPM : Estimez-vous que l’industrie de la  meunerie est suffisamment armée pour gérer la volatilité des prix ? Le recours au marché à terme est-il en expansion ? Assure-t-il sa fonction de sécurisation des achats ?

JN : La meunerie s’est adaptée à la fluctuation des prix plus qu’à la volatilité car il est difficile d’acheter un lot de blé le matin et s’apercevoir en fin de journée que l’on aurait pu l’acheter nettement moins cher. Concernant les marchés à terme, on constate que Bruxelles confond souvent régulation et marché à terme : ce dernier n’est  pas la  solution à la dérégulation des marchés agricoles. L’ANMF a fait des propositions au gouvernement français et aux instances européennes pour améliorer  la transparence du marché à terme Euronext. En particulier au niveau de la connaissance de la proportion des contrats traités par des acteurs financiers qui n’utilisent pas les matières premières. La crise a bien montré le rôle toxique d’une emprise trop importante des financiers sur les marchés (bulle spéculative, matières premières…). Une plus grande transparence est indispensable. L’histoire des marchés à terme l’a montré à plusieurs reprises. La meunerie ne peut pas ignorer les marchés à terme. Néanmoins, y avoir recours n’est pas une obligation. Pour certains meuniers, il est possible de négocier leur risque auprès des intermédiaires (ex : collecteurs, banquiers…). Pour d’autres l’intervention directe sur les marchés à terme nécessite une bonne connaissance des techniques. Des formations sont proposées en ce sens aux meuniers. Cette année, le marché physique est largement approvisionné, mon sentiment est que la meunerie a moins recours au marché à terme que les précédentes campagnes.

LD-LPM : Quels sont les grands dossiers à venir pour l’ANMF ? La taxe carbone en fait-elle partie ?

JN : Plusieurs sujets vont mobiliser tout particulièrement notre attention. En premier lieu, la meunerie française souhaite intervenir dans les discussions en cours au niveau français et européen sur les orientations des marchés agricoles et notamment sur la régulation de la volatilité. L’ANMF participe également aux travaux liés à la révision des formules Incograin utilisées dans le cadre des contrats d’approvisionnement
des meuniers.
Au niveau social, la branche négocie actuellement un accord sur l’emploi des seniors et va ouvrir la révision des classifications.
La formation est également un dossier majeur et qui nous préoccupe en raison du manque cruel de professionnels disponibles pour nos entreprises suite à la baisse des effectifs en formation ces dernières années. Nous mobilisons donc la profession autour des structures de formation historiques et renouvelées (Ensmic-Enilia en particulier). Sur le volet environnemental, l’ANMF poursuit son accompagnement des moulins dans l’application de la réglementation des installations classées pour la protection de l’environnement.
Enfin, nous travaillerons à la mise en place d’outils pour que les entreprises du secteur de la meunerie puissent appliquer les réglementations issues du Grenelle de l’environnement. Par exemple, l’ANMF participe actuellement à des travaux concernant l’impact environnemental de la farine.

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