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Biocarburant : la cameline, une ressource attendue

Saipol annonce être acheteur de cameline dès l’interculture 2024 à 600 €/t : l’immense marché des carburants durables, notamment pour l’aéronautique, pousse l’intérêt pour cette nouvelle matière première dont les tourteaux sont attendus dans les silos des fabricants d’aliments pour animaux comme nouvelle source de protéines.  

A la récolte, la petite taille des graines impose des réglages précis.
© Yanne Boloh

Saipol, le bras industriel du groupe Avril, compte transformer jusqu’à 2 000 tonnes de graines de cameline d’interculture dès 2024 puis multiplier par cinq les volumes transformés dès 2025. Pour ce faire, ces graines doivent être semées entre le 10 juin et le 10 juillet, derrière une culture principale précoce (blé précoce ou, mieux, pois d’hiver). 

Lire aussi : "Vers l’utilisation de cameline pour l’aviation aux Etats-Unis"

Cette cousine du colza, dont le rendement peut atteindre 17 quintaux par hectare selon quatre années d’essais, a en effet un avantage sensible. Son cycle court, de 90 à 100 jours, lui offre une place de choix en interculture et, donc l’accès sécurisé pour son huile dans la production de carburants durables. Ces derniers ne doivent en effet pas venir en concurrence avec des cultures destinées à l’alimentation. Autant d’avantages rappelés lors d’une session technique organisée avec Arvalis-Institut du végétal en mars dernier. 

La cameline, une nouvelle filière en développement

La filiale d’Avril est très impliquée dans l’émergence de cette nouvelle culture : « Comme toute nouvelle graine, la réussite de la cameline s’anticipe : côté agriculteur, l’enjeu est technique et porte principalement sur la bonne implantation au semis et les réglages pour la récolte ; et côté organismes collecteurs, elle nécessitera du triage dans des infrastructures spécifiques et du séchage », indique Guillaume de la Forest, chef de projet cameline chez Saipol. Les résultats des cultures pilotes ont démontré l’importance de semer dans les 24 h ou, au maximum, 48h après la moisson du précédent. Le précédent idéal est le pois d’hiver car, en plus de se récolter tôt, il laisse un résidu d’azote suffisant pour la cameline et très peu de paille au sol pour une levée optimale. A la récolte, la petite taille des graines impose toutefois aussi des réglages précis : un guide technique est promis sous peu, par Saipol et ses partenaires.

Concrètement, par l’intermédiaire d’organismes collecteurs, les graines de cameline bénéficieront d’un prix minimum garanti ainsi que d’une « garantie récolte » si le cahier des charges est respecté. Le prix payé à l’agriculture sera ainsi proche de 600 € pour une graine propre (2 % d’impureté maximum) et sèche (9 % d’humidité). « L’enjeu pour cette première récolte est principalement technique », rappelle Saipol. L’entreprise précise également que, si l’agriculture respecte le cahier des charges fourni par son organisme stockeur et qu’il ne peut pas récolter sa cameline, l’OS lui versera néanmoins 100 €/ha. 

« Le marché des carburants d’aviation durables issus d’intercultures est en train de se structurer et nous souhaitons faire de la France un leader de ce nouveau marché, en assurant un modèle gagnant-gagnant dans lequel la valeur des solutions décarbonées est redistribuée jusqu’aux agriculteurs pour les pratiques agricoles durables mises en œuvre », indiquait récemment Christophe Beaunoir, directeur général de Saipol. Le groupe sera d’ailleurs présent lors de la journée TechDay, sur les carburants d’aviation durables organisé le 16 mai prochain par B4C (Bioeconomy for change), Aéroport de Paris et l’Ademe à Tremblay en France (Seine-Saint-Denis). 

Lire aussi : "Agrocarburants - Japan Airlines teste un biocarburant sur un Boeing"

En 2024, l’objectif est de préparer le terrain à une montée en puissance des volumes dès la récolte suivante. « L’appui technique solide sur le terrain doit nous permettre de figer en grandeur nature le dispositif qui pourra ensuite être démultiplié dans de nouvelles régions et types de rotations dès 2025 », indique Loïc Godnair, responsable développement des filières chez Saipol. « Si nous voulons être au rendez-vous des besoins de carburants d’aviation durables à l’horizon 2025-2030, il faut que dès cette année, les acteurs de l’amont agricole, semenciers, organismes collecteurs et agriculteurs anticipent la place dans les futures rotations pour une interculture oléagineuse récoltable dès octobre 2024 avant de passer à la vitesse supérieure ! », expliquait Christophe Beaunoir, directeur général de Saipol, en février dernier.

Lire aussi : "Huiles, à chaque profil de besoins son cocktail"

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