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InVivo s’attend à une taxation des engrais produits à partir d’énergies fossiles à l’horizon 2026

L’entreprise FertigHy, dont le groupe InVivo et Heineken sont actionnaires, prévoit la mise en place de taxes européennes sur l'impact carbone des engrais, ce qui devrait stimuler la compétitivité des engrais éco-responsables.

Épandage d'engrais sur blé tendre au printemps
FertigHy parie sur la croissance du marché des engrais bas carbone.
© Nicole Cornec

Plusieurs grandes entreprises internationales (EIT InnoEnergy, RIC Energy, Maire, Siemens Financial Services, InVivo et Heineken) ont investi dans FertigHy, entreprise de production d’engrais bas carbone. L’entreprise compte sur la possible taxation par l’Union européenne des engrais azotés produits à l’aide de gaz naturel pour lancer sur le marché un produit fabriqué à partir d’électricité renouvelable.

Pour Jose Antonio de las Heras, PDG de FertigHy, « d’ici 2026, de nouvelles régulations européennes pourraient être mises en place. Les émissions de dioxyde de carbone liées à la production de fertilisants classiques devront donner lieu à une compensation financière ». Le montant de la participation écologique pourrait représenter 100 ou 200 euros par tonne d’engrais, selon lui.

« Les émissions de dioxyde de carbone liées à la production de fertilisants classiques devront donner lieu à une compensation financière », selon Jose Antonio de las Heras de FertigHy

Mais ce projet n’est pas sans laisser certains dubitatifs. Yannick Carel, ingénieur agroéconomiste spécialiste des coûts de production des céréales chez Arvalis-Institut du végétal, voit mal la mise en place de telles taxes à l’échelle européenne. « Celles-ci pénaliseraient le blé français sur les marchés internationaux en pesant sur les coûts de production », avance le spécialiste. « À moins que des mesures de compensation financières suffisantes ne les accompagnent, cette taxation est difficilement envisageable ». 

« À moins que des mesures de compensation financières suffisantes n’accompagnent les possibles taxes sur les engrais classiques, cette taxation est difficilement envisageable », selon Yannick Carel d'Arvalis

Quel coût supplémentaire pour les agriculteurs ?

Le patron de FertigHy envisage effectivement qu’une aide versée aux agriculteurs puisse venir les aider à absorber le surcoût que représenteraient de tels fertilisants. « La question est : comment la chaîne de valeur absorbera ce coût ? L’augmentation de prix des engrais consécutive pourrait être transmise tout le long de la chaîne de valeur jusqu’au consommateur final. Le gouvernement pourrait aussi décider soutenir les agriculteurs, un peu dans l’esprit de ce qu’on voit dans le secteur des transports. La taxation du diesel avait été accompagnée d’un soutien au secteur des transports », envisage-t-il.

Pour Yannick Carel, le surcoût serait acceptable pour certaines filières de qualité, via une meilleure rémunération de l’agriculteur : « Aujourd’hui, le prix de tels engrais [bas carbone] représente quatre à cinq fois celui d’un engrais traditionnel. Au prix actuel, ce n’est pas compatible avec une utilisation à grande échelle », avance-t-il.

Lire aussi : "Marché des engrais : envol des cours des produits azotés dans le sillage du blé"

Les engrais bas-carbone, un nouveau marché à saisir en France

FertigHy voit pourtant les choses en grand et prévoit une production annuelle de 500 000 tonnes d’engrais azotés bas carbone. « Nous y voyons une opportunité pour venir sur le marché », se réjouit Jose Antonio de las Heras. La baisse des coûts de production des fertilisants respectueux de l’environnement devrait également rendre ceux-ci plus compétitifs sur le marché. Un avis que partage Yannick Carel. 

« La production d’engrais bas carbone permettrait aussi de répondre aux enjeux de souveraineté », selon Jose Antonio de las Herras de FertigHy

Les engrais produits seront destinés au marché français en priorité, le premier marché européen pour les fertilisants. La situation du futur site de production, prévu dans les Hauts-de-France à Languevoisin près de Nesle dans la Somme, lui permettra d’avoir également accès aux marchés du Benelux et de l’Allemagne via les canaux existants (canal du Nord) ou en projet, comme la liaison Seine-Escaut via le canal à grand gabarit Seine-Nord Europe

Comme la cible prioritaire reste le marché français, « il y a un fort intérêt de la part du gouvernement français et de la filière pour l’augmentation de la capacité de production de fertilisants. Cela permettrait non seulement de répondre aux enjeux de décarbonation, mais aussi de souveraineté en réduisant la dépendance de la France aux importations de gaz et de fertilisants », déclare le PDG de FertigHy.

Lire aussi : "Ports de Lille : environ 45 % des céréales et engrais sont transportés par péniche et par train"

Mise en avant la traçabilité des émissions de carbone

Selon Jose Antonio de las Heras, le principal atout du projet FertigHy réside dans la traçabilité physique de la décarbonisation qu’il réalise. Les engrais seront produits grâce aux énergies renouvelables générées localement. « L’approche des principaux projets concurrents repose sur les bilans globaux. Les engrais azotés sont produits grâce au gaz naturel ou à l’hydrogène, et les entreprises mettent [parallèlement] en place des stratégies de capture du carbone pour réduire leur empreinte carbone. Rien n’a pour l’instant été réalisé à grande échelle », expose-t-il. 

À long terme, cette approche pourrait ne plus être considérée comme suffisante par le législateur et les grands groupes agroalimentaires, pour le directeur de FertigHy : « Les grands groupes de boissons comme Heineken devront tendre vers la décarbonisation et mettront en place des cahiers des charges de plus en plus exigeants. Cela laisse une large place à notre approche, qui offre un produit décarboné à toutes les étapes de sa production ».

FertigHy en chiffres

  • 500 000 t de fertilisants azotés produits annuellement

  • 10 % de la consommation française actuelle en engrais azotés

  • 1,3 milliard d’euros d’investissement

  • Début de la construction de l’usine française en 2027

  • Première production en 2030

  • 2 usines prévues (la première en France, puis une deuxième en Espagne)

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