Huiles végétales : l’Inde intensifie et diversifie ses importations tout en soutenant sa production d’oléagineux
L’Inde, important acheteur d’huiles végétales à l’échelle mondiale, adapte son approvisionnement au contexte géopolitique actuel. Le gouvernement soutient par ailleurs la production nationale d’oléagineux pour limiter sa dépendance aux importations.
Le marché mondial des huiles végétales demeure fondamentalement haussier, en raison notamment d’une demande de l’Inde, à la fois régulière et significative. Deuxième consommateur et premier importateur d’huiles végétales dans le monde, le pays est actuellement confronté à des retards de livraisons en huile de tournesol en provenance d’Ukraine et de Russie, qui vont jusqu’à soixante jours selon les informations recueillies par CMB News. Le conflit militaire opposant les deux pays continue en effet de pénaliser la logistique portuaire.
Le service d’information sur les matières premières agricoles explique que, dans le contexte géopolitique actuel, « les acheteurs indiens augmentent leurs achats d’huile de tournesol argentine et d’huile de canola australienne et réorientent une partie supplémentaire de la demande vers l’huile de palme et l’huile de soja ».
Des importations d’huiles végétales en hausse structurelle
Au-delà de ces perturbations conjoncturelles, la dépendance de l’Inde aux huiles végétales importées continue de croître. Les achats indiens d’huiles végétales n’ont cessé de progresser ces cinq dernières campagnes, passant de 15,847 Mt en 2023-2024 à 17,340 Mt en 2026-2027, selon les derniers chiffres de l’USDA.
Si les importations d’huile de palme sont de loin les plus importantes, représentant plus de la moitié du volume (8,800 Mt en 2026-2027), celles d’huile de soja et d’huile de tournesol ont progressé sur la période, estimées à respectivement 4,500 Mt et 3,850 Mt sur la campagne actuelle. Les entrées d’huile de colza sont, en revanche, négligeables, prévues à 40 000 t en 2026-2027.
Selon les Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO, « l’Inde devrait continuer d’accroître fortement ses importations (de 1,4 % par an) afin de satisfaire une demande en hausse du fait de la croissance démographique, de l’urbanisation et de l’augmentation du revenu disponible. Ces importations devraient atteindre 21 Mt en 2035. »
Un accroissement régulier du stock de report en partie alimenté par les importations
Cette tendance s’est encore renforcée récemment. Les importations d’huiles végétales par l’Inde en 2026-2027 ont été révisées en hausse de 200 000 t entre juin et juillet 2026 (exclusivement de l’huile de soja) selon l’USDA, en partie pour compenser une augmentation attendue de la consommation domestique (+ 100 000 t) imputable au seul secteur de l’alimentation humaine.
Cet accroissement des importations participe également à l’augmentation du stock de report en huiles végétales de l’Inde sur la campagne actuelle, qui a été rehaussé de 300 000 t entre juin et juillet 2026. Ces réserves stratégiques se sont étoffées de façon régulière durant les cinq dernières campagnes, passant de 4,37 Mt en 2022-2023 à 4,79 Mt en 2026-2027.
À cette tendance structurelle s’ajoute actuellement un facteur saisonnier. Les importations d’huiles végétales par l’Inde se sont intensifiées, dans la perspective de la tenue des prochaines festivités, qui sont traditionnellement des périodes de forte consommation. À savoir : le festival hindou de Ganesh Chaturthi qui se déroule sur dix jours en août-septembre et celui de Diwali qui a lieu durant cinq jours en octobre-novembre.
Cette hausse saisonnière intervient dans un contexte de progression continue de la consommation domestique d’huiles végétales par l’Inde sur les cinq dernières campagnes. Celle-ci est passée de 23,861 Mt en 2022-2023 à 26,665 Mt attendues en 2026-2027, selon l’USDA.
L’ensemble des huiles sont concernées par cette progression, à l’exception de l’huile de coton. C’est l’huile de tournesol qui présente la plus forte hausse, avec près d’un million de tonnes (+ 960 000 t, à 3,710 Mt en 2026-2027), puis viennent l’huile de soja (+ 880 000 t, à 6,280 Mt en 2026-2027) et l’huile de colza (+ 600 000 t, à 4,280 Mt en 2026-2027). La consommation d’huile de palme n’a augmenté que de 250 000 t ces cinq dernières campagnes, pour atteindre 9,150 Mt en 2026-2027.
Démographie et biocarburants alimentent la demande
Cette augmentation de la consommation constatée au fil des campagnes devrait se poursuivre. D’après les Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO, « l’Inde devrait voir sa consommation alimentaire [d’huile végétale] par habitant continuer de croître au rythme de 1,7 % par an pour atteindre 12 kg en 2035 », contre 10 kg sur la période 2023-2025. Le pays devrait répondre à cette hausse des besoins par l’augmentation des importations d’huile végétale et de la trituration de volumes accrus d’oléagineux produits dans le pays, selon l’étude.
La consommation globale d’huiles végétales par l’Inde suit, entre autres, la croissance démographique du pays, qui est le plus peuplé au monde avec actuellement 1,470 milliard d’habitants, selon les données compilées par le site Population Today. Malgré un ralentissement par rapport à la précédente décennie, le taux annuel s’établit à 0,857 %. Et les projections font état d’une progression continue de la population, pour atteindre 1,584 milliard d’habitants en 2036, soit en hausse de plus de 110 millions de personnes en dix ans.
Les utilisations dans le secteur non alimentaire constituent un autre facteur de croissance pesant de plus en plus lourd dans les utilisations domestiques. En hausse de 70 000 t sur les cinq dernières campagnes, elles s’établissent déjà à 1,115 Mt selon les projections de l’USDA pour 2026-2027.
Cette évolution concerne notamment les biocarburants. Selon une étude menée en 2025 par la Cellule de planification et d’analyse pétrolière du gouvernement indien (PPCA), le pays devrait être le marché de la bioénergie à la croissance la plus rapide au monde entre 2023 et 2030, représentant plus d’un tiers de la croissance mondiale de la demande. La demande en biocarburants liquides, incluant le bioéthanol (avec le développement du E20), le biodiesel et le biojet (carburant aérien végétal), devrait presque quadrupler si les objectifs gouvernementaux prévus sont atteints d’ici 2030.
Une récolte nationale d’oléagineux soumise aux aléas de la mousson
Pour faire face à la hausse de sa consommation d’huiles végétales, l’Inde cherche à développer sa production nationale d’oléagineux.
Celle-ci suit une tendance haussière sur les cinq dernières campagnes, malgré des baisses ponctuelles liées à la faible intensité de la mousson. Selon les chiffres de l’USDA, elle est passée de 42,314 Mt en 2022-2023 à 42,973 Mt estimée pour 2026-2027, soit une augmentation de 659 000 t. L’augmentation de la production de colza (12,4 Mt en 2026-2027) et d’arachide (7,750 Mt en 2026-2027) s’opère au détriment de celle de soja (11,500 Mt en 2026-2027) et de coton (10,189 Mt en 2026-2027), et dans une moindre mesure de celle de tournesol, qui dépasserait à peine les 100 000 t cette campagne.
Les perspectives de production oléagineuse en Inde pour 2026-2027 n’ont pas été modifiées entre juin et juillet 2026 par l’USDA. Cependant, cette année, l’Inde fait face à une faible mousson qui pénalise déjà sa production d’oléagineux et, par ricochet, intensifie sa dépendance aux importations d’huiles végétales.
De fait, le système climatique El Niño, qui sera très probablement plus fort et intense que d’habitude, va se renforcer d’août à octobre, ce qui entraînera des températures plus élevées à l’échelle mondiale, selon l’Organisation météorologique mondiale. Le risque d’un affaiblissement de la mousson – dont les pluies sont essentielles aux agriculteurs indiens – a été souligné alors que les prévisions annoncent « une augmentation de la probabilité de précipitations inférieures à la normale ».
New Delhi veut réduire sa dépendance aux importations en développant la filière oléagineuse locale
Face à la hausse structurelle de ses besoins, les autorités indiennes cherchent à renforcer la production nationale. Selon les Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO, « les autorités indiennes privilégient de plus en plus le développement des capacités agricoles nationales, notamment au travers d’efforts visant à améliorer les pratiques agricoles, à renforcer les services de soutien aux producteurs et à créer des conditions propices à une production nationale plus robuste et résiliente ».
Cette politique concerne particulièrement les oléagineux. Le gouvernement indien a de fait mis en place des « missions de substitution aux importations qui ciblent [notamment] les déficits en huiles alimentaires », selon une analyse de l’industrie agricole en Inde menée par Mordor Intelligence. Afin de promouvoir la production de graines oléagineuses, les autorités proposent des « prix de soutien minimum plus élevés » et des « subventions aux intrants ». Elles favorisent également l’utilisation de variétés améliorées et résistantes à la sécheresse, la gestion intégrée des ravageurs, ainsi que le développement de centres de stockage délocalisés. Une politique d’investissements visant à renforcer l’autosuffisance en urée a par ailleurs été approuvée en juillet 2026.
Des partenariats avec des entreprises internationales accompagnent cette stratégie. Ainsi, ADM et Bayer ont prolongé en juillet 2026 leur partenariat dans la chaîne de valeur alimentaire au Maharashtra, élargissant la portée du programme à 100 000 producteurs de soja dans sept districts.
Parallèlement, l’Inde investit dans ses capacités de trituration, comme en témoigne la hausse des volumes de graines oléagineuses transformées sur place sur les cinq dernières campagnes. Ces derniers ont passés de 34,78 Mt en 2022-2023 à 35,29 Mt estimées pour 2026-2027, soit + 510 000 t, selon les derniers chiffres de l’USDA.
Cette montée en puissance de la filière nationale ne suffit toutefois pas, à ce stade, à absorber l’augmentation des besoins. Entre croissance démographique, hausse de la consommation par habitant et développement de nouveaux débouchés, les importations continuent de jouer un rôle central dans l’approvisionnement indien en huiles végétales.