Production porcine : comment les élèves en lycées agricoles du Massif central se projettent-ils dans l’élevage de porcs ?

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82 % des 280 enquêtés considèrent l’association de porcs et d’herbivores intéressante pour une exploitation. Crédits : © Ifip

Dans le Massif central, les apprenants en lycées agricoles restent majoritairement tournés vers les bovins. Pourtant, près de 40 % d’entre eux n’excluent pas d’élever des porcs

Dans le Massif central, territoire montagneux et majoritairement herbager, les apprenants en lycées agricoles sont souvent familiarisés et intéressés par l’élevage herbivore et moins par l’élevage porcin.

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Cette situation pose question dans un contexte de renouvellement des générations en élevage et de baisse du nombre d’exploitations porcines dans ce territoire. Or, malgré sa présence limitée, la filière porcine joue un rôle structurant localement, notamment pour l’activité des abattoirs, des salaisonneries et la valorisation de spécialités alimentaires régionales. Pour mieux comprendre la place du porc dans les projets professionnels des futurs agriculteurs, une enquête a été menée dans le cadre du projet Aporthe auprès d’élèves de lycées agricoles du nord du Massif central. Elle démontre que même si le porc n’est pas une priorité pour la plupart d’entre eux, les aspects économiques, mais aussi agronomiques, zootechniques ou de travail de la production porcine les intéressent et peuvent encore s’inscrire dans leurs projets professionnels.

Le porc rarement prioritaire

Les résultats de l’enquête montrent que le porc est rarement la production privilégiée par les élèves. Ainsi, 33 % n’envisagent pas de travailler en exploitation agricole, 39 % souhaitent travailler en exploitation mais sans porc et 28 % envisagent un projet agricole sans exclure la production porcine. Ces derniers ont souvent déjà eu un contact avec cette production, à travers un stage, un emploi ou la présence d’éleveurs porcins dans leur entourage. Parmi les apprenants interrogés qui envisagent de travailler en exploitation agricole, seuls 3 % déclarent vouloir prioritairement élever des porcs, alors que 67 % s’intéressent prioritairement à l’élevage bovin (36 % allaitant, 31 % laitier). Pour autant, la production porcine n’est pas rejetée. Au total, 42 % de ces 187 potentiels éleveurs déclarent qu’ils pourraient envisager d’élever des porcs dans leur futur métier.

Les systèmes mixtes avec porcs plébiscités

Ce qui fédère ces apprenants quant aux porcins, c’est l’intérêt de son association avec les herbivores. En effet, 82 % des 280 enquêtés considèrent l’association de porcs et d’herbivores intéressante pour une exploitation. Pour les apprenants qui envisagent de travailler en exploitation sans exclure l’éventualité du porc, la très grande majorité se projetterait dans un système mixte à dominante herbivore (86 %), plutôt qu’en élevage mixte à dominante porcine (9 %) ou qu’en système spécialisé porc (5 %). En cela, ils « adhèrent » au mode d’élevage porcin dominant dans leur territoire du Massif central. Ils perçoivent cette association comme un moyen d’augmenter et sécuriser le revenu de l’exploitation (respectivement 23 % et 17 % des enquêtés), de diversifier le travail (29 %), de valoriser les effluents d’élevage (21 %) et de développer l’activité agricole avec peu de foncier (10 %). Ils retiennent différentes limites ou freins à l’élevage de porcs : multiplicité des réglementations (29 % des enquêtés), oppositions du voisinage (16 %), montant élevé d’investissement ou de capital nécessaire (16 %), manque de formation et de conseillers (14 %), fluctuation des prix de vente des animaux (13 %), conditions de travail (10 %). Ceci reflète leur diversité de regards ou de prises en compte des difficultés associées à cette production.

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Des attentes différentes des systèmes actuels

Parmi les apprenants plus ouverts à la production porcine, le mode d’élevage des porcs qui les intéresse est très divers et souvent ne concorde pas avec celui des ateliers porcins en place dans le Massif central : 40 % des enquêtés opteraient pour le porc élevé en plein air, 36 % pour le porc en bâtiment sur paille, et seulement 24 % pour le porc élevé en bâtiment sur caillebotis, qui prédomine dans le Massif. Après échange avec les apprenants en fin d’enquête, le contenu de leurs discours montre qu’ils sont attachés à des conditions d’élevage du type de celles pratiquées avec les bovins (plein air, aire paillée). Ces préférences traduisent notamment un intérêt pour des systèmes perçus comme plus proches des animaux ou plus compatibles avec l’image que les jeunes se font de l’élevage.

Des ajustements progressifs à favoriser

L’étude montre que ces jeunes en formation technique agricole, dont une part croissante n’est pas issue de familles d’agriculteurs, portent déjà un regard sur le porc qui combine de multiples dimensions de leur perspective professionnelle : montant du capital nécessaire, sécurisation du revenu dans le temps, environnement de travail, économie d’intrants, réactions du voisinage, diversité de réglementations à intégrer, besoins de formation et accompagnement. L’avenir du porc et le renouvellement des ateliers porcins existants dans les zones herbagères dépendront de la manière dont les acteurs de la filière et de l’enseignement saisiront cette multiplicité de questions et d’attentes et ces regards parfois décalés de la réalité de la production porcine du territoire. Il y a donc un enjeu fort à savoir composer avec la diversité d’intérêts, de questions et de projets de ces jeunes et futurs professionnels.

Christine Roguet et Hélène Rapey, [email protected]

Repères

L’enquête a été réalisée en mars 2025 sous forme d’un questionnaire en ligne auquel ont répondu 280 apprenants de 16 classes dans trois lycées agricoles du nord du Massif central : Brioude-Bonnefont, Marmilhat et Roanne-Chervé.

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