Alors que la demande revient depuis plusieurs mois pour les œufs bio, l’amont peine à y répondre. Car les effectifs de poules pondeuses conduites en bio ont fondu. En cause, notamment, des contraintes technico-économiques.
Les œufs bio font partie des produits les plus cités par les industriels de la bio lorsqu’on leur pose la question des tensions sur les approvisionnements. Les magasins bio aussi ont rapporté des difficultés pour garnir leurs rayons, notamment cet été. Car la filière œuf bio a fortement souffert ces épisodes de chaleur intense. Le CNPO n’a pas ventilé les pertes par code, mais les opérateurs interrogés sont unanimes, c’est en bio et plein-air que les conséquences ont été les plus lourdes. Par ailleurs, les poules qui ont survécu à ces vagues de chaleur ont tout de même eu leur productivité durablement impactée.
Mais ces difficultés d’approvisionnement conjoncturelles, liées aux fortes chaleurs, n’expliquent pas tout. En effet, c’est le changement de la réglementation bio, en 2022, qui a donné un coup à l’amont de la filière. Le passage à l’alimentation 100 % bio a été source de difficultés technico-économiques, avec un surcoût pour une baisse de productivité, à tel point que des éleveurs ont préféré passer en plein-air. Des dires d’éleveurs confirmés par le Synalaf qui estime « que les contraintes techniques trop importantes de l’alimentation 100% bio exposent les producteurs à une rémunération très incertaine du fait de performances de ponte aléatoires sans levier de correction efficace ».
Chute des effectifs de poules pondeuses bio en 5 ans
Et pour les poulettes, l’épée de Damoclés plane. Ces dernières bénéficiaient d’une dérogation avec un maintien de 5 % d’aliment non-bio, jusqu’en 2027. Mais la Commission européenne envisage de prolonger cette dérogation jusqu’à fin 2036.
Les effectifs de poules pondeuses bio sont passés de 9,3 millions en 2021 à 7,58 millions en 2025 (-18,5 %). Au premier semestre 2026, ce sont 633 millions d’œufs bio qui ont été produits, 2,2 % de moins que sur la même période de 2025 et 3,4 % de moins qu’en 2024, selon l’Agence Bio.
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3,629 millions de poules pondeuses bio ont été mises en place sur les trois premiers trimestres 2026. C’est 10,3 % de moins que sur la même période de 2025, selon les données de la BD avicole transmises par le CNPO. Aucune reprise rapide n’est attendue puisque les mises en place de poulettes d’un jour reculaient autant (-10,8 %). « Le segment bio manque donc désormais de producteurs pour répondre à la demande et bénéficier du dynamisme du marché de l’œuf » juge-t-on à l’Agence Bio. La crise de la bio, qui a commencé dès 2021, a laissé des traces. « On sent un retour de la demande, mais on ne pousse pas à la reprise de la production, car nous avons été échaudés par les déclassements » confie un opérateur du secteur.
Puis les œufs bio ont aussi bénéficié des difficultés d’approvisionnements de la GMS en œufs conventionnels fin 2025 et début 2026. Si le rayon était dévalisé et qu’il ne restait plus que les œufs bio, certains consommateurs les choisissaient plutôt que de revenir les mains vides. En cumul annuel mobile d’octobre 2025 à septembre 2026, les ventes d’œufs bio dans la GMS sont restées stables en volume, selon les données du baromètre exclusif Cicana pour Les Marchés. Elles étaient néanmoins supérieures de 3,9 % à leur niveau de la période octobre 2024/septembre 2025.