Les céréaliers restructurent l'élevage dans l'Est

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Les coopératives céréalières de Champagne-Ardenne, Lorraine et Alsace soutiennent les filières d'élevage. En perspective, un projet de concentration interrégional.

Le grand puzzle coopératif du quart nord-est de la France se compose à grande vitesse. Il y a d’abord eu Champagne Céréales, en juin dernier, qui a pris des parts dans une nouvelle coopérative d’élevage, Capeval, et la soutient financièrement. Aujourd’hui, tout se précipite. Le Comptoir agricole de Hochfelden (CAH), en Alsace, se prépare à fusionner avec la Coopérative des producteurs de viande d’Alsace (Copvial) ; dans la Meuse, EMC2 fusionne avec le groupement d’éleveurs bovins Alotis. Dans les autres départements lorrains, rien de concret n’est encore décidé mais deux rapprochements se profilent : en Meurthe-et-Moselle entre la CAL (coopérative agricole Lorraine), pas très rassurée par la fusion précédente, et l’organisation bovine CAPVL ; en Moselle entre Lorca et l’organisation bovine CAPV.

Point commun entre ces rapprochements, ils concernent tous une coopérative céréalière et une coopérative ou un groupement d’éleveurs. Aucun des responsables interrogés ne nie que la réunion nationale des pôles Élevage et Métiers du grains sous le même chapeau Coop de France ait inspiré cette logique, au moins pour partie. Le Grand-Est compte deux leaders nationaux de la coopération : Philippe Mangin et Hubert Grallet. Le premier, président de Coop de France et d’EMC2, donne l’exemple en faisant de l’ensemble EMC2-Alotis la première coopérative polyvalente de l’Est ; le second, président du pôle Métiers du grain et de la CAL, pourrait faire de même. Selon Bruno Colin, président de CAPV et administrateur de Coop de France, le Grand Est s’inspire un peu du Centre et du Grand-Ouest, où les complémentarités entre grain et élevage jouent à plein. Philippe Mangin proclame l’ensemble EMC2-Alotis première coopérative polyvalente de l’Est.

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La faiblesse des structures d’élevage explique deux regroupements. Le groupement Tereval était fragilisé par la cession de sa filiale Arcadie Centre. Il se réincarne dans Capeval. Copvial ne va pas fort financièrement. En revanche, Alotis, est en parfaite santé, de même que CAPV et CAPVL. Alotis a cependant besoin de la puissance financière d’EMC2 pour se développer. Le premier a 8 millions d’euros de fonds propres, l’ensemble 85 MEur. Les deux autres structures lorraines ont au moins besoin d’un soutien administratif et de prendre appui sur une structure céréalière pour se développer. Les coopératives céréalières de l’Est ont beaucoup plus d’antériorité et une assise plus solide que les coopératives d’élevage, issues de groupements des années soixante-dix, explique Philippe Mangin. Ce qui explique qu’elles servent d’appui aux secondes. De plus, les éleveurs sont aussi leurs adhérents.

Drèches de blé

Les deux projets agro-industriels marnais et l’importante ressource en drèches de blé, et tourteaux de colza qu’ils vont engendrer, offrent un nouvel intérêt pour les coopératives céréalières à faire jouer les synergies avec l’élevage. En effet, ces coproduits ne passeront pas forcément par la case des fabricants d’aliments avant d’arriver dans l’auge des vaches.

Au-delà de ces rapprochement, se prépare un projet de regroupement interrégional « prenant en compte les activités d’aliment et de collecte d’animaux » évoqué à la dernière AG de Champagne Céréales. Les fabricants d’aliments sont de taille plutôt moyenne, réalisant au maximum 100 000 tonnes/an par rapport aux usines géantes de l’Ouest. La collecte d’animaux fait face à la concentration industrielle entre Bigard et Socopa. C’est donc avec le monde céréalier que les filières d’élevage de l’Est vont se recomposer en vue d’assurer sa pérennité. Ainsi, le projet de CAPVL et CAPV, déjà regroupés dans Cléo, d’intégrer Alotis, n’est pas remis en question par l’union Alotis-EMC2. Le projet est maintenant « un grand Cléo de Reims à Starsbourg », s’amuse Gérard Husson, le directeur de la CAL. Pour les actionnaires de Socopa que sont Alotis, CAPVL et CAPV, il faut dégager plus de valeur ajoutée (les outils régionaux de Socopa font de la viande piécée). Pour CAPVL et Copvial, il s’agit de pérenniser des abattoirs, celui de CAPVL à Sarrebourg étant neuf et de taille conséquente. Mais le mouvement ne fait que commencer. « Tout est à faire », annonce Philippe Mangin.

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