Canicule de mai : des effets à long terme en élevage ?
La chaleur précoce et brutale de la fin mai fait craindre une chute des performances animales en élevage et des conséquences qui pourraient se prolonger bien au-delà de l’été. Explications de l'Inrae.
La chaleur précoce et brutale de la fin mai fait craindre une chute des performances animales en élevage et des conséquences qui pourraient se prolonger bien au-delà de l’été. Explications de l'Inrae.
L’Hexagone vient de vivre le mois de mai le plus chaud des annales de Météo-France : entre le 23 et le 28 mai, pas moins de 292 records de températures maximales sous abri ont été battus dans près de 600 stations, notamment sur la façade ouest du pays (avec 37,8°C à Angoulême par exemple le 28 mai) et l’indicateur thermique national (qui mesure la température moyenne dans le pays), a atteint 24,9°C le 26 mai, le plus haut niveau jamais enregistré. À
Aurillac, on a égalé ou dépassé les 30°C cinq jours successifs, les 28°C durant neuf jours et le record de température maximale a été effacé chaque jour entre le 23 et le 28 mai.
Un épisode inédit par sa précocité et son intensité
Avec quelles conséquences pour les animaux d’élevage ? Difficile de répondre avec précision et certitude à la question tant cet épisode caniculaire est inédit par sa précocité, son intensité et sa durée. C’est ce qu’ont expliqué des chercheurs de l’Inrae lors d’un webinaire le 27 mai, au pic de cette fournaise printanière. “Il est trop tôt pour avoir des retours de terrain mais malheureusement, compte tenu de l’expérience de pas mal de vagues de chaleurs estivales, on s’attend à avoir une baisse du niveau de production que ce soit de viande, lait, œufs...”, a avancé David Renaudeau, zootechnicien et directeur de recherche au sein de l’unité Physiologie, environnement et génétique pour l’animal et les systèmes d’élevage (Inrae Bretagne-Normandie). Et ce d’autant plus que, cet épisode étant brutal (après une première quinzaine de mai froide et pluvieuse), les éleveurs n’ont pu anticiper et déployer des mesures d’adaptation (dans la ration, système d’abreuvement...) et que comme chez les humains, les
organismes animaux ont plus de mal à s’adapter aux premières fortes chaleurs de la saison.
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- 5 % de production laitière
Chez les vaches laitières, la baisse instantanée de production avoisine lors de telles canicules - 5 % mais l’impact persiste une fois les températures redescendues avec des pertes relativement importantes pour l’éleveur. Sachant que les animaux ne sont pas impactés de la même manière selon leur statut physiologique : une vache laitière en début de lactation souffrira davantage par exemple. Impact quantitatif mais aussi qualitatif avec des laits moins riches en protéines mais plus chargés en cellules et une fromageabilité altérée. Dans les élevages avicoles, on observe des œufs de plus petite taille et plus fragiles avec un risque de déclassement accru.
S’il faut encore attendre pour mesurer le phénomène, une surmortalité est aussi anticipée (notamment dans les élevages hors-sol ou lors du transport) : lors des canicules de 2003 et 2006, elle avait atteint 10 % dans les troupeaux bovins lait, 25 % en allaitants et les pertes liées dans la filière avicole avaient été chiffrées à 45 M€ (en 2003).
D’autre part, ces fortes chaleurs, notamment dans les régions déjà en déficit hydrique, pourraient amoindrir de futures ressources fourragères.
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Impact sur le fœtus et les futures génisses
Moins connues : les répercussions de ces périodes de stress thermique peuvent s’étaler sur la - voire les - génération(s) suivante(s). “Les performances, le métabolisme, la reproduction et même le comportement social des futures génisses nées de vaches en gestation lors d’une vague de chaleur sont différents et cela peut même se transmettre d’une génération à l’autre. Ces effets rémanents sont aussi observés chez les porcs”, relate le chercheur zootechnicien.
Comment à l’avenir, et probablement dès les prochains mois voire semaines, se préparer à de nouveaux phénomènes de stress thermique intense ? La liste des recommandations est longue : bâtiments d’élevage désormais davantage conçus pour limiter et évacuer la chaleur que pour protéger les animaux du froid, en combinant des exigences de bien-être animal, ergonomie pour l’éleveur, orientation par rapport aux vents dominants, gestion
des effluents, effet cooling (refroidissement radiatif) favorisé par la proximité d’arbres, haies, prairies, mais aussi des solutions technologiques pour réduire la température de l’air entrant ou celle de l’animal avec “à chaque fois, le juste équilibre à trouver entre avantages et inconvénients”, a souligné David Renaudeau.
L’adaptation à ces vagues caniculaires se fait en outre par une évolution dans la conduite du troupeau, l’alimentation (sortie nocturne des animaux, ration adaptée et distribution fragmentée...), l’abreuvement (dans ces conditions, une vache laitière peut boire jusqu’à 100 voire 150 l d’eau par jour), ainsi que par des mesures d’agro-foresterie (implantation de haies bocagères...), a exposé David Renaudeau.