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Vandalisme
Vols sous silence dans les campagnes

Les vols dans les exploitations agricoles se multiplient. Autrefois synonymes de rapines, ils sont aujourd’hui organisés et se chiffrent parfois jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Les vols et les dégradations sur les clôtures électriques obligent les agriculteurs à réparer régulièrement les dégâts.
Les vols et les dégradations sur les clôtures électriques obligent les agriculteurs à réparer régulièrement les dégâts.
© Réussir/D. Hardy

Le phénomène n’est pas nouveau. Les vols dans les campagnes (jardins, champs, fermes…) ont toujours existé. Seulement depuis quel-ques années, ils se développent. Les agriculteurs et les entreprises (travaux publics, agricoles, matériels agricoles…) sont les premiers touchés. Les voleurs font main basse principalement sur le carburant mais dans certains secteurs, cela va jusqu’aux pièces détachées des tracteurs en passant par les céréales stockées, les animaux, et jusqu’aux tracteurs entiers. Des infractions dont sont victimes les agriculteurs alors impuissants pour protéger leurs biens. La colère monte dans les campagnes.

 

En 8 ans plus de 30 vols

En Limagne Sud, un éleveur témoigne : «Depuis 2005, j’ai été visité une trentaine de fois. On m’a d’abord volé le gasoil dans les tracteurs puis du petit matériel (tronçonneuse, scie circulaire, poste électrique…) et des pièces à même les tracteurs. A Noël dernier, c’était des agneaux et des brebis dans la bergerie et en été, les voleurs vont les chercher dans les prés... Récemment, ce sont des seaux de blé qui m’ont été dérobés.»

Malgré le dépôt de plusieurs plaintes, les infractions chez cet exploitant se poursuivent. Les bâtiments, excentrés du village et accessibles par un chemin carrossable, ont tout pour attiser la malveillance. Jusque là, l’agriculteur avait seulement changé ses habitudes de travail pour limiter les vols. «Je mets dans mes tracteurs juste le gasoil dont j’ai besoin pour travailler. Je rapatrie l’ensemble de mes outils de bricolage à mon domicile. J’ai pensé mettre des chiens de garde mais j’ai abandonné l’idée pensant qu’on me les tuerait. J’ai été jusqu’à imaginer dormir sur place pour les attendre avec le fusil ! J’ai aussi abandonné cette idée car malgré la colère, je ne tiens pas à aller en prison ou sur un lit d’hôpital à cause d’eux. J’ai installé récemment une alarme mais je me demande à quoi ça sert. Si j’arrive sur place et que le voleur est là, je n’ai pas le droit de le toucher ni de le menacer ou de le retenir contre son gré jusqu’à l’arrivée des gendarmes, sous peine d’avoir plus d’ennuis que lui. Ces derniers, malgré toutes mes plaintes, ne réalisent même pas de rondes autour de mes bâtiments. Leur caserne, disent-ils, est trop éloignée.» Un cas extrême qui illustre bien l’impossibilité des agriculteurs à éviter ce genre d’infractions. Les bâtiments d’élevage et les hangars ont des hauteurs beaucoup trop importantes pour être complètement fermés. De plus, un cadenas n’est pas une solution infaillible. Serge Bionnier, agriculteur en Limagne Nord en sait quelque chose.

Se rassembler pour alerter

Près de Riom, les vols chez les agriculteurs ainsi que les Entrepreneurs des territoires (EDT), les artisans et commerçants ont été monnaie courante l’année dernière. «Les vols de gasoil se chiffrent en dizaines de milliers de litres. Il y a eu aussi des vols de tracteurs dans un parc fermé chez un concessionnaire. Des céréaliers se sont fait voler des pièces sur les pivots et les enrouleurs. Bref, ça n’arrêtait pas.» Alors, les victimes, d’abord agriculteurs, se sont regroupées pour alerter les autorités. Puis les commerçants se sont joints à eux. Ensemble, avec le soutien actif de l’UDSEA du Puy de Dôme, ils ont rencontré le sous-préfet de Riom, le préfet, le commandant de gendarmerie et même le Procureur de la République. «Le plus long a été de leur faire comprendre qu’aussi bien les agriculteurs que les commerçants, ne pouvaient pas barricader leurs bâtiments, leurs ateliers ou même les champs. Les discussions ont été riches car de notre côté, nous avons compris que les gendarmes ne pouvaient pas non plus être partout à la fois. Nous avons tout de même obtenu des rondes plus fréquentes dans certains secteurs isolés. Résultat, le nombre de vols a diminué.» Aujourd’hui, les victimes de Riom pensent à construire une structure associative. Leurs mésaventures ont permis de faire savoir à d’autres agriculteurs victimes qu’ils n’étaient pas seuls. Des témoignages arrivent de tout le département y compris de la montagne. Un agriculteur près de la chaîne des puys explique : «Cet été pour la première fois, on m’a vidé les réservoirs des tracteurs et volé les batteries pour les clôtures électriques. C’est une situation frustrante.» Un autre éleveur quant à lui s’est fait voler des filets à mouton. «Heureusement que le voleur a pris des filets dans un pré où il n’y avait pas de moutons !»

Victimes de vols, faîtes-vous connaître auprès de l’UDSEA 63

L’UDSEA du Puy-de-Dôme, à l'écoute des agriculteurs, recense les infractions et les vols commis dans les exploitations agricoles. Ce recensement est primordial afin d'argumenter auprès des services de l'Etat, de l'importance du phénomène. Les agriculteurs victimes peuvent donc appeler ce numéro : 04 73 44 46 90.

Le syndicat appelle également les agriculteurs à ne pas hésiter à porter plainte et à conserver une copie de cette dernière. Cette démarche administrative permet de prouver auprès des autorités compétentes, l’existence des méfaits commis.

Fin 2012, alertée par ses délégués cantonaux de Limagne nord sur la recrudescence des vols et détériorations, l'UDSEA avait rencontré le sous-préfet de Riom, les services de l'ordre ainsi que le Procureur de la République. A cette occasion, le recensement a joué un rôle important dans les discussions.

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