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Une stratégie pour augmenter l’autonomie fourragère

Le ministre de l’Agriculture a présenté une nouvelle stratégie 2015-2020 pour développer la filière et assurer une plus grande autonomie fourragère à l’élevage français.

© Agra Presse

Présenté par le ministre de l’Agriculture le 16 décembre, le Plan protéines végétales prendra effet dès 2015 avec un objectif : développer et sécuriser la culture de plantes fourragères, au niveau national mais aussi au sein de chaque exploitation d’élevage. L’enjeu est en partie environnemental, puisqu’en fixant naturellement l’azote dans le sol, ces cultures diminuent le besoin en intrants pour la culture suivante. Mais l’intérêt est aussi, et très largement, économique. En effet, la demande mondiale de viande augmente, imposant des besoins croissants en protéines végétales qui nourrissent les animaux d’élevage. Or la France n’assure son autosuffisance qu’à 60 %, ce qui rend les éleveurs vulnérables face aux variations de prix de ces protéines sur un marché mondialisé, où les fournisseurs risquent à moyen terme de favoriser le marché asiatique, porteur et en expansion. Pourtant, avantagée par son climat et ses saisons longues qui augmentent les possibilités d’exploiter la photosynthèse, la France possède un potentiel sous-exploité : « on n’utilise pas assez la couverture du sol », regrette Stéphane Le Foll, qui se mobilise pour relancer l’introduction des protéagineux dans l’assolement. Ce plan s’inscrit dans une dimension nouvelle, puisque les cultures de protéines végétales, qui souffrent de la comparaison avec les autres cultures en matière de marges dégagées, sont aujourd’hui considérées comme une culture additionnelle, « intercalée dans ce qui existe », précise encore le ministre.

Un plan incitatif et ambitieux

Au-delà de cette vision plus globale, des moyens incitatifs sont mis en œuvre grâce aux opportunités de la nouvelle PAC. 2 % des aides du premier pilier sont destinés aux aides couplées, réparties sur deux types de surfaces, à savoir : 49 millions d’euros par an pour les cultures riches en protéines (35 M€ pour les protéagineux, 6 M€ pour le soja et 8 M€ pour les légumineuses fourragères) avec un montant unitaire d’aide à la production de 100 €/ha minimum, et 98 millions d’euros pour les éleveurs qui s’attèleront à la production de protéines fourragères. Cette dernière aide pourra être réaffectée aux cultures si le nombre d’éleveurs investis s’avérait insuffisant. L’effet de levier sera également encouragé par le paiement «vert» de la PAC (reconnaissance en tant que surface d’intérêt écologique, diversité des assolements…), et par des Mesures agroenvironnementales et climatiques (MAEC), notamment «grandes cultures». L’avantage de ce nouveau plan, comparativement à ceux qui l’ont précédé, est de s’inscrire dans la durée - six ans - en s’appuyant sur la structuration de la filière. Le choix a été fait d’investir dans un programme de recherche-innovation sur 10 ans d’un montant de 4,5 M€ dédiés aux semences (dont 500 000 € aux graminées).

Le soutien affiché des semenciers permettra par ailleurs de mettre ce progrès génétique à disposition des agriculteurs sans aucun surcoût. Enfin, le renforcement de la gouvernance, troisième et dernier axe du plan, a pour objectif d’inscrire la dynamique sur le long terme. Stéphane Le Foll s’est d’ailleurs réjoui de pouvoir dialoguer avec une interprofession unique des oléo-protéagineux grâce à la fusion entre l’UNIP et l’ONIDOL, reconnue par le Con-seil supérieur d’orientation agricole (CSO).

Reste maintenant à voir si le terrain s’appropriera ce plan protéines désormais lancé pour répondre à l’objectif principal - mais non quantitatif : il s’agit pour le ministre d’«aller le plus loin possible » dans l’augmentation de l’autonomie fourragère. Le ministère ne vise d’ailleurs pas les 100 %, puisque les 750 000 hectares potentiellement utilisables en Fran-ce pour ces cultures n’y suffiraient pas.

Réactions

La Fop regrette le «manque d’ambition» du Plan protéines végétales

La Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux (Fop) réserve un accueil mitigé au Plan protéines végétales, y voyant un « déséquilibre notoire dans la répartition des soutiens entre le secteur animal et végétal ». « Le danger est grand de ne pas encourager les protéagineux dans les zones traditionnelles de grandes cultures », selon un communiqué le 17 décembre. Concernant la mise en valeur des MAEC (mesures agroenvironnementales et climatiques), la Fop « doute à la fois de leur applicabilité réelle (MAEC Grandes cultures) et de leur caractère novateur (MAEC Introduction d’une légumineuse dans les systèmes irrigués) ». Le président Gérard Tubéry, cité dans le communiqué, estime qu’« au-delà des cruelles lacunes de ce plan, d’autres dispositifs, comme la mise en oeuvre de mesures inadaptées restreignant les traitements sur féverole qui mettent à mal la pérennité de cette culture, démontrent bien que ce plan protéines végétales pour la France 2014/2020 manque d’une réelle ambition et relève plus de l’effet de communication que de l’action de fond ».

 

L’AGPM fustige l’objectif de réduction des surfaces fourrage

Réagissant à la présentation, le 16 décembre, du Plan protéines végétales pour la France, l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM) dénonce l’incitation à réduire les surfaces en maïs fourrage, un « non-sens économique et nutritionnel », d’après elle. « A quel titre la réduction des surfaces de maïs doit-elle être l’objectif d’une agriculture agroécologique ? », interroge un communiqué du 17 décembre. L’AGPM défend l’idée selon laquelle l’autonomie fourragère des exploitations par le maïs. « Cessons d’opposer les cultures et laissons les éleveurs de bovins gérer, en responsabilité, leurs systèmes d’exploitation. Ils connaissent toutes les qualités du maïs et apprécient la sécurité qu’il apporte à la durabilité de leurs élevages. »

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