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Une niche locale pour le tournesol oisellerie

Près de 80 producteurs dans les plaines de la Loire et la Haute-Loire cultivent 220 ha de tournesol oisellerie, en contrat avec Eurea ; une production de niche intéressante sur le plan agronomique et économique.

Du tournesol à destination de l’oisellerie, voilà un créneau que quelques producteurs du Brivadois et de la Plaine du Forez (42) ont su saisir. Ils sont près de 80 à s’être engagés pour un total de 220 ha en 2019 sur la Loire et la Haute-Loire, avec le Groupe Eurea.
Denis Charruel, technicien-commercial à Eurea nous explique comment cette production spécifique s’est mise en place, il y a maintenant 3 ans. «Nos enseignes “Gamm vert“, sur les 2 départements, vendaient déjà du tournesol oisellerie, mais ces graines étaient produites hors secteur et arrivaient déjà conditionnées. Par ailleurs, Eurea avait des clients producteurs de céréales et même de tournesol oléïque sur des secteurs de basse altitude, en dessous de 600 m». D’un côté, un marché local de 500 tonnes environ sur l’ensemble des 51 jardineries (43, 69, 42, 71, 15, 48), et de l’autre des agriculteurs intéressés par le tournesol dans leur rotation, voilà pourquoi le groupe  a proposé à ses clients de rejoindre cette filière de niche.
Un autre atout achevait de convaincre Eurea de se lancer : le groupe dispose d’une unité de conditionnement basée à Brive-Charensac-La Chartreuse utilisée pour la Lentille Verte du Puy. Il suffisait alors de quelques adaptations pour conditionner et stocker ces graines, en sachets de 12,5 kg ou 2 kg.


Un créneau de proximité
En 2019, sur la Loire et la Haute-Loire, 220 ha ont été ensemencés en tournesol oisellerie, sur les terres de 80 producteurs environ, ce qui fait une moyenne de 3 ha par exploitation. En début de campagne, les producteurs s’engagent par contrat auprès d’Eurea, qui définit la surface qu’elle souhaite en fonction des débouchés à travers ses enseignes Gamm vert. En effet, «Nous voulons rester dans ce créneau de proximité. Nous donnons la priorité au marché local mais restons ouverts au marché régional (GVSE) voire national à condition de conserver une bonne rémunération pour nos adhérents» souligne Denis Charruel.
Les rendements obtenus les années passées sont de l’ordre de 2,2 tonnes/ha de moyenne soit inférieurs à du tournesol oléïque (2,7 t/ha). Deux variétés peuvent être semées : ES Royal ou Serin, car la graine doit être striée de blanc pour intéresser les oiseaux. La production annuelle tourne autour de 500 tonnes, suivant les années, ce qui correspond à la quantité commercialisée par Gamm vert 42/43.
Le prix payé aux producteurs est de 430 €/tonne départ champ. Ce prix est stable depuis le début de ces contrats, à savoir la campagne 2015/2016. Selon Denis Charruel, «ce prix est supérieur de 50 € au marché national». La carte du local, souhait d’Eurea, s’avère donc payante pour les producteurs comme pour le groupe.
Si le rendement du tournesol oisellerie est un peu inférieur au tournesol oléïque, le prix est, lui, supérieur. Ainsi en produit brut, le tournesol oisellerie affiche une moyenne de 945 €/ha contre 896 €/ha pour son cousin destiné aux huileries.
Certes, cette production spécifique n’est pas extensive puisque directement liée au marché local. Mais elle représente néanmoins un créneau intéressant pour les agriculteurs qui ont saisi cette opportunité, comme Laurent Florentin.

Le tournesol oisellerie, «une carte de plus sur mon exploitation»

C’est un peu le hasard qui a conduit Laurent Florentin agriculteur à Cohade, à produire du tournesol oisellerie, sur les conseils du technicien de secteur d’Eurea, Franck Passemard.
Les deux premières années, il a semé 1 ha de tournesol au printemps pour pallier un colza mangé par les limaces, puis l’année suivante une prairie détruite suite à une occupation par un campement… Cette année, c’est sur une parcelle acquise récemment, et sur laquelle il a retourné une prairie.
Mais, le hasard a néanmoins bien fait les choses, puisqu’il a désormais choisi d’intégrer le tournesol oisellerie dans sa rotation. 
En Earl unipersonnelle, l’EARL des Pierrailles, Laurent Florentin exploite 114 ha, sur lesquels il cultive 37 ha de blé (dont 10 ha contractualisés en  blé meunerie), 25 ha de maïs ensilage irrigué, 14 ha de colza grain, 14 ha d’orge d’hiver, 6 ha de tournesol et 11 ha de prairie naturelle (foin pour la vente).
«Le tournesol va bien sur les petites terres, explique l’agriculteur, des terres superficielles, séchantes. C’est une culture moins exigeante en eau, en fertilisation et en main d’oeuvre que le maïs».
Dans son système d’exploitation, Laurent Florentin estime que ce tournesol a toute sa place. Cette culture présente en effet plusieurs intérêts selon lui. C’est une bonne tête de rotation, elle peut valoriser des terres moins riches et non irrigables en regard avec du maïs, elle ne nécessite pas forcément un labours après récolte en septembre-octobre, elle est moins gourmande que le maïs en fertilants (50% de moins environ)… «C’est une carte de plus sur mon exploitation», note Laurent Florentin. Et ce n’est pas anodin dans un contexte de changement climatique avec des problèmes récurrents de sécheresse sur ce secteur, mais aussi dans un souci agronomique et environnemental, et enfin sur un plan économique avec un prix stable et contractualisé face à la fluctuation des prix des céréales standard par exemple.
Cet agriculteur est en effet en plein questionnement sur la conduite de son exploitation : «à l’avenir, il faudrait peut-être alonger les rotations pour réduire l’impact phytosanitaire sur nos cultures, et être moins dépendants de ces produits phytos…»
En 2018, ses rendements étaient de 2,4 t/ha de moyenne, et le prix payé par Eurea de 450 €/tonne au champ. Le tournesol oisellerie en contrat avec Eurea est donc «une culture intéressante» pour Laurent Florentin ; une culture qui devrait se retrouver dans son assolement chaque année…

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