Auvergne Rhône-Alpes : la filière porcine, discrète mais essentielle pour l’agriculture
Souvent au cœur des débats, la filière porcine reste un élément essentiel de l’agriculture et de l’agroalimentaire français. Elle est aujourd’hui fragilisée par les difficultés d’installation et le durcissement des réglementations.
Souvent au cœur des débats, la filière porcine reste un élément essentiel de l’agriculture et de l’agroalimentaire français. Elle est aujourd’hui fragilisée par les difficultés d’installation et le durcissement des réglementations.
L’Auvergne Rhône-Alpes se classe 3e région française dans la production porcine.
Avec plus de 820 000 porcs charcutiers élevés chaque année, elle représente 4,2 % de la production nationale.
La filière régionale comprend 767 élevages professionnels, 24 abattoirs et 68 entreprises de transformation et de salaison.
La région occupe également la première place nationale en salaison sèche, avec 4 500 emplois et plus de 143 000 tonnes produites, soit 12 % de la production industrielle française.
Un ancrage territorial fort
La filière porcine est profondément ancrée dans le territoire : 88 % des porcs produits localement y sont abattus, et plus de la moitié des porcs abattus dans la région proviennent d’élevages régionaux, contribuant ainsi à faire vivre l’économie locale.
Au-delà de la production, la filière structure les territoires ruraux en diversifiant les métiers, en faisant appel à des entreprises locales pour les bâtiments, les équipements ou les machines, et en soutenant l’économie rurale.
Côté élevage, la production reste majoritairement diversifiée : seuls un quart des élevages sont spécialisés, tandis que près de 70 % combinent l’élevage porcin avec au moins un autre atelier agricole.
Une dynamique circulaire régionale
Chaque année, les porcs consomment environ 310 000 tonnes d’aliments produits en région. Près d’un tiers des éleveurs fabriquent eux-mêmes leurs aliments à la ferme, nourrissant 36 % des porcs. Cette organisation permet de réduire la dépendance aux marchés extérieurs et de limiter le transport pour près de 80 % des volumes d’aliments.
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Consommation et souveraineté alimentaire
En France, le porc est la deuxième viande la plus consommée, avec environ 30 kg par habitant et par an. Et après plusieurs années de baisse, la consommation nationale repart à la hausse (+ 2,4 % en 2025), portée par l’attrait du prix.
La filière a longtemps maintenu une production nationale équivalente à la consommation, mais cette autosuffisance s’effrite : depuis 2023, la France produit moins de 100 % de ses besoins. En région, le potentiel nourricier local couvre seulement 29 % des portions annuelles par habitant.
Des installations en difficulté
Aujourd’hui, les porteurs de projets se heurtent à de nombreux obstacles : oppositions locales liées aux nuisances olfactives, recours juridiques souvent fondés par méconnaissance des pratiques, délais administratifs entre 3 à 5 ans, et des coûts administratifs estimés entre 30 000 et 50 000 euros, avant tout investissement dans les bâtiments. Ainsi, les reprises d’exploitations existent, mais les nouvelles installations se font rares.
La directive IED : une inquiétude majeure
Autre point de tension : la directive européenne IED, initialement conçue pour l’industrie et étendue aux élevages porcins et avicoles. La version révisée (IED 2.0, votée en 2024), abaisse les seuils d’entrée de 2 000 à 1 100 porcs. Selon les estimations, 30 à 40 % des élevages seraient concernés, contre 8 % auparavant, et plus de 60 % de la production nationale serait impactée.
Ainsi, 42 à 91 % des élevages pourraient devenir non conformes, entraînant de lourds investissements (environ 100 000 €), une reconstruction des bâtiments, voire leur fermeture.
Ces nouvelles directives pourraient menacer l’emploi agricole, fragiliser les abattoirs et filières locales, affaiblir la souveraineté alimentaire régionale et nationale, et pourraient entraîner la disparition rapide d’élevages, notamment de petites tailles.
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Objectif 2035 : réduire l’empreinte environnementale
La filière s’est fixée des objectifs ambitieux : réduire de 25 % les émissions de gaz à effet de serre sur 20 ans, et de 25 % les émissions d’ammoniac pour les élevages.
La filière porcine est d’accord pour avancer, mais à son rythme, on ne peut pas tout détruire et tout reconstruire en un claquement de doigts. Il faut laisser aux acteurs le temps de le faire et surtout avec les moyens qu’ils ont à disposition » affirme Apolline Pissot, directrice Interp’Aura.
Une exploitation qui fait vivre la production porcine dans le Puy-de-Dôme
C’est à la limite entre le Puy-de-Dôme et l’Allier que l’on retrouve l’exploitation porcine de Baptiste (photo ci-contre) et Noël. Ces deux éleveurs, associés depuis 1 an au sein de l’EARL PORCIN.NET, travaillent dans une porcherie moderne et automatisée. Ensemble, ils suivent chaque étape de l’élevage : de la ration des porcelets, adaptée à chaque âge, à l’engraissement, en passant par la fabrication automatisée des aliments sur place.
Avec une partie des céréales produite sur l’exploitation et sur une autre structure de 150 hectares, environ 10 % de l’alimentation des porcs est issue de l’autoproduction.
En 2021, deux trackers photovoltaïques ont été installés pour réduire la facture énergétique. Ainsi, l’électricité produite permet de couvrir les besoins du site : ventilation, chauffage et surtout fonctionnement des machines.