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Une cigarette auvergnate pour sauver la Seita de Riom

Les salariés de la Seita de Riom épaulés par les producteurs de tabac du Puy-de-Dôme et les buralistes, projettent de produire une cigarette auvergnate.

La production de tabac d’Auvergne-Rhône-Alpes suffirait largement à couvrir les besoins d’une cigarette régionale.
La production de tabac d’Auvergne-Rhône-Alpes suffirait largement à couvrir les besoins d’une cigarette régionale.
© M. Comte

Depuis l’annonce de la fermeture de leur usine en novembre 2016, les salariés de la Seita de Riom du groupe Impérial Tabacco essaient, par tous les moyens, de sauver leur outil. Le 20 juin dernier, ils ont déposé, auprès de la direction du groupe, leur projet de Scop avec un business plan sur 5 ans. A l’intérieur, plusieurs propositions pour relancer l’activité de l’usine et notamment celle un peu “folle” de produire une cigarette auvergnate.

 

Production et transformation locales

On connaissait les « locavores » et bientôt on connaîtra peut-être les locafumeurs ! C’est bien ce qu’espèrent les salariés de la Seita de Riom. Si leur projet de Scop voit le jour, ils fabriqueront une cigarette 100% régionale. Produite et transformée dans la grande région Auvergne-Rhône-Alpes, elle aurait le don de contenir plus de tabac que d’additifs. « Une cigarette sera toujours nocive mais on peut en diminuer la toxicité et surtout établir une meilleure traçabilité. Aujourd’hui, on sait très peu de choses sur les tabacs utilisés par les grands groupes (pesticides, métaux lourds). Si notre projet voit le jour, les tabacs de nos produits seront français et régionaux » explique Stéphane Allègre, représentant syndical. Cette idée les salariés ne l’ont pas eu seuls. Ils se sont rapprochés des tabaculteurs du Puy-de-Dôme ainsi que des buralistes dès le début de l’affaire. « Ils ont proposé spontanément de rassembler l’ensemble des acteurs de la filière pour parler de son avenir. Il était inconcevable de ne pas répondre positivement à cette démarche. On est à 200% avec eux» affirme Jean-Louis Duron, président du Syndicat des producteurs de tabac du Puy-de-Dôme.

Après plusieurs rencontres et soirées à débattre, c’est ensemble qu’ils développent jusqu’à la rendre concrète l’idée de la cigarette auvergnate.

Possible et réalisable

Une idée loin d’être vide de sens. En France, plus de 40 000 tonnes de tabacs sont fumées chaque année et seul un quart est produit dans le pays. Le marché existe donc bel et bien, tout comme la production et les outils.

Jean-Louis Duron l’assure, le tabac cultivé dans la grande région Auvergne-Rhône-Alpes suffirait à la fabrication d’une cigarette régionale. « Le Burley et le Virginie sont les deux variétés présentes en Auvergne avec une dominante pour la première. Pour répondre aux besoins de la fabrication d’une cigarette régionale, il nous suffirait de réorienter notre production, trouver quelques producteurs supplémentaires et surtout nous rapprocher des tabaculteurs de l’Isère qui cultivent essentiellement du Virginie. »

Côté fabrication, Stéphane Allègre est également confiant.

L’usine de Riom est équipée de plusieurs machines dont certaines sont uniques en France. «Nous sommes les seuls à pouvoir faire du tabac tubé. » Si le tonnage, le mélange et plusieurs étapes de la fabrication restent à définir, le projet est réalisable et a de grandes chances de conquérir les consommateurs selon les buralistes. Cependant, il ne verra le jour qu’uniquement si Impérial Tabacco accepte de sous-traiter une partie de sa production à la Scop.

Plusieurs conditions

La reprise de l’outil par les salariés permettrait de sauver 180 emplois (sur 239) mais le projet de Scop et de cigarette auvergnate n’est réalisable qu’à deux conditions : « Impérial Tabacco doit nous vendre l’usine et les machines pour 1€ symbolique et nous sous-traiter la fabrication de 2 milliards de cigarettes. »

Le groupe semble enclin à accepter la première partie du projet mais bien moins la deuxième. La sous-traitance d’une partie de la fabrication n’est pas dans leurs objectifs d’après Stéphane Allègre. «La sous-traitance nous permettrait de poursuivre notre activité et surtout de renflouer les caisses de la Scop pour rendre notre outil autonome. Sans cela nous ne pourrons conserver qu’une trentaine d’emplois. » Surtout qu’une fois la Scop lancée, les salariés ne s’arrêteraient pas à la cigarette régionale. Conscients de la baisse de consommation de tabac à fumer, ils s’orienteraient vers d’autres dé- bouchés…

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