Une agriculture déstabilisée par des « polycrises et des permacrises » mondiales
La session estivale de la Chambre d'agriculture a pris de la hauteur en abordant le contexte international sous tension et ses conséquences sur l'agriculture française. Une intervention de Magali Catteau des Chambres d'agriculture France.
La session estivale de la Chambre d'agriculture a pris de la hauteur en abordant le contexte international sous tension et ses conséquences sur l'agriculture française. Une intervention de Magali Catteau des Chambres d'agriculture France.
Un monde marqué par l’incertitude et les polycrises
Ces dernières années, les crises se sont succédées à l'échelle internationale. Nous sommes entrés dans un nouveau monde, celui de « l’incertitude », « des polycrises et des permacrises », lance Magali Catteau du service études économiques et prospectives à la Chambre d’agriculture France, invitée ce 3 juillet à décrire le contexte international devant les élus de la Chambre d’agriculture.
La crise du Covid-19, les guerres (en Ukraine et en Iran) ravivent la conscience d’une dépendance de l’UE pour certains approvisionnements, et en particulier l’énergie (pétrole, gaz), les engrais et les métaux rares. Chaque crise génère un choc pour notre agriculture. La dernière en date, la guerre en Iran, qui a provoqué la fermeture du détroit d’Ormuz, a littéralement provoqué l’explosion des charges des agriculteurs (+55,8% pour les prix de l’énergie, +18% pour le prix des engrais et amendements – évolution d’avril 2025 à avril 2026).
L’ajout de taxes à l’importation d’engrais russes et biélorusses et la mise en place du Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières contribuent à aggraver la situation. Cette crise a mis en évidence la dépendance de l’UE aux engrais importés. Ajoutons que le GNR a littéralement flambé et reste aujourd’hui encore à un niveau très élevé (1,435 euros le litre).
Danger des cumuls des contingents accordés
Dans ce contexte international sous tension, les États, et en particulier l’UE, sont encouragés à conclure des accords de libre-échange (628 contrats régionaux existent dans le monde), notamment dans le but de diversifier leur approvisionnement en matières premières.
Dans le cas de l’Europe, Magali Catteau a attiré l’attention sur le danger des cumuls des contingents accordés dans le cadre de ces accords. Ainsi, pour la viande bovine, ce sont environ 240 000 tonnes qui peuvent être importées à taux bas ou nul : un afflux qui arrive en pleine période de décapitalisation de notre cheptel.
Quant à l’avenir de l’UE, il rime toujours avec élargissement à d’autres pays, dont l’Ukraine, le plus grand pays agricole du continent, que l’UE ne voudrait pas perdre au profit de la Russie.
La production agricole et le commerce extérieur de l’UE ont entamé un net ralentissement, et notre dépendance aux importations s’accroît. En 25 ans, les importations agroalimentaires françaises ont plus que doublé, et notre taux d’autosuffisance s’est fortement dégradé. Les accords de libre-échange n’arrangeront rien à cette situation.
L’agriculture comme arme stratégique
Quelles sont les perspectives pour le revenu agricole ? Les agriculteurs évoluent dans un contexte de plus en plus incertain pour la production agricole, les prix et les coûts, pour la consommation alimentaire.
« Si les réformes de la PAC sont sources de fortes variations sur les prix, les aides PAC demeurent essentielles pour compléter le revenu des exploitations. Alors que le monde se trouve en profonde mutation avec des guerres de tous types qui se déclenchent (commerciale, monétaire, des matières premières...), avec des effets en cascade, l’agriculture devient une arme stratégique », conclut l’intervenante.