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Un stabilisateur qui déstabilise la filière bio

Étienne Gangneron, président de la commission Agriculture biologique de la FNSEA.

© Actuagri

Les agriculteurs bio dont la conversion est achevée attendaient le versement du solde de l'aide au maintien pour 2014. Or, ce n'est qu'un solde réduit de moitié qui sera finalement versé, suite à l'annonce par le ministre de l'Agriculture de l'application d'un stabilisateur. Comment réagissez-vous ?
Etienne Gangneron : Nous sommes en colère. Nous travaillons avec le ministère au doublement des surfaces en bio depuis deux ans dans le cadre du plan Ambition Bio 2017, on nous parle d'agro-écologie... mais on nous annonce un stabilisateur d'un niveau jamais atteint sans aucune aide du 1er pilier, et ceci sans en informer la profession au préalable. Annoncer en mars 2015 une coupe de 25 % des aides 2014, c'est inadmissible ! Nous avons besoin d'anticiper pour gérer la trésorerie de nos exploitations.

Pourquoi cette coupe franche dans les aides ?
EG : Les soutiens à l'agriculture biologique dépendent pour cette année encore du 1er pilier de la PAC, avec un montant total alloué de 103 millions d'euros (conversion et maintien). Sur ce type d'aides, le ministère prévoit la possibilité d'appliquer un stabilisateur réduisant l'aide individuelle si le nombre d'hectares pouvant en bénéficier génère un dépassement de l'enveloppe, ce qui ne s'était encore jamais produit. Mais pour 2014, la totalité des demandes a atteint 114 millions d'euros... Et oui, quelle surprise, les surfaces en première année de conversion en 2009 - en l'occurrence près de 103 000 ha - génèrent au terme de leur conversion de cinq ans des demandes d'aides au maintien (en moyenne 111 euros/ha) se montant au total à 11 millions d'euros. Pour maintenir les aides à la conversion, le ministère a fait porter la totalité de la réduction sur les aides au maintien. Le dépassement était prévisible et nous avions alerté à plusieurs reprises le gouvernement sur les risques d'insuffisance budgétaire en fin de période par rapport aux besoins. Nous dénonçons ici une erreur manifeste d'appréciation.

Comment se positionne la FNSEA ?
EG : Aujourd'hui, l'agriculture biologique se développe (3e pays européen avec 1,1 million d'hectares), et nous nous en réjouissons. Mais c'est une question de confiance. Pour que les agriculteurs choisissent de s'engager dans le processus risqué de la conversion puis de pérenniser leurs exploitations en mode de production biologique, on ne peut pas changer les règles du jeu sans arrêt. 25 %, c'est loin d'être un ajustement, c'est une véritable coupe budgétaire, le signal donné est très négatif. Nous explorons actuellement toutes les voies de recours possibles sur le stabilisateur ou au travers de solutions alternatives. Si l'ambition reste de doubler les surfaces en agriculture biologique, encore faut-il s'en donner les moyens. Nous demandons au ministre de mettre en cohérence les paroles et les actes.

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