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Un groupe coopératif au service de la forêt locale

La section limousine d'Alliance Forêt Bois a organisé son assemblée générale à Ambrugeat (Corrèze), le mercredi 7 juin dernier. Elle a donné l'occasion de faire le point sur l'état de la forêt en Limousin, avec le directeur, Christophe Cestona.

© VL

La forêt recouvre 45 % du territoire corrézien et 75 % de cette dernière est privée et nombreux sont les agriculteurs propriétaires de surfaces boisées. Cependant, ces surfaces sont souvent sous-exploitées, les massifs morcelés et émiettés. C'est pourquoi l'assemblée générale d'Alliance Forêt Bois est l'occasion de faire le bilan de l'année 2022 sur les activités de la coopérative en Limousin. En premier lieu, le point est fait sur les conditions climatiques et leur impact sur les milieux forestiers. En seconde instance, il s'agit de s'interroger sur la conduite de peuplements à envisager à la suite des constats et scénarios prévus pour les décennies à venir.

Le changement climatique est-il inquiétant ?
Si les courbes et les graphiques ne permettent plus de douter des moyennes de températures qui sont à la hausse depuis quelques années, l'état de la végétation en général, et forestière en particulier est un révélateur saisissant. Depuis 1900, les températures ne font qu'évoluer, et de plus en plus fortement depuis la dernière décennie du siècle dernier. Les scénarios attendus du GIEC d'ici 2040 annoncent une moyenne de presque 2 °C supérieure à aujourd'hui, alors qu'à l'horizon 2100, le scénario généralement admis arrive à une hausse moyenne de 4 °C, et jusqu'à 5 °C en été.
Outre la chaleur qui augmente chaque année, la sécheresse devient plus longue et plus intense avec des étés allant de modérément secs à extrêmement secs comme ce fut le cas en 2022. L'humidité du sol se situe largement en dessous de la moyenne constatée entre 1961 et 1990, et les scénarios sont alarmants à l'échéance 2100 avec des moyennes battant ce qui étaient des records enregistrés jusque-là.
Le cumul des précipitations annuelles quant à lui ne devrait pas varier d'ici 2100. Mais nous parlons bien d'un « cumul annuel ». Car les pluies seront plus importantes en hiver et plus faibles en été, tout en étant plus intenses lors des épisodes de précipitations.
Les statistiques sont claires, les aléas climatiques extrêmes sont plus fréquents et plus intenses, et ont nettement augmenté ces deux dernières décennies avec un total de 6 304 catastrophes naturelles. Celles-ci comprennent les inondations, les tempêtes, les sécheresses, les températures extrêmes et bien sûr les feux qui nous ont marqués la saison dernière dans le sud de la France, le sud-ouest en particulier. D'ici 2030, donc à brève échéance, c'est une hausse de 40 % des catastrophes naturelles qui est prévue...

Quelle influence sur la forêt ?
Les influences sont déjà visibles sur les peuplements. Un arbre en stress hydrique perd ses moyens de protection et peine à lutter contre les agresseurs. Les ravageurs comme le scolyte et les pathogènes comme les maladies fongiques s'installent plus facilement et plus durablement sur les peuplements affectés par le manque d'eau. Outre la sécheresse qui vient à bout des arbres les plus résistants, le risque incendie n'a jamais été aussi fort, s'étendant bien au-delà des régions du sud généralement connues pour les feux de forêt. Les tempêtes sont également plus fréquentes et plus fortes avec des dégâts qui ne sont pas tous équivalents à la tempête de 1999, mais qui restent considérables au regard des parcelles touchées. La grêle est aussi un risque qui provoque des dégâts marquants.
Le changement climatique est donc un facteur défavorable quant à la baisse de productivité. Moins d'arbres signifie également la baisse de carbone stocké. Moins il y a de carbone stocké, et plus il y a de gaz à effet de serre rejeté dans l'atmosphère. Ca tourne en boucle, il faut agir.

Quelles essences touchées ?
Des cartes de compatibilité climatiques sont établies pour montrer la possibilité pour une essence de produire du bois. Le pin maritime est particulièrement favorisé, puisque s'il avait du mal dans les zones les plus humides et froides, comme le Massif central ou le massif alpin, il sera tout à son aise dans ces mêmes contrées dès 2070. Il s'agit d'une essence à retenir pour le futur.
Ce n'est pas le même scénario qui se dessine pour le douglas, qui lui, nécessite plus d'humidité, et pour lui, c'est la quasi-totalité du territoire français qui ne l'accueillera plus favorablement. Restera le Massif central, la pointe bretonne et la Normandie. La Corrèze quant à elle, restera une terre d'accueil favorable, tout comme le sud de la Creuse, parce que situées en altitude sur le plateau de Millevaches. Le sapin pectiné suit le destin du douglas avec les mêmes destinations à l'horizon 2070, tout comme le chêne pédonculé.
C'est donc la quasi-totalité du territoire français qui verra dans les 50 prochaines années, une modification drastique de ses peuplements. Mais d'autres essences sont candidates comme les chênes liège, pubescents, et vert. Le chêne rouge quant à lui sera réservé pour les stations en altitude ou au nord du pays. Ainsi, la Corrèze ne s'en sort pas trop mal, surtout sur les hauteurs du plateau de Millevaches, sauf dans le bassin de Brive où une dynamique de changement d'essence doit être entreprise.

La forêt doit se réinventer
Il convient de trouver des essences de production adaptées à la production de demain. Le projet « Adapt Avenir » teste sur 12 parcelles installées, 11 essences qui seraient adaptées au changement climatique. Les cèdres de l'atlas et du Liban, le calocèdre, cryptomère du Japon, le pin de Brutie, le pin de Salzmann, le chêne pubescent, le pin maritime, le séquoia sempervirens, ou encore le thuya géant, en sont quelques exemples.
De plus, il s'agit d'augmenter la résilience des peuplements de production tout en améliorant la biodiversité. Les mélanges d'essences devront être réalisés, mais également l'insertion d'essences de diversification avec l'installation de lisières en bordure de plantations, ou encore l'implantation de linéaires ou d'îlots de diversification. Mais c'est également sur les conduites techniques qu'il faut envisager des modifications, comme la considération des profondeurs de plantation, d'hydrorétenteurs, ou la composition de substrat. La conduite de peuplements peut aussi donner lieu à un travail sur les intensités des éclaircies pour réduire la masse foliaire par exemple.
Cette assemblée générale démontre la préoccupation principale des forestiers, qui est de changer les méthodes de production pour que la forêt s'adapte au changement qui a commencé. Le cycle de la forêt est beaucoup plus long que celui du changement climatique et la forêt ne peut s'adapter toute seule. C'est pourquoi les propriétaires forestiers et les coopératives doivent travailler ensemble pour trouver les peuplements qu'il convient de planter dès aujourd'hui, pour pouvoir mettre en place une nouvelle gestion forestière adaptée.

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