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Manifestation
Un élevage éphémère à Paris pour qu’il soit durable en France

10 000 agriculteurs et 600 animaux ont marché sur Paris dimanche dernier, pour dire combien la France est riche de son élevage, mais que ce trésor est actuellement menacé.

Les jeunes agriculteurs du Puy-de-Dôme n’ont pas hésité à se mobiliser le 23 juin à Paris aux côtés de leurs collègues de l’UDSEA 63.
Les jeunes agriculteurs du Puy-de-Dôme n’ont pas hésité à se mobiliser le 23 juin à Paris aux côtés de leurs collègues de l’UDSEA 63.
© Lise Monteillet

La circulation était compliquée dimanche dernier, au cœur de la capitale. Et pour cause, tracteurs, animaux et éleveurs ont défilé entre Montparnasse et les Invalides. A l’appel du réseau FNSEA et JA, quelques 10 000 agriculteurs ont répondu présents pour une journée placée sous le signe de «l’élevage, cause nationale». Parmi eux, une importante délégation venue des départements du Massif central, particulièrement touchés par les problèmes rencontrés actuellement par le secteur de l’élevage. Une quinzaine de cars sont arrivés en provenance de l’Auvergne et du Limousin.

Dès 10 heures, chaque délégation a pris place dans le cortège, aux côtés des animaux, dont des bovins venus du Cantal, de la Creuse et de l’Allier. Direction l’esplanade des Invalides. Au gré du défilé, on a vu fleurir des slogans : «Pas de paysage sans élevage», «le redressement productif passe par l’élevage», «pas d’éleveurs sans revenu», «un élevage qui ferme = 7 emplois en moins»… comme autant de messages pour démontrer que les éleveurs ont besoin de prix plus rémunérateurs et d’une Politique agricole commune plus équitable.

 

Engager le dialogue

Aux journalistes, qui ont été nom-breux à suivre cette journée, Xavier Beulin, président de la FNSEA a expliqué : «l’agriculture est aujourd’hui menacée. L’équilibre entre tous ces territoires et ces systèmes de production n’est plus assuré». En cause, une répartition déséquilibrée des marges. «Sur 100 euros de dépenses alimentaires, seuls 7,60 euros reviennent aux agriculteurs, le reste allant aux intermédiaires de la chaîne alimentaire». Ce type de message, les agriculteurs n’ont pas manqué de le relayer aux parisiens, plutôt attentifs à leurs revendications.

Autour de stands régionaux, érigés sur l’esplanade des Invalides, en fin de matinée, l’heure était à la dégustation et à la discussion.

Démontrer au public que l’élevage est une chance pour l’économie et la gastronomie française, voilà l’objectif. Largement rempli, selon les témoignages des participants. «On a ressenti un soutien. Beaucoup de gens se sont dits heureux de discuter avec nous. J’ai le sentiment qu’ils nous comprennent mieux», témoigne Pierre, un éleveur du Cantal. Entre deux tranches de saucissons, un morceau de viande grillé, de bleu d’Auvergne et un canon de Côte d’Auvergne St-Verny, les échanges se sont multipliés. Littéralement pris d’assaut par un public de parisiens, à priori en quête d’authenticité, les stands régionaux n’ont pas désempli jusqu’à plus de six heures du soir. Après avoir fait déguster 230 kg de viande limousine, 150 kilos de charcuterie et autant de fromages, le petit coin de Massif central à Paris, s’est éclipsé, avec l’impression d’avoir tissé quelque chose de fort avec le public. Reste désormais à convaincre les pouvoirs publics de soutenir les producteurs dans leur bataille en faveur d’un meilleur équilibre des relations commerciales, mais aussi en défendant une Politique agricole commune solide. Une rencontre est prévue entre Xavier Beulin et le Président de la République, début juillet.

 

Ils ont dit

Qu’est-ce qui vous a motivé à participer à la manifestation ?

Jean-Jacques Mordier, producteur de céréales à Surat aux côtés de Patrick Ganne, éleveur laitier

Ma motivation, c’est la solidarité paysanne.

Dans mon entourage, mes amis sont indifféremment éleveurs ou céréaliers. Il est naturel pour moi de soutenir les uns comme les autres. Le métier d’éleveur est un métier difficile qui nécessite des investissements lourds pour une astreinte quotidienne. Il est inconcevable que tout ce secteur agricole ne puisse pas vivre de son métier.

Il est vrai que l’intérêt des céréaliers et des éleveurs sur le prix des céréales est à l’opposé. Il faudrait trouver un équilibre mais quand le prix du blé se décide sur les marchés mondiaux, c’est impossible. Et voir les politiques ponctionner les budgets alloués à un secteur pour l’attribuer à un autre contribue à alimenter les tensions entre les producteurs.

Pourtant l’essentiel reste que chaque agriculteur tire un revenu décent de son activité. C’est ce que je suis venu défendre à Paris.

 

Fabien Rougier, producteur de lait à Vitrac, derrière Damien Valleix, président de JA 63

Beaucoup d’inquiétudes se font ressentir quant à l’avenir de nos productions, et plus particulièrement au niveau de nos prix. Ils ne sont pas rémunérateurs !

Bien entendu, les annonces concernant le prix du lait pour le second semestre 2013 sont plutôt réconfortantes mais qu’en sera-t-il pour 2014 ? Nous avons besoin de plus de sécurité, de lisibilité.

Notre métier subit de plus en plus de contraintes, comme la nouvelle directives nitrates qui propose de faire passer le stockage des effluents de 6 à 4 mois ! Mais où va-t-on ?

Pour toutes ces raisons, il était important d’être présent dimanche à Paris. C’est à nous de défendre notre métier et nous l’avons fait nombreux ! Espérons que cela porte ses fruits.

 

Paul Bony, producteur de moutons à Olby aux côtés de Christian Orcière

De cette journée, je retiendrai la capacité des éleveurs à se mobiliser collectivement pour défendre leur métier et le succès des échanges avec le public parisien.

Toutes les régions et toutes les productions étaient représentées. Les revendications exprimées le matin étaient nombreuses mais des solutions sont possibles. Des propositions pour l’avenir de l’élevage ont d’ailleurs été formulées.

L’après-midi, les stands régionaux ont été pris d’assaut par les Parisiens et les touristes. Ce fut l’occasion de discuter des réalités de nos métiers.

Une telle opération montre la force de notre réseau syndical. Les Parisiens nous ont entendus, reste à s’assurer que l’Etat en tiendra compte.

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