« Trop, c’est trop », la FDSEA sort le préfet du lit
Réunis en conseil fédéral mardi soir, les représentants de la FDSEA de la Creuse ont longuement fait le point sur la situation des exploitations. Face à l’accumulation des difficultés, la réunion s’est prolongée jusque devant les grilles de la préfecture, où le préfet et son directeur de cabinet sont venus échanger avec les responsables syndicaux. Pour la FDSEA, l’urgence est désormais absolue : les agriculteurs ne peuvent plus attendre.
Réunis en conseil fédéral mardi soir, les représentants de la FDSEA de la Creuse ont longuement fait le point sur la situation des exploitations. Face à l’accumulation des difficultés, la réunion s’est prolongée jusque devant les grilles de la préfecture, où le préfet et son directeur de cabinet sont venus échanger avec les responsables syndicaux. Pour la FDSEA, l’urgence est désormais absolue : les agriculteurs ne peuvent plus attendre.
La colère était palpable mardi soir lors du conseil fédéral de la FDSEA de la Creuse. Au fil des interventions, un même constat pour toutes les filières, la situation économique et climatique devient extrêmement préoccupante. Cours trop bas, charges qui explosent, manque de fourrage, problèmes d’approvisionnement en eau, aides qui tardent à arriver… Les représentants des cantons, sections et commissions ont dressé le tableau d’une agriculture creusoise « à bout de souffle ».
« La crise est d’une ampleur phénoménale, du jamais-vu », résume la FDSEA. Alors que certains exploitants espéraient que l’arrière-saison permettrait de retrouver un peu d’oxygène, la réalité est tout autre. Les trésoreries sont à sec et les charges continuent de tomber.
Séverine Bry a exprimé avec force le désarroi des agriculteurs : « Il n’y a plus de trésorerie, il n’y a pas de fourrage. On est en train de crever à petit feu. On croule sous les charges et on nous balance des cacahuètes avec 0,15 € pour le GNR, qui va bientôt arriver à 2 €. C’est impensable. On nous abandonne, mais on ne partira pas seuls et en silence dans les campagnes. »
Des annonces, mais toujours pas d’argent
Pour les représentants de la FDSEA, le décalage entre les annonces et la réalité vécue dans les exploitations devient insupportable. Les élus présents l’ont rappelé : les mesures annoncées ne se traduisent toujours pas, pour de nombreux agriculteurs, par un euro supplémentaire sur leur compte bancaire.
Le dossier du GNR cristallise notamment les tensions. Pour Emmanuelle Poirier, c’est clair, « les 15 centimes ne suffisent plus avec les prix actuels, il faut doubler au minimum cette aide ». De quoi nourrir encore un peu plus la colère : les responsables syndicaux rappellent que les aides pourtant demandées ne sont toujours pas arrivées sur les comptes des agriculteurs !
Même constat sur les aides aux engrais : les nouvelles modalités annoncées par la Ministre ne sont toujours pas mises en œuvre à ce jour.
« Des dossiers, toujours des dossiers et toujours pas d’argent sur nos comptes ! », résume Christian Arvis, président de la FDSEA.
À cette situation financière s’ajoute une crise fourragère particulièrement aiguë. Certains élevages doivent désormais consommer sept à dix bottes par jour pour nourrir leurs animaux. L’aide annoncée qui représenterait en moyenne 500 € par exploitation apparaît dérisoire au regard des besoins : « Ça ne paie même pas une journée de fourrage », dénoncent les agriculteurs.
La FDSEA demande donc des mesures immédiates pour sécuriser l’alimentation du cheptel et a demandé que les stocks d’alimentation animale puissent être réquisitionnés et prioritairement réservés à l’élevage, plutôt que d’être utilisés dans les méthaniseurs. « Plus les jours passent, plus les stocks diminuent. L’arrêté arrive quand ? », interroge le syndicat.
L’eau, nouvelle source d’inquiétude
La question de l’eau est également devenue centrale. Certains agriculteurs ont vu des affiches de leur mairie leur demandant de ne plus utiliser l’eau du réseau. Une situation jugée « inacceptable » par les représentants agricoles, alors même que les besoins des exploitations et des animaux sont quotidiens.
Pour la FDSEA, il ne s’agit plus seulement de gérer une crise ponctuelle : il faut préparer l’avenir. Le stockage de l’eau est présenté comme indispensable, pour l’agriculture mais également pour les pompiers et, plus largement, pour la sécurité de l’approvisionnement des populations.
Face à l’accumulation des difficultés, une question revient désormais dans les exploitations : quelles solutions d’urgence et quels moyens pour l’avenir ? Certains représentants vont jusqu’à s’interroger sur la nécessité d’un accompagnement spécifique pour les exploitants qui ne pourront pas poursuivre leur activité. « Est-ce un plan social déguisé ? Auquel cas, il faut nous accompagner pour sortir », résume la FDSEA.
« Aucun agriculteur ne doit rester sur le bord de la route »
La réunion ne s’est finalement pas achevée dans la salle. Dans la nuit de mardi à mercredi, les responsables de la FDSEA et les agriculteurs présents se sont rendus devant les grilles de la préfecture. Le préfet et son directeur de cabinet sont venus à leur rencontre afin d’entendre directement les revendications et d’apporter des réponses.
La perspective d’une nouvelle réunion consacrée aux critères d’attribution d’une enveloppe de 1,5 million d’euros n’a pas suffi à calmer les esprits.
« Désolés de vous réveiller mais nous, on ne dort plus ! »
Pour Christian Arvis, président de la FDSEA de la Creuse, le temps des réunions sans traduction concrète dans les exploitations est révolu : « On l’a dit : on ne choisira pas tel ou tel agri. Aucun agriculteur ne doit rester sur le bord de la route. Ce n’est pas à nous de choisir à qui donner des clopinettes ! »
Et de résumer l’état d’esprit du conseil fédéral : « Trop, c’est trop. La coupe est pleine, la colère monte. Il va falloir trouver des solutions. »
Un premier échange avec le préfet a notamment permis d’obtenir une réponse concernant le dégrèvement de la TFNB. Mais pour les responsables syndicaux, cela ne suffit plus.
La FDSEA demande désormais que les annonces se transforment rapidement en mesures concrètes et surtout en trésorerie disponible dans les exploitations. Car derrière les chiffres, les dossiers et les dispositifs, ce sont des femmes et des hommes qui tentent encore de maintenir leurs élevages et leurs entreprises à flot.
« Il va y avoir des drames humains. C’est dur dans les campagnes, on ne tient plus qu’à un fil », alertent les représentants.
Pour la FDSEA, le message adressé cette nuit devant la préfecture est donc clair : il faut passer à la vitesse supérieure. Les agricultrices et les agriculteurs en difficulté ne peuvent plus attendre une semaine de plus !