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Santé animale
Traitements antiparasitaires : en finir avec le “copié-collé” des protocoles

Ne plus vermifuger par réflexe, mais agir de manière réfléchie : c’est la recommandation présentée par un vétérinaire pour limiter les résistances et contenir les coûts.

vaches en estives
Même si chaque situation est unique, les traitements collectifs s’imposent et pas seulement sur des estives collectives.

Des pratiques très différentes selon les élevages

À l’invitation du comité petite région des GVA du nord Cantal, le vétérinaire Christophe Roy a rappelé : “En matière d’antiparasitisme, avant on traitait tout sans trop réfléchir, en allant au moins cher. Désormais, il faut raisonner.”

Jeudi 6 novembre, dans la salle polyvalente de Moussages, un sondage a montré que les pratiques varient fortement selon les élevages. Certains appliquent le même protocole chaque année, d’autres donnent le même traitement à tous les animaux, d’autres encore agissent “au coup d’œil”.

Une résistance accrue aux antiparasitaires

Si les parasites internes restent les mêmes, leur résistance progresse. Une étude de 2023 réalisée par la Coptasa sur dix élevages a révélé que, 17 jours après traitement, certains troupeaux avaient encore des niveaux d’infestation élevés, ou même une augmentation des parasites. L’objectif d’une réduction de 95 % n’a quasiment jamais été atteint.

Les deux produits testés — la pastille Répidose et l’injectable auriculaire Cydectine — ont montré une efficacité inférieure à 70 % dans la plupart des cas. Le vétérinaire pointe du doigt “l’effondrement probable de l’efficacité de la moxidectine et la perte d’efficacité de la doramectine”.

À cela s’ajoutent des contraintes économiques et réglementaires : certains antiparasitaires sont interdits, d’autres imposent des délais d’attente allant de 15 à 180 jours pour la viande. 

Pour les bovins laitiers, c’est un vrai casse-tête.” Christophe Roy, vétérinaire. 

Et paradoxalement, les traitements “simples” (pour-on) sont parmi les plus coûteux, alors que les traitements oraux sont moins chers.

“Ni tout traiter, ni ne rien faire” : une gestion raisonnée

Face à ces défis, Christophe Roy milite pour une approche mesurée : “Ne pas vermifuger ? Non. Vermifuger tout le monde sans réfléchir ? Non plus.” Il insiste sur une démarche raisonnée, adaptée à chaque élevage : sol, altitude, race, conduite de pâture, situation financière, etc. L’idée : “Chaque situation est unique”.

Lire aussi : Coptasa : la sécurité sanitaire comme priorité

Cette stratégie implique des analyses régulières (par exemple des bouses), des observations de terrain, et des échanges constants entre éleveurs et vétérinaires. Le but : éviter l’utilisation massive de molécules récentes pour limiter l’apparition de résistances.

Le collectif aussi est important. Dans des zones comme le Limon ou la Coptasa, la coordination des traitements entre voisins limite les risques. Résultat : selon des études, une gestion raisonnée du parasitisme peut réduire de plus de 50 % les dépenses en antiparasitaires, sans détériorer la santé des animaux. Parmi les bénéfices : disparition des saisies de foie, meilleure immunité, stabilité du gain moyen quotidien (GMQ).

Mais cela réclame de la rigueur : suivi des lots, bilans parasitaires, analyses, dialogues réguliers avec le vétérinaire. “Plus on réfléchit, moins on dépense”, résume Christophe Roy. “Les résistances sont là, les contraintes aussi, mais les solutions existent. Il faut observer, mesurer et dialoguer avec son vétérinaire.”


Les vers responsables

ver

Quatre parasitoses majeures concernent les bovins au pâturage : strongyloses gastro-intestinales, grande douve, bronchite vermineuse, paramphistomose. En fin de séance, un quiz a même été proposé aux éleveurs via smartphone, avec des analyses à gagner.

 

 


Pratiques de bon sens : 
Parmi les conseils simples de Christophe Roy :
  • éviter les points d’abreuvement dans les ruisseaux,
  • éloigner les animaux des zones humides,
  • pratiquer une rotation des pâtures sur trois semaines,
  • retarder le retour dans une parcelle déjà pâturée.
    Des gestes agronomiques basiques mais très efficaces pour casser le cycle parasitaire.

EleVE : une approche collective éleveur-vétérinaire-environnement

portrait d'un homme qui explique
Christophe Roy, vétérinaire dans le Cantal. 

L’initiative EleVE (Éleveur, Vétérinaire, Environnement) est portée par la LPO Auvergne-Rhône-Alpes et le Groupement Technique Vétérinaire d’Auvergne, en partenariat avec le Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne

Son objectif : une gestion raisonnée du parasitisme qui protège à la fois la santé animale et l’environnement. Elle s’appuie sur :

  1. des analyses ciblées (sang, bouse, parcelles) ;
  2. des recommandations personnalisées (traitements + conseils agronomiques) ;
  3. des traitements ciblés pour limiter l’impact des molécules sur le sol, les bouses, l’eau. Parc des Volcans

Selon le bilan du projet, des vétérinaires volontaires accompagnent des éleveurs dans des zones à forts enjeux environnementaux, dont dans le Cantal

Un projet “EleVE2” est également en cours, avec un focus sur la réduction des molécules antiparasitaires dans l’environnement pour restaurer la biodiversité (coléoptères coprophages, invertébrés, oiseaux, etc.).

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