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Tiques : des parasites tout sauf anecdotiques

Les tiques prolifèrent ce printemps, s’accrochant tant au mollet des randonneurs qu’aux coussinets de votre animal de compagnie qu’aux animaux d’élevage. 

Les principales maladies dangereuses pour les élevages bovins sont l’ehrlichiose, la piroplasmose ou l’anaplasmose.
Les principales maladies dangereuses pour les élevages bovins sont l’ehrlichiose, la piroplasmose ou l’anaplasmose.
© Réussir

Pourquoi tant de tiques en ce moment ?

F. P. : “Les facteurs influençant sa prolifération sont l’humidité et la température de l’environnement. Ixodes ricinus aime particulièrement l’humidité puisque ses conditions optimales de développement sont de 70 % d’hygrométrie pour une température de 20°C. En climat continental doux, comme en France, on observe en général deux pics d’activité, l’un au printemps, et l’autre en automne.” L’hiver dernier a été doux et pluvieux, puis le printemps est arrivé précocement, avec plusieurs semaines de beau temps, et une nature exubérante, liée au faible mouvement des Hommes pendant le confinement… Ce sont des conditions idéales de multiplication des tiques, qui sont actives à partir de 7°C. La période de pluie des dernières semaines est très favorable aussi à une activité maximale… alors que la sécheresse les ferait se cacher ou s’enfouir sous les feuilles (à l‘ombre). Attention aux parcelles situées à flanc de montagne ou sur les versants nord, qui restent humides plus longtemps le matin… Les tiques s’y trouveront plus facilement, car les conditions de vie seront meilleures pour elles.

Les tiques restent-elles longtemps sur les animaux ? Quel est leur cycle de vie ? Ont-elles des hôtes privilégiés ?

F. P. : “Les tiques passent la majorité de leur vie libres au sol, en alternance avec des phases parasitaires courtes de moins d’une semaine en général. Hormis l’œuf, chaque stade présente des phases de repos et de quête d’hôte dans le milieu extérieur (en phase libre) ainsi qu’un repas sanguin sur un hôte (phase parasitaire), étape nécessaire pour le passage au stade suivant. Leur cycle est donc constitué invariablement de la manière suivante : recherche d’un hôte, repas sanguin, décrochage de l’hôte pour la phase libre,… et on recommence.

Dans les fourrés, bocages, herbes, fougères...

Lors de la phase de repos, dans le milieu extérieur, la tique, quel que soit son stade, doit se protéger de la dessication, donc on la retrouvera plus spécialement dans les zones à l’ombre dans les fourrés, dans les bocages ou en lisière des bosquets, sur l’herbe ou dans les fougères, les bruyères ou les feuilles mortes. Ce repos alterne avec des périodes où la tique se met “à l’affût”, en recherche d’un nouveau “repas”, en grimpant en haut des herbes ou dans les branches, au vent et au soleil, pattes dressées, prête à “bondir” sur un hôte de passage. Aveugle, la tique est attirée par les mouvements de ses hôtes ou leur odeur. Cette alternance de “quête” et de réhydratation durera quelques jours à plusieurs semaines, en fonction des données climatiques, et jusqu’à ce que le parasite trouve un hôte pour se nourrir.

Du sur-place...

Lorsque la tique est au stade adulte, la phase de repas sanguin sur l’hôte (un gros mammifère en général, y compris l’Homme) permet aussi à la femelle de trouver un congénère mâle, qui va la féconder. En effet, les tiques se regroupent sur leur hôte, parfois en allant jusqu’à former de véritables grappes, dans des zones préférentiellement à peau fine et  grâce à des substances chimiques attractives, des phéromones. Après la fécondation, la femelle se décrochera, tombera dans la végétation puis s’enfoncera dans le sol, généralement pas à plus de 8 cm (!) de là où elle s’est décrochée, et pondra entre 2 000 et 3 500 œufs dans le sol puis mourra. La tique reste donc là où elle tombe, et ne se déplace que de haut en bas sur la végétation qui l’entoure. Ce sont les déplacements des animaux domestiques et sauvages, liés à un climat et une végétation favorables à sa survie, qui entraînent une extension des zones où les tiques sont présentes. Le cycle complet de la tique Ixodes ricinus dure de deux à six ans en fonction des facteurs favorisants. De plus en plus, dans notre région, les cycles se raccourcissent car l’évolution du climat avec alternance de chaleur et d’humidité ou des hivers doux est propice aux mues rapides, et les hôtes sont très nombreux…

Plus de 300 espèces d’hôtes

La tique Ixodes ricinus peut parasiter de nombreuses espèces d’hôtes, de manière non spécifique : en effet, elle peut se nourrir sur plus de 300 espèces d’animaux ! Il s’agit de petits ou grands mammifères, y compris le bétail, mais aussi les oiseaux et les reptiles. C’est aussi l’espèce de tique la plus retrouvée sur l’Homme. Cette ubiquité donne à Ixodes ricinus une place importante dans la transmission de pathogènes, et notamment dans le passage de la barrière d’espèce, la transmission de zoonoses et l’émergence de certains agents infectieux.”

 

Quelles maladies peuvent transmettre les tiques ?

F. P. : “Les tiques en elles-mêmes n’entraînent pas souvent de symptômes graves, car la spoliation sanguine lors de leur repas est limitée (cela dépend quand même du nombre de tiques et de la taille de l’hôte) et l’inflammation locale sur le lieu de la morsure se résorbe assez rapidement. Par contre, c’est parce qu’elles sont vectrices de maladies que les tiques représentent un véritable danger mortel pour les hôtes. Une étude réalisée par l’Inra montre que les tiques peuvent porter plusieurs dizaines de germes différents, pathogènes pour l’animal ou l’Homme. Serial transmettrice Elles peuvent être vectrices de toutes les formes de microorganismes : de très nombreuses bactéries, agents des ehrlichioses, des anaplasmoses, de diverses rickettsioses ou de Borrelioses, de la fièvre Q ou de la tularémie… ; de virus provoquant des “encéphalites à tiques” ou des fièvres hémorragiques ; ou de parasites comme les piroplasmes ou les theilerias. Les moutons, chèvres, chevaux, bovins, chiens, rongeurs ou oiseaux peuvent être tous atteints de maladies “à tiques”, sans oublier la faune sauvage et l’Homme ! En revanche, les chats ne risquent pas grand-chose dans notre région, car les tiques ne portent pas de germes pathogènes pour leur espèce. Les principales maladies dangereuses pour les élevages bovins sont l’ehrlichiose, la piroplasmose ou “mascaroux” et l’anaplasmose (ou piroplasmose blanche). Toutes commencent par une élévation de température importante qui peut faire avorter les animaux et une chute de la production laitière pour les vaches en lactation.

Piroplasmose, ehrlichiose, anaplasmose...

Mais la piroplasmose est mortelle en quelques heures, liée à une anémie foudroyante avec un “pissement de sang”, puisque les piroplasmes sont dans le sang et détruisent les globules rouges, rendant les urines de rosé au début, au marron du “marc de café”. L’ehrlichiose est plus lente et plus insidieuse, moins spécifique. Les animaux peuvent parfois boîter avec une ou plusieurs pattes enflées (“maladie des gros pâturons”), mais ils peuvent aussi présenter des symptômes non spécifiques, comme une baisse d’appétit, une augmentation du taux de cellules ou des mammites chez les vaches laitières. Sans oublier les avortements surtout, fréquents lors d’ehrlichiose, dans le dernier tiers de gestation. L’anaplasmose peut être rapidement mortelle, un peu comme la piroplasmose, suite à une atteinte importante de l’état général, mais sans coloration des urines. Sur certains animaux, par contre, elle est quasiment inapparente, et peut même laisser des individus porteurs sains, qui diffusent la maladie dans de nouveaux élevages, s’ils sont vendus… Ces maladies peuvent être traitées avec succès si elles sont vues à temps, mais elles coûtent souvent cher, en baisse de production et en médicaments. Les vétérinaires peuvent être amenés à perfuser ou même transfuser une vache gravement atteinte, parfois sans succès. Le pronostic vital est souvent engagé lors de ces épisodes qui peuvent décimer plusieurs bonnes vaches d’un troupeau.”

 

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