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Solidarité Paysans, 20 ans d'accompagnement auprès des agriculteurs du Puy-de-Dôme

Solidarité Paysans Puy-de-Dôme fête ses 20 ans. Deux décennies durant lesquelles l'association a accompagné plus de 800 agriculteurs et agricultrices et continu encore aujourd'hui à tendre la main à ceux qui en ont besoin.

© maxbelchenko - stock.adobe

20 ans. Le plus bel âge, diront certains. Pour les associations de soutiens comme Solidarité Paysan Puy-de-Dôme, c'est un anniversaire en demi-teinte qui signifie qu'on a encore besoin d'eux. L'association accompagne les agricultrices et agriculteurs en difficulté, et en deux décennies, elle en a aidé plus de 800. À ses débuts, elle était au chevet de 20 à 30 fermes par an. L'année dernière, les 43 bénévoles en ont aidé plus de 140. « C'était une année exceptionnellement chargée. Le nombre d'appels a bondi de 37 %. 2025 n'est pas encore terminée mais nous serons aussi sur une progression très importante » détaille Laure Gaillard, chargée de la communication à Solidarité Paysan en Auvergne.

Solidarité Paysans 63, une histoire d'agriculteurs au secours de leurs collègues

Élevage bovin allaitant ou laitier, céréalier ou maraîcher, jeunes ou moins jeunes, les difficultés ne sont pas réservées à une catégorie d'agriculteurs. En revanche, leur point commun, c'est qu'elles touchent autant les fermes que la sphère familiale. Jean-Michel Genillier, bénévole et l'un des membres fondateurs de Solidarité Paysan Puy-de-Dôme insiste : 

nous accompagnons les agriculteurs mais rapidement, on se rend compte que l'on aide aussi les familles (...) les difficultés dans une ferme, quelles qu'elles soient, ont toujours un impact sur les membres de la famille, qu'ils soient associés ou non ».

En 2005, l'agriculteur alors encore actif, fonde l'association avec d'autres confrères, reproduisant un modèle déjà en place ailleurs en France. Il se souvient alors que rapidement, lui et la dizaine de bénévoles ont été projetés dans un aspect brumeux de leur métier. « Tant qu'on n'a pas le nez dans le fumier, on ne prend pas la pleine mesure des difficultés. C'est après la création de l'association que nous nous sommes rendu compte des besoins des agriculteurs, et des nôtres pour les accompagner. » Les bénévoles étaient tous des agriculteurs actifs et bien que certains d'entre eux étaient éleveurs, céréaliers et d'autres encore, ils ont compris qu'ils ne pourraient accompagner convenablement les appelants sans le soutien technique de conseillers agronomiques et des OPA. « On a tissé des liens, petit à petit, et qui existent encore aujourd'hui. On était loin de tout connaître et déjà en 2005, nous aidions tous les genres d'agricultures. »

À lire aussi : Suicide agricole : « La vie a plus d'importance...»

Les bénévoles de Solidarité Paysans en première ligne du mal-être agricole

L'association a mis en place des formations techniques et économiques à la fois pour ses salariés et ses bénévoles. Des bénévoles qui, s'ils étaient habitués à parler de semis, de comptabilité ou de traite, étaient beaucoup moins préparés face aux nombreuses parts d'ombres de l'esprit humain. 

Des fois, on rentrait chez nous avec des choses difficiles à gérer [émotionnellement], qui questionnaient » se souvient Jean-Michel Genillier.

Comment accompagner mieux sans subir ? Où commence l'accompagnement et où s'arrête-t-il ? C'est un travail approfondi et régulier avec des psychologues, notamment à travers des groupes de parole, qui vont aider les membres de l’association à définir leur rôle et à identifier chez ceux qu'ils accompagnent les signes d'un mal-être profond pouvant conduire au suicide. C'est tout ce travail, et 20 années d'expérience, qui permettent à Jean-Michel Genillier d'affirmer aujourd'hui : 

nous servons de canne à une personne qui boîte, nous lui permettons de continuer à marcher, le choix de la direction lui appartient ».

20 ans plus tard, le mal-être agricole et les suicides  sont toujours là

La raison d'être de Solidarité Paysans Puy-de-Dôme est aujourd'hui toujours la même : « aider tous les agriculteurs, quelle que soit leur production, leur redonner confiance et goût dans la vie mais on ne fait pas à leur place »Alain Barbier a rejoint la centaine de bénévoles de l'association régionale en 2024. Comme plus de la moitié d'entre eux désormais, il n'a jamais été agriculteur. « Je suis à la retraite. J'étais dirigeant d'une société d'agroalimentaire. » Anciens juristes, comptables, techniciens… La notoriété et la mission de Solidarité Paysans ont attiré à elle une diversité de profils dont « l'expertise et l'aide sont précieuses » souligne Laure Gaillard.

Dans le Puy-de-Dôme, l'association est l'une des rares à pouvoir affirmer « nous ne manquons pas de bénévoles » même si elle ne ferme la porte à aucune bonne volonté car les besoins sont toujours là. 

C'est bien d'avoir des personnes qui gravitent autour du monde agricole mais c'est aussi important d'avoir des agriculteurs actifs car ils permettent de bâtir plus facilement une relation de confiance avec l'appelant. »

Entre 2005 et aujourd'hui, les problèmes et les difficultés des agriculteurs sont les mêmes. Les exploitations sont toujours confrontées à des difficultés économiques, exacerbées désormais par les aléas climatiques et l'évolution de l'agriculture. 

Au départ, on accompagnait plutôt de petites structures. Puis, on a commencé à avoir des jeunes agriculteurs et des grosses exploitations de plus de 100 ha » explique Jean-Michel Genillier. 

La surface moyenne des exploitations aidées par Solidarité Paysans Puy-de-Dôme approche les 61 ha. Ce qui marque Laure Gaillard, ce n'est pas tant le type d'exploitation que l'âge des appelants : « on intervient de plus en plus chez des jeunes, installés depuis quelques années seulement ». Est-ce lié aux projets, aux aléas imprévisibles du métier, à l'augmentation du nombre de hors-cadre ou à la libération de la parole ? « On ne peut pas faire de généralités, chaque cas est unique. »

Parce que l'association aide ceux dans le besoin, son accompagnement n'est pas facturé. Solidarité Paysans Puy-de-Dôme continue d'exister grâce aux financements publics (2/3) et aux dons (1/3). « Nous avons un soutien de plus en plus marqué des communautés de communes. Nous espérons que cela va se maintenir car la part publique diminue. » Elle vient de lancer un appel aux dons à destination des particuliers et des entreprises, dans l'espoir de maintenir son action pour les années à venir.

 

 

 

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