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Secours populaire - Moins de ressources et toujours plus de bénéficiaires

Victime de la loi anti-gaspi et de l'inflation, l'association caritative doit explorer de nouvelles pistes pour répondre aux besoins de bénéficiaires nettement plus nombreux.

L'association doit composer avec une baisse des volumes des ramasses et la flambée des prix des denrées.
L'association doit composer avec une baisse des volumes des ramasses et la flambée des prix des denrées.
© P. O.

L'équation n'est pas insoluble mais s'est grandement complexifiée, convient Patrice Couineau, président de la délégation cantalienne du Secours populaire, qui tenait samedi 21 octobre son assemblée générale. D'un côté des besoins qui s'envolent, comme l'illustrent la hausse de 28 % du nombre de colis distribués sur le premier semestre 2023 (par rapport à la même période de 2022), l'augmentation des nouveaux inscrits à cette aide alimentaire assurée par l'association caritative (445 sur ce même semestre 2023 contre 362 en 2022) et un nombre total de bénéficiaires en progression de 43 % sur ces six premiers mois de l'année. Le Cantal n'échappe pas à la précarisation galopante qui affecte la population française, nourrie par une flambée inflationniste. "Plus d'un tiers des Français ont du mal à se payer trois repas par jour, rappelle le président du SPF 15. Avant, en tant qu'association caritative, nous aidions au quotidien des plus démunis, aujourd'hui on voit que cette catégorie progresse de façon importante, y compris parmi ceux qui travaillent. Tout le monde peut être touché : suite à une perte d'emploi, une séparation..."

"Les camions reviennent à moitié vides"
De l'autre, des ressources mises à mal par plusieurs phénomènes, dont un, inattendu : l'effet pervers de la loi anti-gaspillage pour les acteurs de l'aide alimentaire. En obligeant la distribution alimentaire à réduire de 50 % le gaspillage de denrées alimentaires à l'horizon 2025, la loi dite Agec a tari une partie non négligeable des volumes des "ramasses" réalisées auprès des grandes surfaces, ces dernières s'étant notamment adaptées en développant des offres et rayons "anti-gapi" de produits à date de péremption proche. "Aujourd'hui, nos camions reviennent à moitié vides des ramasses : entre 2023 et 2022 (sur le premier semestre), sur nos six principaux magasins fournisseurs, on a perdu l'équivalent de 113 000 EUR de dons de nourriture (- 16 %)", déplore Patrice Couineau. Autre ressource notable de l'association : le Fonds européen d'aide aux plus démunis (FEAD) dont le montant a lui aussi été rogné par l'UE, de 106 710 EUR en 2022 à 80 402 EUR cette année. Avec un double impact : ces crédits permettent en effet à la délégation cantalienne du Secours populaire d'acheter des produits alimentaires, en complément des ramasses, des produits dont les prix ont explosé : + 34 % pour l'huile, + 87 % pour la farine, + 226 % pour le café, + 72 % pour les flageolets... liste le président.

Projet de potager d'insertion
L'association n'a donc d'autres choix que de plancher sur de nouvelles ressources à la fois pécuniaires et alimentaires. Elle a certes pu bénéficier d'un soutien de l'État mais qui s'avère insuffisant dans ce contexte. Aussi, l'équipe départementale projette, au-delà des appels aux dons et des opérations caddies en direction des particuliers, de solliciter des mécènes privés du tissu économique local. Second levier : diversifier les sources d'approvisionnement en développant les partenariats avec des producteurs (comme c'est déjà le cas, entre autres, avec le Gaec Mas et Delmas pour les oeufs) et via de nouvelles initiatives, comme l'opération "Balance tes courges". Cette dernière, lancée dans le Cantal avant l'été, a incité les jardiniers à faire don de leurs surplus de légumes. "Ça a bien fonctionné et on va la reconduire en 2024, indique Patrice Couineau. On va aussi désormais en fin de marché à Aurillac pour récupérer des légumes, plus frais que ceux des ramasses." Plus ambitieux encore, le Secours populaire oeuvre depuis deux ans déjà à la création d'un chantier d'insertion de maraîchage destiné à alimenter ses besoins propres. Un projet qui suppose de trouver des bénévoles prêts à s'impliquer six mois durant.

Pas de crise du bénévolat
Des bénévoles, contrairement à l'érosion qu'ont subie nombre de clubs et associations au lendemain de la crise du Covid, le Secours populaire a vu les rangs des siens s'élargir tant à l'échelle nationale(1) que locale : ils étaient 153 à la délégation cantalienne en 2021, 185 sont aujourd'hui mobilisés, soit l'équivalent de 16 ETP : "Justement parce que de près ou de loin, on est aujourd'hui tous concernés par les difficultés de la population", analyse le président. Parmi eux, une majorité de retraités désireux de donner du temps utile à la société. L'allongement de la durée du travail pourrait cependant rétrécir cette catégorie, craint le mouvement caritatif. Heureusement, le Secours populaire bénéficie de l'effet "Pass Région" : une aide régionale au permis de conduire en contrepartie de l'engagement des jeunes dans une association caritative. "On a aussi des bénévoles en activité professionnelle qui trouvent le temps de venir, y compris en prenant des missions centrales dans la vie de l'instance", ou encore d'anciens bénéficiaires qui ont à coeur de "rendre la monnaie de l'aide qu'ils ont reçue" ainsi que de jeunes du dispositif "Copains du monde" qui profitent d'activités mais qui "s'impliquent aussi souvent dans nos actions", se félicite Patrice Couineau.
Des bénévoles et un engagement, au coeur de la réflexion impulsée par le Secours populaire français à tout son réseau en 2023 autour du slogan : "Ensemble engagés pour un monde plus juste et plus solidaire".

(1) En France, le Secours populaire oeuvre grâce à ses 90 000 bénévoles, 10 000 de plus en quelques années seulement.

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