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Rotation, climat, phytos : le projet Matrice de Limagrain livre ses premiers enseignements

© Limagrain

3 questions à... 

Pouvez-vous nous représenter le projet Matrice et ses origines ?

S.Vidal : Le projet Matrice est né du constat que le Conseil d'Adminsitration Limagrain ne se sentait pas légitime pour conseiller les agriculteurs sur des choix aussi stratégiques que les rotations, les espèces ou les techniques agronomiques sans disposer de données solides sur leurs impacts à long terme dans les exploitations qui plus est dans un contexte de dérèglement climatique. Nous avions besoin de références inexistantes dans notre plaine de la Limagne. C’est en nous rapprochant du CIRAD, qui avait déjà mis en place des systèmes similaires sous des climats tropicaux, que l’idée a émergé. 

Ainsi, en partenariat avec eux, nous avons construit Matrice ; un projet ambitieux visant à étudier l’impact des rotations, du travail du sol à différents degrés, et l’introduction de nouvelles espèces comme les légumineuses mais aussi la réduction des phyto et de la fertilisation, sur plus de 30 ha, dans des sols variés (lourds et légers).

 L’objectif est d'évaluer, par exemple, les effets d’une réduction de 50 % des phytosanitaires et de 20 % des engrais sur nos rotations locales.

À lire aussi : La Banque Européenne d'investissement finance Limagrain à hauteur de 300 millions d’euros pour la R&D

Pourquoi avoir choisi le domaine de Mons pour implanter Matrice, et quelles sont ses spécificités ?

S.Vidal : Le choix de Mons s’est imposé car ce site, déjà station expérimentale européenne pour le maïs, présente une diversité de sols représentative de l’ensemble de la Limagne. Il était essentiel que les résultats puissent parler à toutes les exploitations du secteur, qu’elles soient sur des terres noires ou d’autres types de sols. Ici, nous avons pu installer Matrice avec des parcelles de taille suffisante pour éviter les biais des micro-parcelles. 

Chaque rotation est testée à l’échelle réelle d’une exploitation agricole, ce qui nous permettra, au terme des 12 années d'expérimentation, de disposer de données fiables.

Matrice est conduite comme une exploitation à part entière. Sept rotations différentes, avec ou sans cultures irriguées et/ou spécialisées sont suivies. Plus de 10 000 notations annuelles sont réalisées par nos équipes sur Matrice. Nous mesurons tout, y compris le carbone stocké dans le sol, selon les techniques de travail superficiel ou en direct.

Matrice a été lancée en 2023, trois campagnes sont d'ores et déjà passées. Des premiers résultats ont-ils été observés ?

S.Vidal : Les trois premières années ont été marquées par des conditions climatiques extrêmes : une première année très humide, une deuxième très sèche, et une troisième plus équilibrée malgré un mois de mai historique avec ce dôme de chaleur. Malgré cela, certaines tendances se dessinent. Par exemple, l’introduction de légumineuses dans les rotations permet de diviser par deux la fertilisation, notamment pour le blé et le colza. Nous observons aussi une évolution positive de la structure des sols. Cependant, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives, notamment sur l’impact à long terme d’une réduction de 50 % des phytosanitaires combinée à un non-travail du sol. Les effets année, comme ceux que nous avons vécus, pourraient fausser les tendances actuelles. C’est pourquoi nous restons prudents et attendons les premières rotations complètes, avec des résultats plus robustes attendus à partir de 2029 pour une analyse complète. Matrice, c’est un investissement de 7 millions d’euros sur 12 ans. 

Nous espèrons à terme avoir une vision agronomique plus claire des effets du dérèglement climatique corrélée aux politiques nationales, sur les exploitations de Limagne.

À lire aussi : Souveraineté alimentaire : remettre la production au cœur du projet agricole français

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