Souveraineté alimentaire : remettre la production au cœur du projet agricole français
Les Conférences de la souveraineté alimentaire marquent une étape importante pour l’avenir de l’agriculture française. En réunissant l’ensemble des acteurs des filières autour d’objectifs de production et de transformation à dix ans, elles reconnaissent enfin que la souveraineté alimentaire passe d’abord par des agriculteurs nombreux, des exploitations viables et des filières capables de produire davantage sur notre territoire.
Les Conférences de la souveraineté alimentaire marquent une étape importante pour l’avenir de l’agriculture française. En réunissant l’ensemble des acteurs des filières autour d’objectifs de production et de transformation à dix ans, elles reconnaissent enfin que la souveraineté alimentaire passe d’abord par des agriculteurs nombreux, des exploitations viables et des filières capables de produire davantage sur notre territoire.
La souveraineté alimentaire n'est plus un simple concept politique. Depuis la loi d'orientation du 24 mars 2025, elle constitue un objectif national clairement affirmé : maintenir et développer les capacités de la France à produire, transformer et distribuer les produits agricoles et alimentaires nécessaires à une alimentation saine pour tous, tout en conservant sa capacité d'exportation.
Cette ambition intervient dans un contexte marqué par de profondes mutations : changement climatique, tensions géopolitiques, guerre en Ukraine, évolution des habitudes de consommation, renouvellement des générations agricoles et dépendance croissante à certaines importations. Face à ces défis, la France doit retrouver des marges de manœuvre et reconquérir sa capacité productive.
Produire davantage pour réduire les dépendances
Les premiers travaux des Conférences de la souveraineté alimentaire mettent en évidence plusieurs fragilités. Dans de nombreuses filières, notre pays dépend de plus en plus des importations, alors même qu'il dispose des ressources, des compétences et des territoires pour produire davantage.
Les objectifs fixés à l'horizon 2035 sont ambitieux :
- Reconquérir les parts de marché françaises en volaille afin de réduire significativement les importations.
- Retrouver l'autosuffisance en viande porcine.
- Gagner 5 points de souveraineté dans les fruits et légumes d'ici 2030 et viser 10 points supplémentaires à l'horizon 2035.
- Développer les filières de protéines végétales et les productions stratégiques.
- Stabiliser les cheptels bovins et ovins tout en renforçant la valeur ajoutée sur les territoires.
- Renforcer les capacités de transformation pour que davantage de produits agricoles français soient transformés en France.
Ces objectifs traduisent une conviction simple : la souveraineté alimentaire commence dans les exploitations agricoles et se poursuit dans les outils de transformation.
Investir dans les territoires
La reconquête de notre souveraineté alimentaire ne pourra se faire sans investissements massifs. Les travaux présentés évoquent plusieurs milliards d'euros d'investissements nécessaires dans les élevages, les ateliers de transformation, les infrastructures de stockage et les équipements industriels.
L'enjeu est également territorial. Les régions sont désormais appelées à identifier des projets collectifs structurants :
- nouvelles usines de transformation,
- développement de filières locales,
- contractualisation entre producteurs et industriels,
- innovations agronomiques,
- adaptation au changement climatique.
Ces projets doivent permettre de recréer de la valeur dans les territoires, sécuriser les débouchés des producteurset renforcer l'emploi local.
Donner des perspectives aux agriculteurs
Aucune stratégie de souveraineté alimentaire ne pourra réussir sans agriculteurs. Le renouvellement des générations constitue donc une priorité absolue. Les filières soulignent toutes la nécessité :
- d’améliorer la rémunération des producteurs ;
- de simplifier les contraintes administratives ;
- d’encourager l'installation et la transmission des exploitations ;
- de sécuriser les investissements grâce à la contractualisation ;
- d’accompagner l'innovation et l'adaptation climatique.
Produire davantage suppose avant tout de redonner confiance aux agriculteurs et de leur offrir des perspectives économiques durables.
Une responsabilité collective
La souveraineté alimentaire ne relève pas uniquement du monde agricole. Elle mobilise l'ensemble de la chaîne alimentaire : producteurs, coopératives, industries agroalimentaires, distributeurs, consommateurs, collectivités territoriales et pouvoirs publics.
La réussite de cette démarche dépendra de la capacité collective à faire émerger des projets concrets, à soutenir l'investissement et à maintenir une politique agricole cohérente avec les objectifs affichés.
La souveraineté alimentaire doit avant tout se traduire par des actes : produire en France, transformer en France, créer de la valeur en France et garantir un revenu digne aux agriculteurs. C'est à cette condition que notre agriculture restera un pilier de l'économie, de l'aménagement du territoire et de l'indépendance nationale.
Témoignage de Daniel Couderc,
président de la Chambre d’agriculture de la Corrèze
La souveraineté alimentaire va bien au-delà des simples considérations économiques ; elle touche à la santé de nos concitoyens, à la préservation de notre environnement et à la sauvegarde de notre identité régionale. Il est crucial que chacun d’entre nous, y compris nos élus locaux, prenne pleinement conscience de l’importance de cette question.
Nous avons la responsabilité d’encourager les projets qui visent à renforcer notre autonomie alimentaire et à soutenir ceux qui souhaitent investir sur notre territoire. Malheureusement, trop souvent, nous sommes confrontés à des oppositions, souvent basées sur des malentendus ou des idées reçues. Ces résistances, bien que compréhensibles, freinent des initiatives qui pourraient réellement bénéficier à notre région.
L’une des conséquences les plus préoccupantes de cette situation est notre dépendance croissante aux produits importés, qui ne correspondent pas toujours à nos normes de qualité. Il est donc impératif de changer cette dynamique.
Grâce aux avancées techniques, nous avons aujourd’hui les moyens de produire localement tout en réduisant les nuisances environnementales.
Je souhaite également mettre en avant l’importance d’encourager l’utilisation des engrais de ferme. En optant pour ces pratiques, nous nous éloignons des engrais de synthèse, dont la production repose sur les ressources pétrolières du Moyen-Orient. En favorisant les engrais naturels, nous soutenons non seulement notre agriculture, mais nous renforçons également notre indépendance énergétique.
Il est également vital de rappeler que l’économie agricole doit se répartir de manière équilibrée sur l’ensemble de notre territoire. Au début du XXe siècle, la Corrèze était un acteur clé de la production porcine. Aujourd’hui, nous constatons une concentration excessive de cette production en Bretagne, une situation qui n’est pas tenable à long terme.
Nous devons redynamiser notre agriculture locale et diversifier nos productions pour retrouver un équilibre.
Je crois fermement qu’en favorisant le dialogue entre agriculteurs, élus, associations et citoyens, nous pouvons bâtir ensemble un avenir où la souveraineté alimentaire devient une réalité tangible en Corrèze.
Ensemble, engageons-nous à promouvoir une agriculture durable, respectueuse de notre territoire et de notre patrimoine.