Sapeurs-pompiers du Cantal : se préparer aux feux de forêt
Une formation de maintien des compétences avait lieu à Saint-Flour pour les chefs de groupes opérationnels feux de forêt.
Une formation de maintien des compétences avait lieu à Saint-Flour pour les chefs de groupes opérationnels feux de forêt.
Montée en puissance du risque “feux de forêt”
Les incendies de végétations ne sont pas encore classés “prioritaires” dans le Cantal. Cela pourrait bien arriver à l’exemple récemment des départements voisins de la Haute-Loire et du Puy-de-Dôme compte-tenu de la montée en puissance du risque. Avec des pics de chaleur exceptionnels, comme pour ce printemps et début d’été 2026, le changement climatique présage probablement d’étés de plus en plus chauds et secs et donc d’un risque feux de forêt très élevé. Un classement “prioritaire” entraînera la formation de l’ensemble des personnels à ce type d’intervention, soit 850 volontaires répartis sur l’ensemble du département et plus d’une centaine de professionnels à Aurillac et Saint-Flour.
Pour l’heure, la seule aptitude minimum requise pour répondre aux appels d’intervention est le secours aux victimes. Le Schéma départemental d’analyse et de couverture des risques (SDACR) pourra définir la mise en place de nouveaux moyens par le Service départemental d’incendie et de secours (Sdis). Il s’agira de former à la capacité opérationnelle, à l’utilisation de matériels spécifiques et au risque accidentogène élevé sur le terrain.
Une évolution rapide
“Avec un risque qui progresse défavorablement pour nous, nous devons, avec la préfecture, concernant le commandement opérationnel et le Conseil départemental, pour les financements, anticiper sur les moyens humains et matériels de lutte contre ce type de feux”, explique le lieutenant Vincent Bonnin, chef de centre de Saint-Flour et référent départemental “feux de forêt”. Toutefois, les sapeurs-pompiers ne sont pas seuls pour contenir le risque (voir encadré).
En France, le risque augmente partout en même temps. Depuis de nombreuses années, les Auvergnats viennent en renfort de leurs collègues des départements du Sud. “Pour le Cantal cependant, nous limitons notre engagement à quelques hommes et véhicules intégrés à une colonne régionale pour ne pas nous dégarnir des ressources humaines et du matériel en nombres limités”, signale le lieutenant Bonnin. Le Cantal bénéficie de 17 camions “feux de forêts” ou “adaptés”. Il vient de percevoir pour les centres d’Aurillac et de Saint-Flour ses premiers véhicules nouvelle génération financés par l’État dans le cadre du Pacte capacitaire suite aux incendies des Landes en 2022
(32 000 hectares). Le système haute pression permet d’économiser l’eau (capacité de 3 200 litres) et d’aller
chercher le feu assez loin. Le véhicule est aussi équipé de buses d’aspersion enveloppant la cabine et de masques de “repli” pour la mise en sécurité des équipiers. Trois cents sapeurs-pompiers, soit un tiers de l’effectif départemental, possèdent le premier niveau FDF 1, 50 le FDF 2, 15 le FDF 3 (chef de groupe) et 3 le FDF 4. Ces chiffres pourraient donc progresser à la hausse.
Maintien des compétences
La colonne Alpha, pour Auvergne, se compose de 70 hommes avec la logistique. Elle a été engagée 41 jours en 2025 hors région. Une colonne se compose de trois groupes de trois camions feux de forêt avec quatre hommes à bord et un véhicule de commandement.
Vingt-quatre chefs de groupes issus des quatre départements auvergnats étaient en formation de recyclage durant toute la semaine dernière à Saint-Flour. Tous ont été formés à l’école d’application de la Sécurité civile (ECASC). “L’espace pris par un incendie de végétation, le caractère imprévisible en fonction des conditions météorologiques, les moyens engagés venant bien souvent de plusieurs départements ou encore les moyens aériens susceptibles d’intervenir, les accidents également très supérieurs que sur d’autres formes d’interventions, sont sources de stress pour les personnels, détaille le lieutenant Bonnin. Il est donc impératif d’être parfaitement préparé et de maîtriser les outils mis à disposition afin d’agir par réflexe et ainsi permettre de faire redescendre la pression.”
Ainsi, les 24 officiers sapeurs-pompiers avaient-ils à étudier plusieurs cas pour s’efforcer de mettre en place les moyens les plus adéquats, mais également d’étudier l’évolution possible du sinistre. L’incendie de 1985, déclenché par le passage du train dans la Margeride (250 hectares brûlés), a même servi pour une mise en situation. L’objectif étant de le circonscrire et de protéger les biens et les personnes parfois sur de vastes périmètres. “Il est impératif de savoir anticiper, d’avoir un coup d’avance sur la propagation des flammes”, insiste le lieutenant Bonnin.
Anticiper les évolutions du feu
Selon le niveau de risque, les conditions météorologiques, notamment de la force et le sens du vent, le nombre
d’appels donnant une indication sur l’ampleur de l’incendie, le commandement décidera d’engager plus ou moins de moyens et, en fonction de l’évolution, de les amplifier. Il s’agit de ne pas se délester inutilement sur d’autres secteurs.
Les outils au poste de commandement mobile permettent, aujourd’hui, de visualiser via les cartes satellites la morphologie du terrain et d’intégrer l’ensemble des éléments : zones prioritaires à protéger comme un village, le matériel en place en fonction des voies d’accès, les solutions de repli pour les populations et les personnels, les données spécifiques à une intervention aérienne. Un drone ou un hélicoptère permettront de compléter les informations obtenues au sol comme par exemple la vulnérabilité de la végétation. Le Codis (Centre opérationnel départemental d’incendie et de secours) peut suivre, sous la direction du préfet, le déroulement des opérations et faire appel à des moyens supplémentaires venant d’autres départements. Il engagera, si nécessaire, d’autres services comme ceux de l’Office national des forêts (ONF) ou d’Énedis s’il s’avère nécessaire de neutraliser des équipements électriques. C’est toute une chaîne qui doit se mettre place pour agir en efficacité.
Avec l’augmentation du risque feux de forêt, les sapeurs-pompiers ne sont pas les seuls à se retrouver en première ligne. S’il leur incombe d’éteindre les flammes, il revient à d’autres la prévention et de limiter les risques en amont. Cela passe part l’interdiction temporaire de circulation dans les zones les plus sensibles lorsque le risque devient majeur. C’est l’entretien des forêts par leur propriétaires privés ou publics. II sera aussi question des aménagements spécifiques, des accès au moyen de lutte et pouvant à la fois servir de contre-feux. Ou bien encore l’installation de réserves d’eau. Ce qui est déjà le cas dans de nombreux départements du Sud de la France.