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Repères : les chiffres de l’agriculture cantalienne

La ferme Cantal se porte mieux avec une conjoncture favorable et des exploitations qui se sont largement modernisées. Toutefois le maintien de trésorerie sera stratégique pour anticiper l’avenir. 

une sale avec une personne debout à gauche s'adressant à un groupe de personnes à droite de la photo
Si le bilan 2025 fait apparaître une meilleure santé des exploitations, la prudence reste de mise avec la nécessite de recréer de la trésorerie.
© b.parret

Conjoncture, rémunération, vitalité

Comme chaque année, Cerfrance et la Chambre d’agriculture du Cantal s’associent pour présenter les chiffres et l’état de santé de l’agriculture du département. Ce point technico-économique était proposé le jeudi 11 mars au lycée agricole Louis-Mallet de Saint-Flour. Trois points étaient à retenir : la conjoncture actuelle avec des prix rémunérateurs, la bonne vitalité des exploitations, la capacité de trésorerie pour anticiper les défis et garder le cap, comme l’évoquait l’intitulé de la journée.
Ce bilan permet de se poser deux questions : la capacité de résister aux aléas et celle de pouvoir installer de nouveaux agriculteurs pour assurer le renouvellement des générations. 
 

Prix favorables

pour avancer et résister aux contraintes”.


“Il est important de connaître les chiffres clés pour que chaque exploitation puisse s’en emparer pour avancer et résister aux contraintes”, résumait Aurélien Oudoul, vice-président de Cerfrance Cantal. Car en ce début d’année 2026, si la tendance des cotations de la viande reste favorable, cela semble moins évident pour le lait où les “producteurs pourraient être encore la valeur d’ajustement”, prévenait Joël Piganiol, vice-président de la Chambre d’agriculture. Et il faudra regarder au-delà des mers avec le Mercosur, les accords à venir avec l’Australie et la guerre au Proche-Orient sans oublier la refonte de la Pac.     
En attendant, et pour revenir à l’année 2025, les deux filières ont enregistré une nette amélioration. Le comparatif étant proposé sur la période depuis 2019. Premier indicateur général, 56 % des exploitations suivies par Cerfrance sont classées en “bonne santé” contre 45 %. Cette hausse de 11 points est prise sur la part des exploitations “à surveiller” alors que celles dites “fragiles” évoluent très légèrement à la baisse de 17 % à 14 %. “Dans cette catégorie, nous retrouvons des exploitations en difficulté chronique, mais aussi qui ont engagé des investissements sans en avoir la capacité financière, ou du fait de l’arrivée d’un associé avec des besoins parfois de remise à niveau des installations”, précisait Annabelle Barthélémy-Dubost, chargée d’études économiques chez Cerfrance. 
 

Rémunération au rendez-vous


La bonne conjoncture en viande, tant pour les broutards (passés de 3 à 6 € du kilo depuis 2023) que les gros bovins, se traduit par un EBE en hausse de 58 % soit 970 € par UGB.  Pour le lait conventionnel, cette progression est de 9 % à 235 € pour 1 000 litres. La quantité et la qualité des fourrages ont boosté les volumes qui ont trouvé preneur tant chez le consommateur que chez les industriels. En AOP, cela se retrouve avec le maintien des primes liées aux différents cahiers des charges saint-nectaire, bleu et cantal. 
Ces résultats se traduisent en termes de rémunération aujourd’hui pour les allaitants à l’équivalent de 2,8 Smic potentiels par unité de main d’œuvre et en lait à 1,7 Smic. La rémunération “permise” étant calculée sur l’EBE moins les annuités de charges et la retenue de 5 % du produit d’exploitation comme marge de sécurité. 
 

En garder sous le pied 

Le maintien du résultat doit beaucoup à la force actuelle des marchés et aussi à la recherche d’économies de charges même s’il est possible de faire mieux. La bonne autosuffisance fourragère de 2025 a aussi permis de limiter les achats d’aliments. Cette situation peut créer un réel enthousiasme notamment dans la perspective de maintenir des exploitations viables et d’attirer des candidats à l’installation. Elle doit répondre aussi au réflexe d’anticipation. Les prix peuvent à nouveau s’effondrer, les crises sanitaires se multiplier, le changement climatique et les négociations de la Pac peuvent conduire à se réinventer et les conflits actuels ont et auront des incidences sur les charges de fonctionnement et le coût des intrants. “C’est l’occasion de refaire de la trésorerie pour garder la capacité d’investir dans des projets stratégiques pour l’avenir”, relevait Dominique Andrieu

La technique au service de l'économie

Les techniciens de la Chambre d’agriculture prenaient le relais de leurs homologues du Cerfrance Cantal pour aborder deux points d’évolution essentiels dans la conduite des productions : vêlage pour les allaitants, qualité des taux pour les laitiers. “Il est important de mettre en perspective les données économiques et des pistes techniques pour avoir une projection sur la conduite des exploitations et réfléchir sur les orientations à prendre, estimait Joël Piganiol, vice-président de la Chambre d’agriculture pour qui “la bonne santé économique des exploitations est très encourageante.”    
 

Possible de faire mieux


Responsable du service bovin viande, Clémentine Perrochon ouvrait la deuxième partie de la réunion consacrée à la technique au service de l’économie. Elle revenait sur les chiffres apportés par le contrôle de performance régulier porté sur le cheptel. Celui-ci permet de corriger les paramètres de production pour une optimisation des rendements. “Nos services sont là pour accompagner les éleveurs sur les questions sanitaires, la conduite du troupeau, l’alimentation”, rappelait-elle. La perte de fertilité due à la FCO ou la MHE, comme à l’inverse, un premier vêlage à deux ans ou un IVV rapproché peuvent se traduire par une dizaine de veaux en plus ou en moins sur un troupeau de 70 vaches. Par ailleurs l’abreuvement et la minéralisation sont les garanties d’un meilleur gain de poids. Tout cela peut tendre rapidement vers un gain financier estimé à 7 000 €. 


Un effort sur la qualité du lait


Élisabeth Bonal, responsable d’encadrement à Cantal conseil élevage, insistait pour le même motif du gain financier sur la rigueur à apporter à la qualité des taux. Le suivi de l’alimentation sera ici essentiel (besoins en fibres, niveau énergétique, lipides...). La race et la génétique auront leur importance dans la performance. Le gain financier s’étale de - 4 % par rapport à la moyenne à + 18 % pour la meilleure qualité du lait. L’impact n’est pas neutre.
Il en va de même sur la maîtrise des leucocytes. Les pénalités élevées se doublent très souvent d’une baisse de productivité des vaches infectées et l’engagement de frais vétérinaires. Pour s’en prémunir, l’effort doit cibler des bâtiments bien ventilés, des litières entretenues, une bonne hygiène à la traite. La perte financière peut représenter 8 500 €. L’attention  portée sur les taux et les leucocytes n’est donc pas neutre. Elle le sera d’autant moins si les prix repartent à la baisse comme cela semble se dessiner en ce début d’année. L’objectif est donc de ne laisser échapper aucune part de revenu du fait de négligences dans la conduite des troupeaux. Les efforts techniques accompagnés par les différents services de la Chambre d’agriculture sont en mesure, à court terme, de dégager du revenu pour les exploitants et  la trésorerie   indispensable à des investissements sans risque financier et/ou à l’achat du fourrage en cas de nouvelles sécheresses. 

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