Quel potentiel alimentaire des feuilles et rameaux d’arbres ?
Face à la sécheresse et au manque de fourrages, les éleveurs cherchent des alternatives fourragères durables. Les feuilles et rameaux d’arbres, souvent négligés, recèlent des atouts nutritionnels insoupçonnés pour compléter l’alimentation notamment des ovins.
Face à la sécheresse et au manque de fourrages, les éleveurs cherchent des alternatives fourragères durables. Les feuilles et rameaux d’arbres, souvent négligés, recèlent des atouts nutritionnels insoupçonnés pour compléter l’alimentation notamment des ovins.
En période de sécheresse, les ressources fourragères se raréfient, mais les haies et arbres conservent des feuilles vertes et riches en nutriments. Ces rameaux, souvent sous-estimés, peuvent constituer une alternative alimentaire de qualité, à condition de bien en maîtriser les valeurs nutritionnelles et les limites.
En 2024, l’IDELE et Ciirpo avaient conduit une étude pour en connaître les valeurs. Alors que la sécheresse frappe la France de plein fouet et que la dérogation pour l’émondage des arbres (lire plus bas) a été autorisée dans le Puy-de-Dôme, en voici les résultats.
Des teneurs en matières azotées très variables selon les espèces
Les feuilles et jeunes tiges (rameaux) des arbres et haies offrent une teneur en matières azotées totales (MAT) extrêmement variable, allant de 66 g/kg de matière sèche pour le prunellier à plus de 160 g/kg pour le peuplier noir et l’aubépine. Ces dernières atteignent ainsi des valeurs comparables à celles d’un foin de prairie permanente récolté au stade feuillu. D’autres espèces, comme l’érable champêtre, l’orme, le chêne blanc ou le noisetier, présentent des teneurs en azote équivalentes à un foin fauché au stade début épiaison (environ 120–140 g/kg).
À l’inverse, le cornouiller sanguin, le peuplier tremble, le saule blanc et le prunellier, avec moins de 100 g de MAT/kg, s’apparentent à un foin de graminées récolté au stade floraison, moins intéressant sur le plan nutritionnel.
Le frêne, arbre fourrager de référence, affiche une teneur moyenne de 120 g de MAT/kg de matière sèche, permettant une substitution aisée au foin.
Une stabilité des valeurs nutritionnelles tout au long de l’été
Les analyses réalisées en août et septembre 2023 par l’IDELE et le Ciirpo sur trois essences (peuplier noir, noisetier, érable champêtre) révèlent une stabilité remarquable des teneurs en MAT dans les feuilles : 130 g/kg de matière sèche pour les feuilles de peuplier noir, noisetier et érable champêtre.
En revanche, les tiges de l’année (jeunes pousses) affichent des valeurs bien inférieures, autour de 66 g/kg.
À noter, les brebis consomment principalement les feuilles et les tiges de moins de 5 mm de diamètre, ce qui limite l’apport en fibres moins digestibles.
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Une digestibilité globalement satisfaisante, mais inégale
La digestibilité de la matière organique (dMO) varie fortement selon les espèces d'arbres :
- Excellente pour le mûrier, le sureau, le noyer, le tilleul, le peuplier et l’aubépine, avec des valeurs supérieures à 85 %, comparables au Ray-Grass Anglais pâturé (90 %).
- Moyenne à faible pour d’autres espèces comme l’églantier (72 %), l’aulne (71 %), le noisetier (68 %) ou le groseillier (68 %), ces dernières étant moins appétentes en raison de leur teneur en composés secondaires (tanins, etc.), produits en réponse à des stress comme la sécheresse.
« Ces valeurs de digestibilité sont identiques quelque soit l'espèce animale (ovins, bovins, caprins...) » nous informe les experts de l'IDELE.
Recommandations pratiques pour les éleveurs d'ovins
Dans son document, l’IDELE et le Ciirpo appellent malgré tout les éleveurs à la vigilance dans l’usage des branches.
- Privilégier les espèces à haute valeur azotée : Aubépine, peuplier noir, érable champêtre, orme, chêne blanc et noisetier pour un apport optimal.
- Éviter les tiges épaisses : les animaux et notamment les brebis les consomment peu, et leur digestibilité est inférieure à celle des feuilles.
- Surveiller l’appétence : certaines espèces (groseillier, noisetier) peuvent être moins attractives en raison de leur amertume ou de leur teneur en tanins.
- Compléter avec d’autres fourrages : bien que les feuilles soient riches en azote, leur valeur énergétique (UF) et en protéines digestibles (PDI) n’est pas encore précisément estimée. Une complémentation peut être nécessaire.
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Source : Projet Climagrof 2, financé par le FNADT, l’Agence nationale de cohésion des territoires et la région Nouvelle-Aquitaine.
L’émondage des arbres est autorisé pour alimenter les troupeaux
La pratique traditionnelle de l’émondage permet de répondre ponctuellement à cet enjeu. Elle consiste à utiliser les branches d’arbres fourragers (frêne, orme…) de plus de 3 ans pour alimenter les animaux.
Devant les difficultés d’affouragement dans les prairies, une dérogation exceptionnelle permettant de ne pas attendre la date de fin d’interdiction de taille des arbres et haies (15/08) a été accordée pour l’ensemble du département du Puy-de-Dôme, sous conditions :
- de réaliser au préalable une déclaration à la DDT, en remplissant le modèle fournit sur le site internet de la Chambre d'agriculture du Puy-de-Dôme et en l'envoyant à l’adresse mail suivante : ddt-telepac(at)puy-de-dome.gouv.fr
- de vérifier systématiquement en amont l'absence de nid,
- de limiter strictement aux seules tronçonneuses,
- de limiter aux seules ressources fourragères nécessaires.
Cette dérogation à la date de fin d’interdiction ne supprime pas l’interdiction de détruire une espèce protégée ; il convient donc d’agir avec prudence et de s’abstenir d’intervenir sur un arbre ou une haie dans laquelle niche une espèce protégée.
Pour être accompagné(e) dans vos démarches, contactez vos conseillers Chambre d'agriculture dans votre antenne.