Prudhomme : Seixas, "s’il vient, je ne lui en voudrais pas !”
À moins de trois mois de l’étape cantalienne du Tour de France qui lui est chère, et alors que les Français brillent ce début de saison, le patron du Tour Christian Prudhomme s’est confié à L’union.
À moins de trois mois de l’étape cantalienne du Tour de France qui lui est chère, et alors que les Français brillent ce début de saison, le patron du Tour Christian Prudhomme s’est confié à L’union.
Comment qualifieriez-vous cette édition 2026, la 113e du Tour de France ?
Christian Prudhomme, patron du Tour de France : “C’est une édition qui, dans son parcours, doit aller crescendo, avec un départ de Barcelone, avec des Pyrénées non pas adoucis mais qui auraient pu être plus durs, Bordeaux, la Corrèze... et puis le Cantal le 14 juillet. Beaucoup vont se dire que le Cantal, c’est désormais toujours le 14 juillet ! (1) On montera ensuite vers la Nièvre, Mulhouse..., avant de redescendre par les Alpes où on finira à l’Alpe d’Huez avant de remonter sur Paris.
Le Tour, c’est un éternel recommencement, un succès populaire phénoménal, des sourires au bord des routes, des audiences à la TV de plus en plus fortes et toujours remarquables, les jeunes qui sont revenus ces dernières années devant leur télé ou sur le bord des routes... On a tout lieu d’être satisfait et c’est un vrai bonheur pour moi de lancer une étape dans le Massif central et notamment dans le département du Cantal.”
“Pour nous, organisateurs, c’est une étape de montagne tous les jours” C. Prudhomme
Éternel recommencement et en même temps, comment se renouveler, innover, et répondre à la demande des spectateurs de vibrer encore davantage ?
C. P. : “Quand on trace un parcours du Tour, il y a d’abord l’aspect sportif et il y a l’aspect esthético-historique qui est aussi essentiel : la prise de vue hélicoptère, c’est un élément indéniable du succès du Tour de France. Le Tour, c’est voir passer des coureurs qui viennent chez vous, c’est une véritable différence par rapport à la totalité des autres sports, et puis c’est un moment de bonheur, d’insouciance ; ça ne change pas fondamentalement la vie des gens mais ça leur apporte une pause dans un monde qui devient de plus en plus compliqué.”
Le Tour, c’est une grosse machine. Peut-on dire qu’elle est désormais bien rodée et en rythme de croisière ?
C. P. : “Je ne dirais jamais que le Tour est arrivé dans un rythme de croisière, parce qu’en vérité pour nous, organisateurs, c’est tous les jours une étape de montagne même si le dénivelé est proche de zéro ! Tout est plus complexe qu’autrefois : quand je suis arrivé il y a 20 ans, on signait avec une ville, maintenant on signe avec la ville, l’agglo, le Département, ce dernier étant une pièce maîtresse dans l’organisation et dans le parcours du Tour. Ce qu’on faisait à deux, on le fait désormais à cinq ou six ; forcément ça veux dire plus de rendez-vous, de rigueur, de courriels, de coups de fil...
Et puis d’un point de vue de la sécurité, il y a un effet ciseau pas très agréable entre l’augmentation exponentielle des aménagements urbains et des coureurs qui, eux, vont de plus en plus vite avec les progrès formidables faits sur les vélos. Le cyclisme est devenu un véritable sport mécanique. Ce que je dit est moins vrai dans le Cantal et les départements ruraux mais quand on est dans les grosses agglomérations des Alpes, on “serre les fesses” quand on sait le nombre d’aménagements qu’il y a, même si certains sont retirés avant que les coureurs passent, même si on prend énormément de précautions et que tout est sécurisé...”
Le Cantal et Pailherols, "parce que ça du sens"
Le Cantal, encore et toujours... Une sixième incursion depuis 2000.
C. P. : “En 2004, quand j’étais adjoint de Jean-Marie Blanc (patron du Tour, ndlr), j’avais demandé à Pierre Jarlier, maire de Saint-Flour, et à Vincent Descœur, président du Conseil général, un coin sympa où être tranquille et se ressourcer : ils m’avaient indiqué l’Auberge des Montagnes. Depuis 2006, avec ma femme et ma fille quand elle était petite, on vient au moins une fois par an à Pailherols. C’est une halte incontournable pour moi. Je suis très heureux qu’on puisse y passer cette année avec le Tour, pas simplement pour faire plaisir mais parce que ça a du sens sportivement.
Pailherols, ça va être la première côte d’une étape très rude. Pour moi, la plus belle étape du Tour il y a deux ans, ça avait été justement celle du Lioran avec Vingegaard et Pogacar et ce final par le Puy Mary et le Pertus avant l’ouverture du sprint. Cette fois-ci, on va passer par le sud, par Pailherols, la Griffoul notamment (alias col de Prat-de-Bouc dans le Tour 1975) et puis tout un enchaînement avec en perspective le Pas de Peyrol mais cette fois abordé par Murat, avant l’explication finale entre le Pertus et le Lioran. Ça va être une étape magnifique sans aucun doute.”
Ce sera une étape magnifique"
Une étape magnifique avec toujours le même casting sur le finish ? Votre pronostic ?
C. P. : “Un 14 juillet, le lendemain d’une étape de repos et sur ce parcours-là, ce sera forcément un champion qui va gagner... il n’y a pas de secret. Un champion d’aujourd’hui ou un champion de demain... Et s’il est français ce serait magnifique. On aura sans aucun doute à nouveau sur la première ligne Vingegaard et Pogacar. Vingegard s’est rappelé au bon souvenir de tout le monde en remportant Paris-Nice pour la première fois et en écrasant la compétition avec le plus gros écart depuis les années 30. Il n’a pas fait les choses à moitié, il a clairement envoyé un message en disant “j’ai totalement récupéré et sur le Tour, je serai là”. Pogacar se concentre lui sur les étapes d’un jour, les classiques et a enchaîné les victoires sur les Strade bianche, Milan San Remo, le Tour des Flandres...”
La question que tout le monde pose : et les tricolores et les tricolores ? On pense forcément au fabuleux Paul Seixas...
C. P. : “Les Français sont bons, très bons même en ce début de saison avec Kevin Vauquelin, un gars hyper sympa, accessible, 7e du Tour l’an dernier et 4e du Paris-Nice, c’est un excellent puncher, très à l’aise en moyenne montagne ; Lenny Martinez, cette petite perle, 2e du Tour de Catalogne, 5e du Paris-Nice qui confirme son gros potentiel de grimpeur... et puis on attend évidemment Paul Seixas, 19 ans, assurément une pépite. Je ne sais pas s’il sera là, mais je disais déjà avant son exceptionnelle victoire en Ardèche après une échappée de 42 km en solitaire (et avant ses performances spectaculaires sur les Strade bianche et sa victoire sur la Flèche wallonne où il a écrasé la concurrence, ndlr) : “S’il ne vient pas, je ne lui voudrais pas”, j’ajoute aujourd’hui que s’il vient sur le Tour, je ne lui en voudrais pas non plus !” Il a pris une dimension supplémentaire et c’est déjà l’un des quatre-cinq meilleurs coureurs du monde. Mais il n’a que 19 ans et son équipe, sa famille, ont assurément à cœur de le protéger...”
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Le Tour inachevé ou l’étape qui s’est encore refusée à vous ?
C. P. : “Je ne sais pas parce qu’il y a bien des choses que je souhaitais faire et qu’on a pu faire : partir de Corse, on l’a fait en 2013 pour la 100e édition ; qu’on retourne au Puy de Dôme, on y est retourné ; qu’on parte d’Italie, ville de légendes du Tour de France, on l’a fait en 2024 en partant de cette ville magnifique qu’est Florence. Ce qui compte pour moi c’est que les gamins d’aujourd’hui puissent rêver comme j’ai rêvé. Sur les sommets par exemple, qu’à côté du Tourmalet, du Galibier, de l’Alpe d’Huez, on puisse trouver de nouveaux sommets comme le col de la Loze et qu’on puisse en retrouver d’autres.
Je suis très content bien évidemment de la pyramide du Cantal, le Puy Mary a une allure incroyable. Cette montagne, on croit qu’elle est plus haute qu’elle ne l’est en vérité et ses pentes sont très très rudes pour le final. Depuis 15 ans maintenant, on a démontré que les étapes significatives peuvent être ailleurs que dans les Alpes et les Pyrénées, c’est pour ça qu’on a mis le focus sur les Vosges, le Jura et le Massif central, c’est pour ça qu’on y vient souvent et pas uniquement pour le plaisir de remarquablement bien manger la côte de veau à l’Auberge des Montagnes ; c’est d’abord parce qu’il y a un terrain propice à la compétition cycliste, parce qu’il y a des images magnifiques et des gens qui aiment viscéralement le vélo. Et je sais que quand on passe, on donne de la fierté.”
(1) En 2004, Richard Virenque s’était imposé le 14 juillet à Saint-Flour.