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CONTRACTUALISATION LAITIERE
« Producteurs-entreprises : arrêtons de se considérer en ennemi »

Les organisations de producteurs sont une chance à saisir, pour Patrick Ramet, éleveur haut savoyard et vice-président de la FNPL. L’équilibre économique passera par elles, à condition toutefois qu’un maximum de producteurs y adhère.

Depuis 2010, il sillonne les campagnes pour prêcher une parole que l’on n’avait pas l’habitude d’entendre au sortir des étables. Patrick Ramet est éleveur en Haute-Savoie. Vice-président de la FNPL, il s’est investit depuis le début sur le projet d’organisation économique et collective des producteurs porté par la FNPL. Des organisations indispensables dans le cadre de la désormais célèbre contractualisation.

Jamais de mémoire de paysans, en effet, nous n’avions autant entendu parler de cette « contractualisation ». Et pourtant, la réalité du monde a frappé les éleveurs laitiers, invités à rompre avec les habitudes du passé, fait de régulation, de quotas et de négociations interprofessionnelles. L’échéance a sonné. Les quotas disparaîtront en 2015.

Le syndicalisme a pris acte du changement, en s’inscrivant rapidement dans une stratégie capable de redonner du poids à un maillon essentiel de la filière, les producteurs.

« Les quotas c’était une forme de négation de la réalité commerciale. Le prix, le volume, la qualité, la durée sont au cœur du dispositif contractuel. Par les quotas, nous avions donc vidé la relation commerciale d’une partie de son sens », estime Patrick Ramet, pour qui la mise en place de la contractualisation constitue une formidable occasion de rebondir pour les producteurs. « Les choses se sont remises dans un ordre logique où la relation commerciale se déroule entre deux acteurs économiques. L’objectif est de faire en sorte que le lien soit le plus équilibré possible».

Challenge à relever

 

Dans la balance, ce qui va peser évidemment, c’est le nombre de producteurs adhérents à chaque organisation de producteurs (OP). En décembre dernier, on dénombrait une dizaine d’OP agrées sur le territoire français. Pour 2013, la FNPL table sur une cinquantaine.

« Pour réellement peser dans la négociation, la massification est indispensable », insiste le vice-président de la FNPL. Au fil des réunions de terrain, il écoute les inquiétudes, contribue à tempérer les ardeurs de certains qui voudraient que l’OP résolve « tout de suite maintenant » les problèmes conjoncturels.

« Nous subissons actuellement une crise des coûts de production, mais les OP ne sont pas encore suffisamment abouties pour pouvoir résoudre ce type de crise ». La construction d’une organisation économique demande du temps car l’enjeu est de taille. Il s’agit d’établir une relation durable entre clients et fournisseurs. Et quand jusqu’à présent, la relation avait plus souvent des allures de conflits que d’entente cordiale, on comprend mieux pourquoi le temps est important. « C’est une vraie rupture dans les mentalités. Sur les exploitations, les éleveurs avaient jusqu’à présent une culture technique solide, qu’ils doivent désormais renforcer par une culture de la négociation », explique Patrick Ramet.

Alors évidemment, cela peut paraître compliqué pour tout le monde, mais le passage semble obligé. « Soit on arrive à se structurer fortement et massivement au sein des OP, soit on restera dans une situation archaïque avec peu de perspectives d’avenir ». La balle est dans le camp des producteurs, même si la partie sera plus vite gagnée si les entreprises jouent le jeu.

 

Sophie Giraud-Chatenet

Des complémentarités entre OP et syndicalisme

 

Pour Patrick Ramet, syndicalisme et organisations de producteurs doivent travailler en bonne intelligence. Depuis le début la FNPL a mis à disposition des OP, un ensemble de moyens juridiques, financiers… pour aider à leur structuration. Les deux entités sont complémentaires et là aussi un nouveau schéma est peut-être à inventer.

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